Les coûts cachés des largesses de l’État québécois

«Le Québec a une drôle de conception du développement économique. Il s’agirait de pomper des milliards de dollars de fonds publics payés par l’ensemble des contribuables ou des usagers de services publics comme Hydro-Québec pour créer quelques milliers d’emplois au bon moment et dans les bons comtés», dit Pierre Duhamel.

Le Québec a une drôle de conception du développement économique. Il s’agirait de pomper des milliards de dollars de fonds publics payés par l’ensemble des contribuables ou des usagers de services publics comme Hydro-Québec pour créer quelques milliers d’emplois au bon moment et dans les bons comtés.

La commission d’experts mandatés pour analyser les enjeux énergétiques du Québec fait une démonstration éloquente de cette politique en dénonçant les contrats d’achat d’électricité des éoliennes.

Aux prises avec des surplus considérables, le Québec n’a pas besoin de cette électricité achetée à un prix beaucoup trop élevé. Hydro-Québec paye en effet cette énergie 9,5 cents le kilowattheure (kWh) et il ne réussit pas à écouler son électricité excédentaire sur les marchés d’exportation à plus de 3 cents le kilowattheure (en moyenne) à l’extérieur des périodes de pointe.

En ajoutant la production excédentaire existante, cela se traduit cette année par l’équivalent d’une subvention de 1,2 milliard de dollars versée aux producteurs d’électricité. Quand on intégrera les projets d’éoliennes déjà annoncés et les quatre barrages de la centrale de La Romaine, ce montant sera de l’ordre de 2 milliards de dollars par année.

En 2006, le Québec a décidé de construire de nouveaux barrages et d’implanter une industrie éolienne, et la crise de 2008 a accéléré ce mouvement, car il fallait «dynamiser» l’économie.

Lundi, Pauline Marois et Philippe Couillard ont réitéré leur volonté de poursuivre dans ce sens, faisant miroiter les avantages que peuvent procurer les surplus électriques du Québec pour conserver et attirer des entreprises. Pour Pauline Marois, c’est un enjeu politique et non énergétique.

Je veux bien, mais la commission calcule que le seul appel d’offres du printemps 2013 pour l’éolienne équivaut à une subvention de 140 millions de dollars par année pendant 20 ans pour maintenir 4 000 emplois durant trois ans. On parle ici d’une subvention directe de 200 000 dollars par emploi/année. Ne trouvez-vous pas cela un peu ridicule ?

Qui paie pour ces emplois ? Les contribuables et les clients d’Hydro-Québec, qui hériteront peut-être d’une hausse de tarif de 5,8 % dans les prochains mois.

Quant aux surplus, ils atteignent déjà 30 térawattheures (TWh), dont 20 ne peuvent pas être vendus sur les marchés d’exportation en période de pointe ($$$), car les interconnexions avec nos voisins sont déjà saturées.

Ces surplus seront de 75 TWh dans les prochaines années. La demande québécoise, même avec l’électrification des transports, n’absorbera jamais une telle quantité d’énergie électrique.

Je reste néanmoins moins pessimiste que les auteurs de la commission sur l’évolution du prix de l’électricité.

Celui-ci est dépendant de celui du gaz naturel, qui est passé de 8 dollars le million de Btu en 2008 à 2,75 dollars en 2012, ce qui a plombé le prix des exportations québécoises d’électricité.

Or, pendant la vague de froid des dernières semaines, il a atteint 5,25 dollars le million de Btu et le gaz naturel est 50 % plus cher en moyenne cette année que l’année précédente.

Voilà déjà une bonne nouvelle pour Hydro-Québec qui devrait engranger dès maintenant un bénéfice plus élevé sur ses exportations. Reste à voir si cela est strictement conjoncturel.

Il n’y a pas que dans l’énergie où les largesses de l’État québécois nous coûtent cher. Francis Vailles, dans La Presse+, a calculé le coût exact pour les contribuables des projets d’investissements privés de plus de 35 millions de dollars annoncés par le gouvernement Marois depuis son élection en septembre 2012.

Les investissements en cause totalisent 4,3 milliards de dollars. Le gouvernement s’est engagé à fournir une aide de 655 millions de dollars — 208 millions sont inscrits au budget annuel et 447 millions gonfleront directement la dette.

Voilà le modèle. On taxe lourdement l’ensemble des contribuables et des entreprises et on s’endette de surcroît pour subventionner des projets industriels susceptibles de nous procurer emplois et prospérité. Est-ce que quelqu’un pourrait faire le bilan de cette politique avant de poursuivre sur cette voie ?

Malgré l’activisme du gouvernement, les investissements privés ont baissé de plus de 800 millions de dollars en 2013 comparativement à 2012 et le Québec ne récolte, bon an mal an, que 15,8 % du total des investissements privés au Canada, malgré tous nos efforts.

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13 commentaires
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Comme ce rapport est assez long, je ne saurais prétendre en extraire tout le contenu. Je pense toutefois qu’en abordant toutes les sources d’énergies présentes et leur usage à venir avec des recommandations, c’est un document vraiment très intéressant qui s’il est consulté attentivement et appliqué intelligemment devrait nous permettre à l’avenir de nous avancer dans la bonne direction et surtout de procéder à un usage adéquat des énergies, notamment celles que nous produisons comme certainement celles que nous importons.

Avec comme principale source de préoccupation : le pétrole qui est de loin le premier poste de dépenses énergétiques actuellement au Québec. À ce titre, le tableau de la page 22 résume parfaitement le bilan, incluant les dépenses indirectes. Sur ce point, la Commission souligne un élément fondamental à savoir que la fin de l’utilisation du pétrole dans le monde n’est pas prévue avant encore plusieurs décennies.

Nous devons au Québec réduire notre consommation de produits pétroliers (essence et mazout) qui compte pour plus de 20 milliards de dollars de nos importations pour concentrer nos énergies (positives) par l’usage de l’électricité et du gaz naturel notamment dans les industries.

Un autre aspect du rapport que je trouve intéressant, c’est qu’il prend en compte les émissions de gaz à effet de serre (GES), alors que nous avons la chance ici d’être plutôt respectueux de ces volumes d’émissions. Nous sommes en Amérique du nord plutôt sur la bonne voie et nous avons le pouvoir de faire mieux.

Ce facteur qualitatif et environnemental couplé à notre capacité de produire de l’énergie en quantité n’est pas à exclure de l’équation. Si ce message est bien mis en marché, nous sommes susceptibles de pouvoir tirer avantage de ces aspects pour développer toutes sortes d’activités y compris dans la construction (architecture bioclimatique) et en industrie.

Aussi l’une des questions soulevée, c’est de consommer mieux, de poursuivre notre démarche d’efficacité, puis de maitriser notre production de sources énergétiques. Pour moi, ces points et plusieurs autres rejoignent la population ; je croix qu’il est assez essentiel que nous nous mobilisions sur ces enjeux énergétiques, d’usage, de consommation et de développement des activités autour de ces centres de profits.

Je pense qu’il va de notre bienêtre d’avoir une approche non partisane sur ces sujets. À mon avis, l’une des réponses clefs à ces problématiques c’est : la planification. Nous n’en récolterons peut-être pas du jour au lendemain les bienfaits ; je suis toutefois convaincu que deux ou trois exercices successifs de planification bien faite (sur 3×5 ans) apportent des résultats potentiellement positifs vérifiables.

Encore faut-il suivre le plan (rigueur), s’y tenir (durée et continuité), contrôler le coût des investissements (dépenses équilibrées) et persévérer (choix consensuels).

— Pour finir je citerai un seule phrase de ce rapport qui me semble adéquate : « Aménager un cadre de gouvernance qui permette d’articuler efficacement l’action d’une multitude d’organismes gouvernementaux tant dans les mesures à court terme que dans la définition des priorités pour un horizon de long terme »

Si JJCharest et T Vandal ont décidé d’accorder le double des couts de production aux promoteurs privées qui aident au financement du PLQ

Au moins une bonne partie de l’argent fait vivre des familles québécoises des régions autrement que sur le chômage ou l’aide sociale !

Des éoliennes publiques sur des terres publiques à proximité des postes et des centrales de la Manic et de la Baie James, pâles changées et nacelles génératrices rénovées aux 20 ans sur une base de 50 ans comme les installations hydroélectriques c’est rentables à 6 ¢ du KWh…

@ JPZ,

Pourriez-vous m’expliquer la corrélation qui existe dans la réponse à mes propos avec les vôtres ?

Où avez-vous lu que j’ai parlé dans mon texte de l’éolienne, du coût de revient du kWh/h, du financement du PLQ, de messieurs Charest et Vandal et de la rentabilité ou non d’Hydro-Québec ?

En d’autres termes vous me prenez à parti gratuitement ! Pitoyable ! Apprenez donc à lire avant de réagir ! En plus vous ne connaissez manifestement pas grands choses au dossier des éoliennes et comme j’écris régulièrement sur ce blogue, j’avais à l’occasion pris la défense de l’énergie éolienne dans un souci de diversification des sources d’approvisionnement.

— Alors vous jacassez pour ne rien dire !

Les zéoliennes à 10 cents le kw
Les bixis à 7000$ le vélo
Les chars électriques à 40,000$
La taxe verte à 42$ sur les télés plates
La disparition des sacs à la SAQ
Et j’en passe
On ne compte plus ce que nous a couté jusqu’ici les conneries de verts
Pourtant, ils continuent à moraliser à pleine télé, chaque jour. Sont partout

N’oublie pas que les politiciens (au provincial, pas au gouvernement fédéral heureusement) adorent les verts dans la mesure où ça leur donne des excuses « vertueuses » de taxer.

Le PQ est composé d’environnementalistes, de syndicalistes, de socialistes, mais n’a aucune équipe économique. Ce gouvernement est une vraie farce. Son incompétence crasse dans tout ce qui touche est carrément gênante. Pas mêlant je m’ennuie des libéraux. Et je n’ai jamais voté libéral. C’est peu dire.

Incroyable qu’il y ait encore du monde pour les défendre.

Un bon exemple: Le contrat privé que vient d’accorder le gouvernement (Hydro-Québec) à Alcoa. Les rabais d’électricité sont consentis dans le seul but de « maintenir » des emplois pendant quinze ans. Ce contrat ne garantit rien, car si la conjoncture continue de défavoriser les alumineries du Québec, Alcoa ne se gênera certainement pas pour y réduire ou cesser ses productions, d’une usine à l’autre, selon leurs coût de revient. Ce rabais consenti ne sert qu’à assurer un cash-flow intéressant à Alcoa, en attendant que les prix de l’aluminium se redressent et que cette entreprise construise de nouvelles usines, toujours plus productives, au Moyen-Orient, en échange d’énergie sous forme de gaz naturel acheté au prix plancher. Alors, bye-bye le Québec, à moins que l’on consente à brader notre électricité pour des prunes. N’ayez crainte: le gouvernement du moment fléchira, toujours à bon escient, bien sûr: les emplois en région!
Le plus comique (ou le plus triste): Le gouvernement se réjouit de l’engagement d’Alcoa d’investir 250 millions$ dans ses trois usines sur cinq ans! C’est risible. Cela fait 30 millions $ par an dans la plus vieillotte de ses usines, et 10 millions$ par an dans les deux autres, plus productives. De tels « investissements » relèvent d’un programme de maintenance des plus frugal, dont les projets sont généralement approuvés en échange de gains de productivité immédiats. Leur période de recouvrement du capital investi est souvent de l’ordre de un à trois ans. Alcoa s’engage donc à dépenser le minimum vital sous le vocable ronflant de « programme d’investissement » alors que ce n’en est pas un! C’est un piteux programme d’amélioration des coûts,qui se paie et se finance à l’interne en criant, ciseau!
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