Le chiffre, la citation et le buzz économique de la semaine

Le chiffre de la semaine : 338 189

Voilà le nombre de travailleurs étrangers temporaires qui travaillaient au Canada au 1er décembre dernier. De ce nombre, 202 000 étaient venus au pays en vertu de dispositions du programme fédéral des travailleurs étrangers temporaires.

C’est beaucoup, mais l’apport de ces travailleurs est important pour l’économie. Nos agriculteurs ont besoin des dizaines de milliers d’étrangers qui acceptent de travailler sur leurs terres au moment des récoltes. Impossible de recruter pour des emplois de soir ou de week-end dans la restauration rapide dans des régions où le taux de chômage est bas. Il y a une pénurie d’ouvriers spécialisés au Québec et plusieurs de nos manufacturiers emploient des soudeurs étrangers pour décrocher des nouveaux contrats qui permettront le maintien d’emplois et l’embauche de travailleurs canadiens.

iStock_000001976605XSmallTout n’est pas mauvais dans ce programme.

Mais c’est un dérapage inexcusable quand la Banque Royale recrute 45 employés de l’étranger pour leur faire suivre une formation en prévision de l’emploi qu’ils pourraient y occuper en remplacement de  professionnels canadiens. Et c’est presque du sadisme de faire donner cette formation par ceux qui seront ainsi remplacés. Gordon Nixon, le PDG de la Royale, a bien fait de s’excuser.

Oui, il faut mieux baliser le recours à ce programme pour éviter que celui-ci se tourne contre les travailleurs canadiens. Cela va de soi.

Reste que le fond du problème reste entier. Comment arrimer les besoins de personnel avec le bassin de travailleurs inoccupés ? Le gouvernement dit qu’il faut encourager la mobilité des travailleurs pour faire en sorte que le chômeur du Nouveau-Brunswick ou de l’Est québécois puisse répondre aux demandes des employeurs d’Alberta et de Saskatchewan. La résolution de ce problème est aussi délicate et produit des réactions aussi épidermique que la venue de travailleurs étrangers.

L’autre solution réside dans la formation de la main-d’oeuvre. Là aussi nos gouvernements ne s’entendent pas. Ottawa juge que les provinces ne font pas un bon travail, puisque le problème subsiste. Les provinces, le Québec en tête, sont montées aux barricades pour préserver leur juridiction.

Entre-temps, 263 000 postes étaient à combler au Canada en septembre dernier alors qu’on recensait 1,4 million de chômeurs le mois dernier.

Photo : iStock

La phrase : « ce qui arrive dans la construction est de notre faute »

Selon Robert Gagné, directeur du Centre sur la productivité et la prospérité, et professeur titulaire à l’Institut d’économie appliquée de HEC-Montréal, nos gouvernements ont créé les conditions qui ont permis à un nombre restreint de firmes d’accaparer les contrats publics et d’imposer leurs prix.

Robert Gagné commentait jeudi matin à l’émission de Paul Arcand l’évaluation du coût de la corruption à Montréal, chiffré entre 350 et 500 millions par le quotidien La Presse.

robert.gagneL’économiste a une explication fort éclairante de ce qui s’est passé. Nos gouvernements ont négligé pendant 30 ans nos infrastructures, n’y investissant qu’environ 1 milliard de dollars par année. Du jour au lendemain, ce montant a été multiplié par quatre ou cinq fois. Or, nous avions une industrie configurée pour 1 milliard de contrats avec un nombre restreint de grands joueurs. Quand le gouvernement a débloqué les fonds, ces grandes entreprises se sont concertées et ont fait la loi.

«Je n’excuse pas leurs comportements, mais nous avons mis en place des conditions pour que cela arrive», dit-il. C’était l’élément déclencheur.

Robert Gagné voit deux solutions. Il faut d’abord continuer d’investir suffisamment dans nos infrastructures pour empêcher des situations comme celles que nous venons de traverser.« Il y a des années de poules sans tête suivies d’années de vaches maigres, d’années de «boom et d’années de  bust», comme on dit en anglais.» Il faut plutôt créer des conditions pour que puissent s’épanouir plusieurs entreprises de bonne taille dans ce secteur et favoriser une plus vive concurrence, comme dans le secteur résidentiel.

Il veut aussi ouvrir nos marchés publics à la concurrence canadienne, américaine et même européenne, pour que nous puissions obtenir de meilleurs prix et de ne pas dépendre uniquement de quelques grands joueurs ayant les capacités de mener à terme de grands travaux.

 

Le buzz : les paradis fiscaux

«On ira tous au paradis», chantait Michel Polnareff.

« On ira tous au paradis mêm’ moi

Qu’on soit béni ou qu’on soit maudit, on ira

Tout’ les bonn’ soeurs et tous les voleurs

Tout’ les brebis et tous les bandits »

 

Tous des voleurs ou des bandits dans les paradis fiscaux ? La gauche le prétend et assure qu’un impôt plus vigilant et plus inquisiteur règlerait tous les problèmes de la société. L’argent serait là, il n’y a qu’à le prendre.

Mais d’abord qu’est-ce un paradis fiscal ? Faisons tout de suite une distinction entre un particulier et une entreprise.

iStock_000002765246XSmall-1 richesseJe pourrais avoir un compte en Suisse ou ailleurs. (Non, je n’en ai pas, c’est un exemple). Ce n’est pas illégal et cela pourrait m’être utile si je faisais des affaires en Europe ou ailleurs dans le monde, les grandes banques de ce pays ayant des antennes et succursales à peu près partout. En revanche, c’est illégal d’y dissimuler au fisc des gains qui pourraient être imposables. Voilà un réel problème.

Mieux qu’avoir un compte dans une banque suisse, habitons la Suisse où les richissimes citoyens étrangers qui y résident bénéficient d’un forfait fiscal. Appelons cela, la clause Luc Plamondon. Je pourrais aussi avoir une résidence principale dans un pays où un État où l’impôt est bas ou inexistant. En ce sens, habiter à Las Vegas la majeure partie de l’année est une excellente affaire, car il n’y a pas d’impôt sur les revenus des particuliers ni d’impôts corporatifs au Nevada. Faut-il déclarer illégal le Nevada ? Ou le New Hampshire et l’Alberta parce qu’ils n’ont pas de taxe de vente ?

Rien n’oblige non plus une entreprise à payer le maximum d’impôts. Comme vous et moi, elle tentera de trouver les déductions auxquelles elle a droit pour payer sa juste part d’impôt. Pour tricher ? Non, pour être plus concurrentielle et plus solide face à ses concurrents. Elle profite de la concurrence que se livrent les différents gouvernements qui mettent à leur disposition des conditions favorables susceptibles de les attirer.

Prenons l’exemple des Pays-Bas, qui veulent attirer des investissements en recherche et développement et qui ont construit un environnement fiscal sur mesure pour favoriser la propriété intellectuelle. C’est pour cela, curieusement, car ce n’était sans doute pas le but recherché, qu’un groupe comme U2, grand défenseur de la paix, de la justice et de la lutte à la pauvreté, a choisi de s’établir fiscalement dans ce pays où les dividendes ne sont pas taxées et où le taux d’imposition sur  la propriété intellectuelle n’est que de 5 %. Le groupe musical perçoit ses droits d’auteurs dans ce pays et cela s’avère une sacrée bonne affaire.

Les Pays-Bas font aussi partie de la stratégie «d’optimisation fiscale» d’Apple. Le géant technologique a mis en oeuvre la technique comptable connue sous le nom de  « Double irlandais avec sandwich hollandais ». La compagnie est d’abord enregistrée au Nevada. Elle achemine ses profits vers les îles Vierges britanniques via des filiales irlandaises (12 % d’impôts corporatifs) et des Pays-Bas, très complaisants avec les sociétés intermédiaires et paradis des droits intellectuels comme les brevets. Ce n’est pas de la fraude, c’est une gestion intelligente des fonds.

Chaque juridiction a ses cibles de prédilection. Les grandes banques spécialisées dans le financement aéronautique adorent les îles Caïmans.  Les  îles Vierges britanniques ? La législation est semblable à celle de Hong-Kong. Il est plus intéressant de bâtir un montage financier en Belgique, mais plus facile de liquider une société en France. Allez dire au Delaware qu’il doit être moins favorable aux entreprises ou au Québec de cesser de subventionner l’industrie des jeux vidéos ou son secteur aéronautique.

Tous les États ont un côté « paradis fiscal ». Le problème, c’est quand les autres offrent mieux que nous…

Photo : iStock

https://www.youtube.com/watch?v=uGAdCuy5A6o&feature=youtu.be

 

 

1 commentaire
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Attention M. Dunhamel

CBC nous apprenait que depuis 2007, 29% des nouveaux emplois créés au Canada sont occupés par des travailleurs étrangers (pas des immigrants, des travailleurs étrangers). Ce programme est un véritable scandale qui ne profitent qu’aux cies à la recherche constante de cheap labor.
En important du cheap labor on crée une pression à la baisse sur les salaires, appauvrissant l’ensemble des travailleurs au profit des patrons.
McDo importe des Philippins (qui ne parlent pas francais) pour travailler à Sept-Iles.Si McDo payait ses employés 15$ de l’heure à Sept-Iles , on ferait la queue pour y travailler, y’aurait un Amérindien de moins sur le BS à Sept-Iles, et le pays s’en trouverait doublement plus riche. Etc.