Le frigo, miroir de l’économie moderne

C’est fou ce qu’on peut apprendre sur l’économie et les affaires en magasinant ses électroménagers. Prenez l’achat d’un frigo…

Inside A General Electric Retailer Ahead Of Earnings Figures
Photo : Bloomberg / Getty Images

C’est fou ce qu’on peut apprendre sur l’économie et les affaires en magasinant ses électroménagers. Prenez l’achat d’un frigo…

Première observation : jadis simplement utilitaire, l’appareil est devenu, comme la plupart des produits de consommation modernes, décoratif, multifonctionnel et, par-dessus tout, signe extérieur de richesse — certains modèles se vendent plus de 10 000 dollars ! Car le frigo peut se faire aussi distributeur d’eau froide, de glaçons ou d’eau chaude (!), et chaque tiroir avoir sa propre température. Il est peu énergivore et beaucoup plus silencieux que le vendeur, extatique, qui me fait tout un plat avec le simple fait que les clayettes sont réglables, coulissantes et transparentes !

Aujourd’hui, les appareils sont truffés de puces, de capteurs et de programmes informatiques. L’électronique est reine dans le secteur des électroménagers. Et c’est elle désormais qui détermine la durée de vie d’un objet, alors qu’il y a quelques décennies celui-ci rendait l’âme parce que la mécanique flanchait. Cela n’arrive plus, mon vieux frigo en est la preuve.

Ces gadgets font qu’un frigo — une télé, une souffleuse à neige, un aspirateur, alouette — se vend comme une automobile : tout est dans les options. Les vendeurs connaissent leurs produits par cœur. Et puisque la concurrence est féroce dans le commerce de détail, c’est un marché de soldes, d’aubaines et de promotions. Chez de nombreux marchands, vous paierez votre frigo sensiblement moins cher que le prix affiché.

Les ventes d’électroménagers sont un bon indicateur de la croissance économique mondiale — on prévoit qu’elle augmentera de 4 % cette année — et de la vigueur de la construction domiciliaire, car 20 % d’entre elles sont liées aux nouvelles habitations. Elles attestent aussi la santé des détaillants. Par exemple, les ventes d’électros sont en baisse chez Sears, mais en hausse chez Home Depot.

En se promenant chez Corbeil, Brault & Martineau, Future Shop ou Home Depot, on peut remonter l’histoire des fusions et acquisitions qui se sont produites au fil des ans dans l’univers des fabricants d’électroménagers. Mon vieux réfrigérateur est un White-Westinghouse. En fait, c’est un produit d’Electrolux, qui fabrique aussi les appareils Frigidaire. Whirlpool fait les KitchenAid, Amana, Maytag, Inglis et Jenn-Air. Les électroménagers Bosch sont les fruits d’une coentreprise avec Siemens, coentreprise qui vend aussi les marques prestigieuses Thermador et Gaggenau.

Ma chérie s’est entichée d’un appareil Fisher & Paykel, une marque néo-zélandaise (la snob !)… qui appartient depuis peu à la société chinoise Haier, le plus grand fabricant mondial d’électroménagers.

L’achat d’une cuisinière ou d’un lave-vaisselle, c’est au passage un cours sur les effets de la mondialisation. Dans ce nouvel univers, les fabricants des pays émergents prennent de plus en plus de place. Les sud-coréennes LG et Samsung sont en forte expansion, et un groupe chinois comme Haier s’appuie sur un marché national extraordinaire. Les appareils de GE (General Electric) sont fabriqués par un consortium dominé par le groupe mexicain Mabe. Electrolux est suédoise, Bosch et Miele sont allemandes, tandis que Whirlpool est américaine.

Autre tendance forte : une récente étude du Boston Consulting Group sur le secteur manufacturier révèle que les usines américaines sont beaucoup plus productives que celles des autres pays occidentaux, et presque au même niveau que les usines chinoises. Signe des temps, le Québec vient de perdre ses deux usines d’électroménagers — Mabe, à Montréal, et Electrolux, à L’Assomption —, les deux entreprises ayant décidé de transférer leur production… aux États-Unis.

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Selon un dirigeant de Samsung, qui veut devenir la leader mondiale des électroménagers d’ici 2015, les prochains frigos nous enverront une alerte quand il faudra acheter du lait ou du beurre. Et les machines à laver seront connectées au téléviseur, ce qui nous permettra de regarder nos vêtements se faire laver en direct. Est-ce vraiment nécessaire ?

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Et oui et les électros ménagers ont maintenant une durée de vie moyenne de 7 ans après une ou deux réparations sérieuses.

Mon frigo a 35 ans et ma sécheuse fêtera ses 40 ans cette année.

Dans tout ce qui est électronique on y programme l’obsolescence des appareils. Les imprimantes et les ordinateurs en sont un bel exemple, surtout la pomme.