Le CELI, est-ce le ciel ?

Le nouveau compte d’épargne libre d’impôt sera l’image inversée du REER : l’épargne ne sera pas admise en déduction du point de vue fiscal, mais les retraits futurs ne seront pas imposables.

Le CELI, est-ce le ciel ?
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Le clou du budget fédéral de février dernier est sans contredit la création d’un nouveau mécanisme d’épargne personnelle appelé « compte d’épargne libre d’impôt » — le CELI. Le Québec a aussitôt annoncé, dans son budget de mars, que l’impôt provincial sur le revenu accorderait au CELI les mêmes avantages fiscaux que le fédéral.

De quoi s’agit-il au juste ? À compter de 2009, tous les contribuables âgés de 18 ans ou plus pourront ouvrir un CELI à l’établissement financier de leur choix. Ce compte d’épargne enregistré sera, en quelque sorte, l’image inversée du REER. Sur le plan fiscal, l’épargne qu’on dépose dans un REER est déductible du revenu de l’année financière. En contrepartie, les sommes investies et les revenus de placement seront soumis à l’impôt lorsqu’on les retirera du compte.

Avec le CELI, ce sera l’inverse. Les sommes versées dans un CELI ne seront pas admises en déduction initialement, mais les retraits futurs ne seront pas imposables. De plus, contrairement à ce qui est le cas pour le REER, ni les versements dans un CELI, ni les revenus de placement récoltés, ni les retraits de ce compte ne pourront modifier les droits à la prestation fédérale pour enfants, au supplément de revenu garanti pour les aînés, aux crédits d’impôt pour la TPS et la TVQ, etc.

À compter de 2009, toute personne adulte sera autorisée à verser jusqu’à 5 000 dollars annuellement dans un CELI. Les droits de cotisation inutilisés seront reportés aux années suivantes. Les sommes annuelles de cotisation maximale vont donc s’additionner au fil du temps. En 2018, soit dans 10 ans, le CELI d’une personne qui aura 18 ans en 2008 et qui aura ouvert le compte en 2009 aura ainsi pu accueillir jusqu’à 50 000 dollars (10 fois 5 000 dollars) en versements. Cette personne pourra également cotiser librement au CELI de sa conjointe ou de son conjoint. L’épargne totale prélevée à même le revenu familial et versée dans les CELI d’un couple de 28 ans pourra donc atteindre 100 000 dollars en 2018. S’y ajouteront les intérêts, dividendes et gains en capital non imposables accumulés par le compte au fil des années. Au décès du titulaire, l’actif ainsi constitué pourra être transféré au conjoint ou à la conjointe.

Le CELI procurera de la flexibilité financière à l’épargnant, qui pourra retirer du compte autant d’argent qu’il le désire, pour n’importe quel usage (droits de scolarité des enfants, rénovation, achat d’une maison, d’une voiture, de meubles, d’un véhicule récréatif, etc.) et à n’importe quel âge. Il conservera ensuite le droit d’y investir de nouveau la totalité de la somme retirée. Autrement dit, les retraits grossiront d’autant les droits de cotisation pour l’avenir.

Quel avantage financier donnera l’économie d’impôt associée à un CELI ? Un exemple simple est celui d’une personne de revenu moyen qui commence à verser 2 600 dollars par année (100 dollars par paye) dans son CELI en 2009 et qui place cette épargne dans un portefeuille diversifié de dépôts, d’actions et d’obligations. Dans 30 ans, elle en tirera environ 240 000 dollars. Sans l’exemption d’impôt accordée par le CELI, elle n’aurait accumulé que 190 000 dollars, c’est-à-dire 50 000 dollars de moins.

Vaudra-t-il mieux placer votre épargne dans un CELI ou dans un REER ? À votre guise. Quant à moi, je vais opter pour le CELI. Au Québec et ailleurs au Canada, les dépenses en santé et en services sociaux connaissent une croissance rapide qui va encore s’accélérer avec le vieillissement de la population. Ottawa, de son côté, commence à être serré dans ses finances. Il m’apparaît présomptueux de croire que nos gouvernements, aux prises avec ces difficultés, pourront continuer à réduire les taux de l’impôt sur le revenu dans l’avenir. Les taux risquent plutôt d’augmenter, au contraire. Je préfère donc payer l’impôt sur mon épargne tout de suite que plus tard, lorsque j’effectuerai des retraits. Mon pointage : CELI 1, REER 0.

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