Le guide du tire-au-flanc

Le tire-au-flanc professionnel agit selon quatre principes, et il garde en tête que la quantité de travail d’un employé est inversement proportionnelle à la taille de son entreprise.

Photo © Getty Images
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La meilleure façon de comprendre un système est de le regarder du point de vue de ceux qui veulent le renverser, explique The Economist. De fait, pour bien appréhender ce que sont les ressources humaines d’une entreprise, il faut étudier l’art méconnu du tire-au-flanc.

Le tire-au-flanc professionnel agit selon quatre principes, selon le magazine britannique.

La première règle de l’employé feignant est de toujours avoir l’air de travailler fort. Voyant une veste nonchalamment posée sur le dossier d’une chaise, le p.-d.g. se promenant dans les bureaux supposera que l’employé en question est le premier arrivé et le dernier parti. Surtout, le tire-au-flanc se débrouillera pour ne pas être présent quand le travail est distribué aux équipes. Car tout est question de subtilité. Mis devant le fait accompli, il se fera un point d’honneur d’avoir l’air enthousiaste. Cette comédie lui permettra de masquer la cruelle vérité : le travailleur moyen passe entre une heure et demie et trois heures par jour à flâner.

La deuxième règle est de tenir le département informatique à l’écart, car le tire-au-flanc ne peut prospérer que lorsque Big Brother regarde ailleurs. Puisque l’utilisation d’Internet par les employés est parfois étroitement surveillée, il peut être utile de faire un peu d’activisme politique, afin d’établir l’importance de la confidentialité des données au sein de l’entreprise. L’ordinateur reste, pour le tire-au-flanc, une bénédiction : il permet notamment de programmer l’envoi de courriels à toute heure de la journée et de la nuit, donnant l’impression d’œuvrer en véritable stakhanoviste.

La troisième règle est de cibler des entreprises où il existe un flou artistique entre contribution et rendement. Le secteur public peut, à cet égard, se révéler être un paradis. En 2004, deux jours ont passé avant que quelqu’un s’aperçoive qu’un inspecteur des impôts finlandais était décédé à son bureau. The Economist cite deux autres exemples éloquents : en 2009, l’aviation civile suédoise s’est aperçue que certains de ses employés avaient passé les trois quarts de leurs heures de travail à regarder de la pornographie sur Internet, et en 2012, un fonctionnaire allemand a avoué lors de son départ à la retraite qu’il n’avait pas bougé le petit doigt au travail depuis 14 ans.

Le secteur privé n’est pas à l’abri du laisser-aller. Dans son livre The Living Dead, David Bolchover développe une théorie selon laquelle la quantité de travail d’un employé est inversement proportionnelle à la taille de son entreprise. Au début de sa carrière, il travaillait anonymement, et comme un forçat, dans une petite entreprise qui le rémunérait chichement, avant de finir par exercer un métier dans une grande entreprise, avec un titre imposant et le salaire qui l’accompagne, mais sans une tâche à accomplir (ou presque). Le tire-au-flanc profite de ces possibilités pour se faire financer par son employeur ses longues heures de détente passées au bureau.

La quatrième et dernière règle du tire-au-flanc est de ne pas laisser son goût pour les distractions se mettre en travers de son chemin vers le haut de la pyramide. « Trop de feignants se trouvent encore ensorcelés par le vieux mythe selon lequel il existe un lien entre l’effort et la récompense », écrit le site du magazine, qui cite une étude finlandaise datant de 2010 pour étayer ses propos. Selon cette dernière, ceux qui en font le moins gagnent soit plus de 80 000 € (113 000 $CAN) par an, soit moins de 20 000 € (28 000 $CAN). Le plan de carrière du tire-au-flanc ambitieux est donc de gravir les échelons en proposant des idées astucieuses que d’autres réaliseront, puis, une fois arrivé à un poste stratégique, de déléguer son travail afin de lui dégager du temps pour « assister à des conférences ».

Pour en savoir plus, rendez-vous sur le site de The Economist : «A guide to skiving»

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