Le défi d’une meilleure utilisation de l’eau pour les entreprises canadiennes

Ressource vitale, l’eau est étroitement liée à la santé du pays, à son environnement et à son économie.

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L’objectif pour l’année 2013 — désignée par les Nations unies comme l’Année internationale de la collaboration dans le domaine de l’eau — est de mieux sensibiliser la population aux initiatives et aux stratégies collaboratives en matière de gestion de l’eau.

L’eau en quelques chiffres

• Environnement Canada estime que la contribution des ressources d’eau à l’économie canadienne oscille entre 7,5 et 23 milliards de dollars chaque année.

• D’après une étude réalisée en 2012 par RBC, 40 % des Canadiens croient que la ressource naturelle la plus précieuse du Canada est l’eau.

• Les eaux de surface du Canada représentent environ 7 % des ressources hydriques renouvelables dans le monde et 20 % des ressources d’eau douce.

• Selon le Conference Board du Canada, nous nous classons au 15e rang sur 16 parmi les pays dont le prélèvement d’eau a été évalué… preuve que nous devons améliorer nos stratégies en matière de gestion de l’eau.

Le secteur industriel est celui qui utilise le plus d’eau. Elle y sert à la fois de matière première, de liquide de refroidissement, de solvant, de moyen de transport et de source d’énergie.

Si on exclut la thermoélectricité (60 %), les plus grands utilisateurs d’eau sont :

• les industries manufacturières (18,5 %) ;

•  les industries agricoles (8 %) ;

•  les industries minières (4 %).

Le secteur des sables bitumineux, qui connaît une croissance importante, est également devenu un grand utilisateur d’eau : en effet, sa consommation en 2011 a été équivalente à celle de 1,7 million de Canadiens.

Si les industries thermoélectrique, manufacturière et minière sont celles qui utilisent le plus d’eau au pays, elles n’en sont pas les plus grandes consommatrices : elles rejettent dans les voies navigables 90 % de l’eau qu’elles prélèvent. Résultat ? C’est le secteur agricole qui, au final, en consomme le plus au Canada, étant donné qu’environ 70 % de l’eau qu’il emploie sert à la consommation et, principalement, à l’irrigation des cultures. La disponibilité de l’eau est à la base même de la transformation des aliments.

Des défis importants

Il ne fait aucun doute que les organismes de réglementation et les entreprises doivent prendre des initiatives pour mieux gérer l’utilisation et la consommation d’eau. Bien que les ressources hydriques du Canada soient gérées à l’échelle provinciale, la politique fédérale relative aux eaux est considérée comme désuète et insuffisante pour réussir à relever des défis comme les changements climatiques.

Ainsi, Environnement Canada prétend que la tarification des services d’eau n’est pas adéquate au Canada, puisque de nombreuses municipalités ne semblent pas tenir compte du coût de l’entretien des réseaux dans leur tarification et n’encouragent pas les utilisateurs à économiser cette ressource.

De plus, tandis que la concurrence pour l’eau s’intensifie, il y a lieu de s’inquiéter que l’eau devienne une marchandise privatisée et commercialisée à l’étranger. Un système de réglementation plus solide permettrait d’améliorer la gestion et la conservation de l’eau, ce qui aurait pour effet de minimiser l’influence potentiellement négative des exportations d’eau à bas prix.

En faisant fi de la lente réglementation, l’industrie pourra jouer un rôle important dans la résolution des problèmes en matière d’eau. Pour ce faire, les entreprises doivent d’abord évaluer leurs propres risques associés à l’eau afin de prendre des décisions éclairées sur les stratégies à employer et les secteurs où concentrer leurs efforts.

Bien entendu, ces stratégies varient en fonction de l’entreprise, de l’industrie et de la région où sont menées les activités. Par exemple, les fabricants d’aliments et de boissons doivent prendre en considération l’impact de la rareté de l’eau sur l’irrigation, les cycles de culture et la mise en place de nouveaux produits. Quant aux entreprises des industries extractives, elles doivent tenir compte de la qualité de l’eau qu’elles rejettent — un sous-produit de leurs activités. Une fois qu’elles auront toutes déterminé les risques associés à l’eau, les compagnies seront en mesure d’établir des stratégies de réduction uniques.

Des exemples concrets

Un certain nombre d’entreprises qui figurent dans la liste des 50 entreprises les plus socialement responsables établie par Sustainalytics et Maclean’s en 2013 ont déjà pris des initiatives pour mesurer leurs risques associés à l’eau.

Par exemple, Molson Coors Brewing Company effectue des tests dans des bassins hydrographiques pour chacune de ses brasseries, en plus d’évaluer l’utilisation actuelle de l’eau, les réserves et les demandes en eau. Ces études l’aident à déterminer les risques à long terme en ce qui concerne la disponibilité et la qualité de cette ressource.

Kellogg s’est penchée son « empreinte aquatique » pour déterminer à quelle étape l’eau est utilisée, et comment faire pour apporter des changements. Étant donné que plus de 95 % de l’eau destinée à la production de la plupart des céréales de l’entreprise est utilisée dans les champs, Kellogg se donne comme objectif de réduire d’ici 2015 cet usage de 15 à 20 % par tonne de céréales produite (en se basant sur les données de l’année 2005).

D’autres entreprises qui apparaissent dans le palmarès ont instauré des pratiques d’avant-garde en ce qui a trait à la gestion de l’eau. Potash Corporation of Saskatchewan a mis en place de nombreux projets de conservation de l’eau et a réussi, en 2012, à recycler 90 % de l’eau douce qu’elle doit utiliser. Cenovus, qui exploite les sables bitumineux, utilise moins de 5 % d’eau douce provenant d’aquifères. Le reste de l’eau employée est de l’eau salée qui ne peut servir à l’agriculture ou à la consommation.

Par ailleurs, les entreprises ne limitent pas la gestion de l’eau à leurs propres activités : certaines font en sorte qu’elle reste un enjeu tout au long des chaînes d’approvisionnement. Par exemple, Nike encourage ses fournisseurs à adhérer à des normes élevées en matière de qualité de l’eau. Le Nike Water Program (programme pour l’eau de Nike) réunit plus de 400 fournisseurs et vise à recueillir des données sur la production, de même que sur l’utilisation et le déversement de l’eau. Les fournisseurs sont évalués en fonction de leur respect des principes directeurs en matière de qualité de l’eau, et Nike a même élaboré ses propres critères pour évaluer l’utilisation de l’eau (et en améliorer la gestion).

Certaines entreprises comme Zara encouragent une meilleure gestion de l’eau au sein des industries en adhérant au CEO Water Mandate, une initiative des Nations unies pour appuyer les compagnies au moment de créer, de mettre en œuvre et de divulguer leurs stratégies et solutions face à l’eau.

D’autres élaborent carrément des produits pour améliorer la gestion de l’eau. IBM a créé l’application « WaterWatchers » pour les appareils mobiles en Afrique du Sud afin de surveiller la condition des canaux et signaler les fuites d’eau et les conduites d’eau défectueuses. Résultat : les données serviront à repérer les problèmes des systèmes de distribution d’eau partout dans le pays. General Electric, par l’intermédiaire de son programme Ecomagination, collabore actuellement avec des partenaires pour élaborer des stratégies plus rentables afin de réutiliser l’eau qui sert aux activités de fracturation hydraulique.

Bien que des chefs de file de l’industrie — y compris certains mis en évidence dans la liste des 50 sociétés les plus socialement responsables — prennent l’initiative d’instaurer de meilleures pratiques pour évaluer et gérer les risques associés à l’eau, il manque une approche plus proactive à cet égard au Canada. Plus que jamais, il est nécessaire d’adopter une stratégie qui englobera autant les entreprises que les organismes de réglementation, surtout dans l’esprit de cette Année internationale de la collaboration dans le domaine de l’eau, comme l’ont décrété les Nations unies. Il en va de l’avenir de notre ressource naturelle la plus précieuse.

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