Le fabuleux destin de Radialpoint

à venir

Eurêka ! Dans les affaires comme dans la vie, il suffit parfois d’une petite idée pour que tout bascule. C’est arrivé à Hammie Hill, 63 ans, et à son fils Hamnett, 35 ans, fondateurs de Radialpoint, une PME montréalaise autrefois connue sous le nom de Zero Knowledge.

En 2001, en plein cœur de l’éclatement de la bulle technologique, l’entreprise était au bord du gouffre financier. Elle a même frôlé la faillite à quelques occasions. « On perdait trois millions de dollars par mois ! » se rappelle Hamnett Hill, le PDG.

Malgré un produit inédit, Freedom — qui permettait aux internautes de naviguer sur la Toile en toute sécurité —, et des millions de dollars investis en marketing et en publicité pour le promouvoir, les ventes stagnaient. Jusqu’au jour où Hamnett Hill s’est posé une question qui allait complètement transformer la destinée de sa société : « Et si on trouvait un intermédiaire pour vendre notre produit ? »

Depuis, les ventes de Radialpoint ont décollé comme un vidéoclip d’Avril Lavigne dans YouTube, passant d’à peine un million de dollars en 2001 à plus de 20 millions en 2006. Une croissance de près de 2 000 % en six ans ! « En 2007, nous dépasserons les 30 millions de dollars », dit Hamnett Hill, qui a changé le nom de la société, il y a deux ans, pour refléter ce succès. Celle-ci, qui enregistrait des pertes de près de 35 millions de dollars il y a cinq ans, a engrangé des profits de plus de 1,8 million en 2006 et compte maintenant 124 employés.

Explication de ce renversement de situation ? Au lieu de vendre directement aux consommateurs, comme le font ses principaux concurrents — les chefs de file américains bien connus, tels que Symantec et McAfee —, Radialpoint a décidé, en 2001, d’entrer en contact avec les fournisseurs d’accès à Internet haute vitesse pour qu’ils distribuent ses produits de sécurité sous leur propre marque. Un peu de la même façon que des jus de marques connues sont distribués sous l’étiquette maison des supermarchés Metro.

Si bien qu’aujourd’hui plus de deux millions de Canadiens, d’Américains et de Britanniques utilisent les logiciels antivirus, anti-logiciel espion, antifraude et coupe-feu ainsi que les logiciels de contrôle parental et de sauvegarde automatique des fichiers (voir le lexique) conçus par Radialpoint, sans connaître le nom de leur créateur. Ces produits sont plutôt distribués sous les marques de Vidéotron, Bell et Telus, au Canada, de Bell South, aux États-Unis, ou de Virgin, au Royaume-Uni.

L’offre de Radialpoint permet à ces fournisseurs Internet d’accroître leurs revenus par abonné sans trop se casser la tête. Ils peuvent offrir les services individuellement ou en bouquet pour un tarif mensuel. Par exemple, Bell propose pour 10 dollars par mois un forfait de plusieurs services. Au Royaume-Uni, Virgin offre deux services gratuits à tous ses abonnés. En contrepartie, Radialpoint touche des redevances mensuelles d’environ un dollar par service.

Ce mode de distribution peu courant rend aussi la vie très facile aux consommateurs. Ces derniers, en effet, n’ont pas à se déplacer en magasin ou à télécharger les produits Radialpoint dans Internet pour protéger leur ordinateur. « Ils n’ont même pas à installer le logiciel ou à sortir leur carte de crédit », explique Hamnett Hill. Tout ce qu’ils ont à faire, c’est de contacter leur fournisseur Internet (qui ajoutera le coût du service à leur facture), et le tour est joué. Radialpoint s’occupe du reste, grâce à un système automatique de mise en route et de mise à jour commandé à distance !

Le marché potentiel est gigantesque. Les fournisseurs d’accès à Internet avec qui Radialpoint a signé des ententes comptent 22 millions d’abonnés. Or, seulement 10 % de ces abonnés utilisent actuellement les services de la PME montréalaise. « Il y a encore beaucoup de place pour la croissance », dit Hamnett Hill.

C’est le moins qu’on puisse dire : on estime à plus de 220 millions le nombre d’abonnés à Internet haute vitesse dans le monde. Sans compter que la demande de sécurité en ligne explose. Le marché des anti-logiciels espions, qui était de 353 millions de dollars en 2006, pourrait passer à 565 millions en 2008, selon la maison de recherche IDC, qui évalue aussi que celui des antivirus grimpera à plus de 7,3 milliards de dollars en 2009. Pas étonnant, donc, que Symantec, McAfee et bien d’autres fassent maintenant concurrence à Radialpoint auprès des fournisseurs Internet.

Près des trois quarts du chiffre d’affaires de Radialpoint proviennent déjà de l’étranger, notamment des États-Unis, du Royaume-Uni et de l’Espagne. L’entreprise a aussi fait des démarches auprès de clients potentiels au Mexique, en Europe de l’Ouest, en France, aux Pays-Bas et en Allemagne. Grâce à la magie du Web, la plupart des ventes aux fournisseurs d’accès Internet étrangers se concluent… depuis Montréal. Radialpoint dépêche tout de même des équipes de vente à l’étranger afin d’aider les fournisseurs Internet à intégrer leurs nouveaux services.

La PME ne vise pas qu’à accroître son champ d’action. Elle veut aussi diversifier ses produits. Elle compte d’ailleurs introduire cet été un optimiseur de PC, qui permettra aux consommateurs d’éliminer les données superflues qui encombrent leur ordinateur, afin d’en améliorer la vitesse, tant au démarrage que dans Internet. Un peu plus tard, elle lancera un système de sauvegarde des fichiers en ligne. Désormais, plus de panique en cas de décès de votre disque dur, de perte de votre mémoire USB ou de vol de votre portable : vos fichiers pourront être récupérés à Radialpoint, dans l’espace qui leur est réservé !

Au siège social de l’entreprise, au centre-ville de Montréal, une cinquantaine de personnes travaillent au Service de recherche et développement. C’est dans ces bureaux encombrés d’ordinateurs et de câbles qu’ingénieurs, techniciens et programmeurs conçoivent et testent les nouveaux produits. C’est aussi là qu’ils veillent à l’amélioration de la qualité.

Comme dans bien des entreprises Internet, l’ambiance est plutôt relax. Les employés, âgés de 25 à 35 ans, viennent travailler en jean. En cet après-midi de mai, même le boss se fait un point d’honneur de se balader en bermuda et en sandales. Mais il ne faut pas se fier aux apparences, me prévient le vice-président aux ressources humaines, Jeffrey Bainbridge, 48 ans. « On peut s’habiller comme on veut, mais il faut être fort pour travailler ici, dit-il. On n’embauche que les meilleurs. »

Il est vrai que l’équipe technique doit être solide, ne serait-ce que pour compenser les lacunes des patrons dans ce domaine ! Hammie, le paternel et président du conseil, est comptable agréé. Hamnett est un décrocheur de l’Université du Montana (il lui manque un cours pour terminer son baccalauréat en administration des affaires). Mais tous deux se disent passionnés de technologies.

Cette famille originaire de Calgary a aussi le pif pour flairer les occasions d’affaires. En 1993, Hammie s’exile un an à Montréal pour intégrer la chaîne québécoise Sports Experts, que vient d’acquérir son employeur, le Groupe Forzani, de Calgary. C’est l’époque où Internet commence à prendre de l’expansion, et le Québec n’est pas encore branché. Le comptable, bien qu’il parle peu le français, y voit l’occasion de se lancer dans les affaires. En 1994, il quitte son emploi et fonde Total Net, qui deviendra un des pionniers de l’accès Internet au Québec.

En 1997, les Hill père et fils vendent Total Net à BCE Emergis pour une somme non dévoilée. Mais assez substantielle, cependant, pour qu’ils puissent investir deux millions de dollars dans la création de Zero Knowledge. Seront-ils bientôt tentés de faire un autre gros coup d’argent en vendant Radialpoint, dont la valeur, selon Hamnett Hill, se situerait aujourd’hui entre 75 et 150 millions ?

Chose certaine, Hammie et Hamnett Hill auront des décisions à prendre. Car plus de la moitié du capital-actions de Radialpoint est détenu par des capital-risqueurs majoritairement britanniques. Un jour ou l’autre, ces investisseurs voudront reprendre leur mise, avec une forte prime. Une entrée en Bourse est-elle envisageable ? Faudra-t-il vendre l’entreprise ? Pas avant cinq ans, assure Hammie Hill. « Pour l’instant, on se concentre sur son développeme