Le cirque de glace

À 4 000 km au nord de Montréal, dans l’immensité glacée du Nunavut, un tout petit cirque fait de grandes choses. Grâce à la Fondation Éloize.

Photo : Marie-Claude Hamel
Photo : Marie-Claude Hamel

Lorsqu’ils ont quitté la nuit glaciale (- 40 oC) d’Igloolik, au Nunavut, pour la fournaise (45 oC) de Bamako, au Mali, où ils présentaient un spectacle en janvier 2008, les jeunes artistes d’Artcirq ont eu un choc. « Il faisait tellement chaud qu’au début de notre séjour on a dû vivre de nuit », raconte Guillaume Saladin, le colosse de 36 ans, coco rasé et sourcils en broussaille, qui a fondé le petit cirque inuit en 1998.

Originaire de la région de Québec, Guillaume Saladin a passé les étés de son enfance à Igloolik avec ses parents, anthropologues. Depuis, il s’est fixé là-bas. Et lorsque le petit village de 1 500 habitants a été frappé par une vague de suicides, à la fin des années 1990, cet ex-membre du Cirque Éloize a décidé d’agir. Il a créé Artcirq, pour aider les jeunes Inuits à redonner un sens à leur vie et favoriser leur intégration au marché du travail. Au programme de ce premier cirque inuit au monde : jonglerie, trapèze, trampoline, pyramide humaine, mais aussi chant de gorge, musique et vidéo. Une douzaine d’années plus tard, ils sont plus d’une cinquantaine, la plupart âgés de 17 à 28 ans, à s’entraîner régulièrement. Et leur passion pour le cirque a permis à certains d’entre eux de faire le tour du monde ! Le salut par le cirque, quoi !

« C’est ce côté novateur qui nous a séduits », dit Louis LeHoux, directeur administratif du Cirque Éloize, fondé en 1993 par une bande de jeunes Madelinots. Louis LeHoux est également membre du conseil d’administration de la Fondation Éloize, qui vient en aide à Artcirq. Sa mission comporte trois volets : la réinsertion sociale par les arts de la scène ; le soutien aux organismes qui encouragent les jeunes à faire des études supérieures ; et le soutien au développement des arts du cirque. Son budget annuel s’élève à environ 45 000 dollars, qui proviennent principalement de soirées de financement. « Nous voulons aider les jeunes à se découvrir une passion, les fédérer autour d’une aventure commune afin qu’ils restent à l’école », dit Niko Veilleux, président du conseil de la Fondation. « Il y a une grande leçon de persévérance à tirer du cirque, ajoute Louis LeHoux. On n’a qu’à penser au nombre d’heures que les artistes investissent dans la maîtrise de leur art… »

L’aide offerte à Artcirq par le Cirque Éloize et sa fondation a pris plusieurs formes : prêt d’équipement, échange d’artistes, engagement financier à long terme. Aujourd’hui, Artcirq est l’un des trois principaux bénéficiaires de la Fondation. De 2005 à 2010, il aura reçu plus de 50 000 dollars. Le reste du budget d’Artcirq vient du Conseil des arts du Canada, du gouvernement du Nunavut et de la vente de billets de spectacle.

À 4 000 km au nord de Montréal, sur les rives de l’île de Baffin, les artistes d’Art­cirq s’entraînent une dizaine d’heures par semaine. Les plus avancés multi­plient les représentations au Canada et à l’étranger. Artcirq était à Toronto en août. Il donnera une série de spectacles en Grèce en octobre, puis à Vancouver en février, aux Jeux olympiques. Les téléspectateurs du monde entier le verront à la cérémonie de remise des médailles, le 21 février, journée consacrée au Nunavut.