Le budget libéral du PQ

C’est un budget pour avoir la vie sauve pendant au moins un an qu’a présenté le gouvernement du Parti Québécois. Les partis d’opposition maugréeront, menaceront et s’opposeront, mais aucun parti sérieux n’ira en élections contre un gouvernement à peine élu qui promet le retour à l’équilibre budgétaire sans mesures outrageusement fâcheuses et inacceptables.

Comment construit-on un budget pour avoir la vie sauve pendant un an?

D’abord, en écartant plusieurs des éléments controversés de sa plateforme électorale. La taxe santé n’est pas abolie, le Fonds des générations est épargné, les redevances minières ne sont pas haussées et on ne touche pas aux dividendes et au gain de capital. Rien non plus sur les modifications souhaitées au mandat de la Caisse de dépôt et de placement.

Par contre, on reprend à l’adversaire libéral son idée de hausser des tarifs d’électricité issue du bloc patrimonial (les vieilles centrales qui produisent à petit coût) et on emprunte au concurrent caquiste l’idée de couper du personnel à Hydro-Québec, mais en y allant, dans les deux cas, deux fois moins fort que les deux partis d’opposition.

Le PLQ, imprudent en matière d’infrastructures, avait resserré la gestion des programmes gouvernementaux et diminué leur croissance. Le PQ promet de faire le ménage dans les projets d’infrastructures et de freiner encore plus la croissance des programmes. Si le pari est réussi, elles n’augmenteront que de 1,8 % en 2013-2014.

Le PQ promet le régime minceur des régimes minceurs. Ses adversaires l’attendaient à gauche, le voilà bien installé au centre-droit. On pourrait presque dire que le PQ a mené campagne sur le terrain de Québec Solidaire pour ensuite occuper celui de la CAQ rendu au pouvoir et ainsi respecter l’engagement des libéraux du déficit zéro en 2013-2014. Ses électeurs, à commencer avec les syndiqués de l’État, seront-ils confortables avec ce grand écart de classe olympique ?

La diète imposée à la fonction publique ne suffira pas. Le ministre des Finances ira chercher les sommes manquantes chez les fumeurs et les consommateurs de boisson alcoolique et impose un nouveau palier d’imposition (25,75 %) sur les revenus imposables de plus de 100 000 dollars. On peut discuter pendant des jours de l’opportunité de cette mesure, mais elle n’empêchera pas de dormir la grande majorité des Québécois qui sont bien loin d’un tel niveau de revenus.

La taxation des « riches » est un thème récurrent dans toutes les démocraties. Personnellement, je les excuse facilement aux États-Unis où le niveau d’imposition est très inférieur à celui de l’ensemble des pays développés. Par contre, le Québec est déjà le champion nord-américain du fardeau fiscal. Est-ce en taxant davantage le travail qu’on relance une économie qui va deux fois moins vite que celle de ses voisins ?

C’est paradoxal, parce que le ministre Nicolas Marceau a déclaré que le Québec devait dorénavant miser sur les investissements privés pour assurer son développement économique plutôt que sur la hausse des dépenses publiques et de l’endettement. Il a tout à fait raison, mais je ne vois pas grand chose dans ce budget pour attirer les investisseurs.

Tout ce qu’on promet, ce sont d’autres crédits d’impôts et congés fiscaux. Si la vigueur d’une économie dépendait des crédits d’impôts, le Québec serait déjà la société la plus riche au monde. Nous récoltons année après année la médaille d’or des crédits d’impôts ! Nos gouvernements, et le PQ particulièrement, croient que l’avenir réside dans de grandes entreprises investissant dans de grands projets devant être grandement subventionnés. J’ai peur que ce temps ne soit révolu et que le développement économique repose de plus en plus sur des entrepreneurs qui voient des opportunités et créent des milliers d’entreprises dans toutes les régions du Québec.

Nous avons besoin d’un gouvernement qui arrête de faire du micro-management en favorisant certaines entreprises plutôt que d’autres et qui soulage le fardeau fiscal et réglementaire de toutes les entreprises pour leur donner le maximum d’élan et d’oxygène. Les entreprises québécoises assument la moitié des taxes sur la masse salariale de l’ensemble des entreprises canadiennes. Voilà une situation « entrepreneuricide  » qui plombe notre économie.

Malgré ces réserves, voilà quand même un budget raisonnable qui maintient le cap vers l’assainissement des finances publiques. Le Québec porte une dette brute de 183 milliards de dollars, représentant 55 % de la taille de notre économie. Le redressement des finances publiques s’impose comme priorité et ce gouvernement semble l’avoir bien compris.

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13 commentaires
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Je regarde Françoise David dénoncer le fait que la taxe santé n’est pas totalement abolie. Elle dénonce le gouvernement alors que c’est l’opposition libérale et caquiste qui ont bloqué la première proposition Marceau. Je me souviens que lors du débat sur la taxe santé, QS est resté dans son coin sans défendre la proposition gouvernementale. Maintenant elle dénonce le gouvernement. C’est comme Bachand qui dénonçait l’abolition de la taxe santé et maintenant il dénonce sa non abolition complète. Il y a des coups de pied au cul qui se perdent!

L’Ontario a un déficit de 14 milliards, Ottawa 26.
C’est quoi l’obsession autour du déficit zéro au Québec?
Pensez-vous qu’on va être décoté si on fait un déficit de quelques milliards alors que l’Ontario est dans les deux chiffres rouges?

Dans votre dernier paragraphe, vous mentionnez le chiffre de 55% pour la taille de notre dette. C’est exact mais trompeur à la fois car ça ne prend en compte que la portion provinciale de la dette. On calcule donc avec une partie seulement de la dette mais on divise sur 100% de notre PIB.

Si on répartit celle du fédéral au prorata de la population canadienne, nous grimpons alors aux alentours de 90%, ce qui nous mets dans le triste groupe de tête des pays les plus endettés.

Qui plus est, nos perspectives économiques de croissance sont plutôt faibles (comme d’ailleurs tout le reste du G8 ou G20) et notre démographie nous garantit une pression toujours plus grande en termes de coûts.

J’en suis personnellement venu à la conclusion que dans cette économie de la nouvelle normalité (« New Normal » du CEO de Pimco aux USA), une gestion en continuité où on tente de contenir les coûts mais sans revoir des pans entiers de la mission et de l’action gouvernementale ne fera pas la job. Quand le contexte change, il faut changer de stratégie!

Je trouve que c’est un bon budget en général. On a vu de pires budgets ces dernières années.

Ce que j’ai apprécié:

– La volonté du ministre des finances d’éviter les déficit. Il reconnait que les investissements privés sont le moteur de l’économique. Décidément, le ministre ne fleurte pas avec l’idéologie économique enfantine de son parti.

– Le recul sur la réforme des redevances minières. L’idée n’est peut-être pas mauvaise mais le « timing » l’est énormément alors qu’une autre rumeur veut qu’une minière majeure (encore) soit en train de plier bagages.

– On essaiera de ralentir les dépenses plus que le gouvernement libéral a tenté de le faire par le passé.

Ce que je n’ai pas apprécié:

– Il est ridicule de penser que la hausse de 4$ sur le carton de cigarette n’aura pas de conséquences néfastes. Au mieux, le gouvernement va percevoir le même montant en taxe que cette année. Il ne faut pas s’attendre à une hausse de recettes gouvernementales.

– La coupe de 2000 emplois à Hydro-Québec est très spéculative. Couper 2000 postes par attrition n’est jamais garanti.

– J’aurais aimé voir le gouvernement être plus drastique et couper dans son rôle et baisser les dépenses plutôt que de le voir ralentir la croissance de celles-ci.

Ma lecture du budget est que le PQ a reculé sur pratiquement tous les fronts et s’il l’a fait c’est parce qu’il n’a tout simplement pas le choix. Les marchés et les créanciers le lui ont certainement fait comprendre très clairement dans les dernières semaines (comme ils l’avaient fait pour le gouvernement précédent, ce qui confirme pourquoi ce budget ressembe tant aux précédents).

De plus l’empressement du PQ à déposer un budget qui ne correspond pas vraiment à ses orientations montre à quel point la situation était urgente et le gouvernement avait besoin de calmer le jeu. Bref tout ça démontre à quel point la situation financière, fiscale et économique du Québec est précaire.

Le vrai « fiscal cliff » n’est peut-être pas là où on pense…

@ jack2 (# 2):

Ce que vous pouvez être de mauvaise foi…

Le Québec est DÉJÀ l’un des endroits le plus endettés et le plus taxés au monde.

Pas l’Ontario et pas le Canada.

Au Québec, il ne reste plus de marge de manoeuvre. On a atteint depuis longtemps le point où toute augmentation de taxe ne rapportera pas un sou de plus au gouvernement, d’où le RECUL des péquistes sur presque toutes leurs promesses et le sentiment de trahison de ceux et celles qui ont cru à leurs stupides balivernes.

Mathieu Bock-Côté a, avec raison, écrit à peu près ceci ce matin: plus un gouvernement gère à gauche et plus prononcé sera le recul.

@ Marc Baillargeon

Quand on fait des comparaisons, on compare des poires avec des poires, des oranges avec des oranges. Le gouvernement du Québec n’est pas responsable des dettes du gouvernement fédéral et vice-versa. Le gouvernement fédéral, ne calcule pas sa dette en prenant sur lui, la dette de toutes les provinces, pas plus que le gouvernement de la Californie ajoute à sa dette, sa part de celle du gouvernement fédéral américain, et que celui-ci ajoute à la sienne, la dette de tous les états américains.

A mon avis ce budget calme le jeu momentanément, notamment concernant la tempête déclenchée par le PQ lui même.

Franchement c’est le strict minimum auquel on devrait pouvoir s’attendre d’un gouvernement le moindrement responsable.

Mais ce budget ne règle absolument rien et les nombreux problèmes économiques et financiers du Québec demeurent entiers.

Le problème le plus immédiat est la performance de l’économie en 2013. Si cette performance est moindre que prévue la situation financière du gouvernement pourrait se dégrader vite, très vite même.

Or je ne vois pas pourquoi elle serait bonne considérant les hausses d’impôts et de taxes tous azimuts (sans oublier la TVQ en janvier) et le fait que l’endettement public et privé sur lequel repose une bonne partie de la croissance actuelle est rendu à un niveau record. Et c’est sans parler de la bulle immobilière qui commence à se dégonfler, du vieillissement qui commence à grever la productivité et le ralentissement dans le secteur des ressources.

Bref attention, 2013 pourrait être une année « distrayante », les premiers mois donneront une bonne idées de ce qui s’en vient!

@ Jack 2 (#2) :

Il n’y a pas à proprement parler d’obsession, la problématique n’est pas dans le déficit, on peut en effet produire des déficits, les déficits soutiennent en principe L’accroissement du PIB. La problématique est plutôt dans le cumul des déficits qui viennent gonfler le poids de la dette. Le problème n’est pas dans le fait qu’il y ait des dettes, cela réside plutôt dans ce que coûtent les emprunts quand la vitesse d’accroissement de la dette est supérieure à l’accroissement des revenus de l’état qui doit tenir ses obligations envers ses bailleurs de fonds et simultanément maintenir les services auprès de la population.

C’est ce qui explique pourquoi les agences de notation attachent de l’importance sur qui détient la dette (structure de la dette) et ce pourquoi un Fonds des Générations bonifié est considérable puisqu’il représente une provision qui contribue à garantir la solvabilité de la province, ce qui favorise l’octroi à terme de meilleurs taux, cela garde le financement de la dette à un niveau acceptable.

Voici en partie ce qui justifie que le Québec, compte-tenu de la structure actuelle de son économie, ne peut indéfiniment accroître le niveau de sa dette pour aussi longtemps que la province n’est pas en mesure de construire une économie susceptible de produire plus de richesse. En somme, plus vous êtes riche et plus votre capacité de vous endetter est grande. Ce qui vérifie l’adage suivant lequel : « On ne prête qu’aux riches ».

J’ajouterai enfin qu’il est possible que l’Ontario soit sur le point d’avoir atteint la limite en matière de déficit public. L’accroissement global de l’économie canadienne passe par l’ouverture de ses produits et services à d’autres débouchés, par de très sensibles gains en matière de productivité couplés à une meilleure offre adaptée aux besoins réels des marchés prospectés.

@serge et francois

Je répète parce que j’ai l’impression que vous confondez dette et déficit

Le Canada des conservateurs, plus préoccupés par l’économie que la chicane, disent-ils, est dans le rouge de 26,000,000,000$. Alors que, l’an dernier, ils avaient promis le déficit zéro pour l’an prochain, on a appris la semaine passée qu’ils ne contrairaient pas le déficit zéro pendant leur mandat.

En Ontario, c’est le troisième déficit en ligne dans les deux chiffres.

Alors c’est quoi l’obssession du déficit zéro au Québec?

@ Jack 2 (#10):

Permettez-moi de vous dire que je ne fais aucune confusion entre dette et déficit. Je conjecture manifestement que vous n’avez pas compris la nature de mes propos. Aussi je vous encourage à relire. Comme je l’ai écrit, il n’y a pas à proprement parler d’obsession. C’est vous qui cherchez des obsessions là où justement il n’en est pas.

Si le gouvernement du Canada ne sera pas en mesure de livrer un budget en équilibre tel que prévu. C’est parce qu’il y a contraction de l’économie canadienne, parce qu’il a décidé de réduire de 2 points de pourcentage le montant de la TPS, parce qu’il a réduit la charge fiscale des entreprises qui pourtant était déjà une des plus basses de l’OCDE, parce que le revenu des canadiens stagne, parce qu’il a depuis son accession au pouvoir accru le nombre des fonctionnaires en particulier ceux qui reçoivent d’excellents salaires et aussi parce que ce gouvernement dépense l’argent là où il ne devrait pas. Enfin parce que les rentrées fiscales sont moins bonnes que prévues.

Nonobstant, la situation de l’endettement des canadiens est globalement meilleure que celle des québécois et ce par la grâce en partie des schistes bitumineux de l’Alberta.

La volonté du gouvernement du Parti Québécois de maintenir les objectifs de parvenir à un budget équilibré dès 2013-14 s’inscrit dans la continuité des intentions initiales du PLQ, cela relève d’un choix responsable qui devrait permettre au Québec d’assurer un développement plus équilibré dès 2014 ou 2015 tout en nous libérant de l’emprise de nos créanciers. En outre rien n’indique que le taux de base de la Banque du Canada, historiquement bas ne se maintienne ad vitam aeternam, ainsi un point de pourcentage de plus d’intérêt aura une incidence sur la gestion de la dette du Québec.

Enfin j’aimerais terminer par une question. À quoi d’après-vous cela servirait-il les intérêts supérieurs du Québec de poursuivre par les temps qui courent une politique budgétaire axée sur toujours plus de déficits ?

@jack2

« Alors c’est quoi l’obssession du déficit zéro au Québec? »

L’Ontario n’est certes pas un exemple à suivre.

Sauf que sa dette est à peu près la même que celle du Québec … mais avec une économie deux fois plus grosse et des contribuables moins taxés.

L’obsession voyez vous vient du fait que les marchés financier sont au courant de ça et Québec n’a plus de marge, l’Ontario lui (pour le moment) en a un peu.

Un budget libéral? Je ne me souviens pas que les libéraux aient prévu :
-fermer Gentilly-2;
-indexer les frais de scolarité;
-augmenter les impôts des plus riches;
-augmenter les taxes sur les cigarettes et l’alcool;
-diminuer les budgets des commissions scolaires;
-couper 200 emplois chez Hydro-Québec;
-donner un crédit aux investissements de plus de 300 millions dans certain secteurs;
-modifier les crédits d’impôts pour les entreprises pharmaceutiques;
-etc.

Je me demande comment on peut se dire analyste et dire que le dernier budget était un budget libéral? Les objectifs de réduction du déficit sont les mêmes, c’est vrai. Mais, à ce compte, on pourrait dire que les libéraux jouaient aux péquiste qui ont été les premiers à balancer le budget dans les années 90. Non, vraiment, même s’il y a certains parralèles à faire avec le budget libéral de mars dernier, on est loin de la même vision budgétaire. Et tout ça dans le cadre d’un gouvernement minoritaire, ce quie bien des « analystes » ne semblent pas prendre en considération.