Le huard parti pour la gloire ?

Oubliez le huard qui ne vaut que 0,63 $ US et des poussières. Dans les années à venir, le dollar canadien devrait rester une monnaie forte.

Le huard parti pour la gloire ?
Photo : Bayne Stanley/PC

Au cours des 35 dernières années, le dollar canadien a accompli une grande boucle. À l’été 1976, il cotait à 1,03 $ US. En 2001, soit 25 ans plus tard, il avait dégringolé à 0,63 $ US.

Il ne lui a ensuite fallu que 10 ans pour refaire le chemin inverse : en cet été 2011, il flotte autour de 1,03 $ US, comme il y a 35 ans.

C’est le temps de s’interroger sur son avenir. Notre monnaie restera-t-elle forte ou plongera-t-elle de nouveau vers 0,63 $ US ?

À court terme, les marchés mondiaux des monnaies sont dominés par les déplacements quotidiens de milliers de milliards de dollars de capitaux financiers fonds de grandes banques, fonds de retraite, fonds de couverture, etc., à la recherche du rendement maximal.

Ces mouvements sont parfois clairvoyants, mais ils peuvent aussi être déconnectés des réalités économiques fondamentales. Les hauts et les bas qu’ils engendrent dans les taux de change entre les monnaies sont souvent impossibles à prévoir et difficiles à interpréter, même après coup.

Le huard ne fait pas exception à la règle. Il est soumis à cette danse quotidienne, comme toutes les autres monnaies flottantes. Sur un horizon de 5 à 10 ans, cependant, les mouvements des capitaux financiers sont réversibles. Nos transactions commer­ciales avec l’étranger, c’est-à-dire nos exportations et nos importations, finissent par exercer une influence décisive sur la valeur de notre monnaie. Plus nous exportons, plus le huard est fort. Plus nous importons, plus il est faible. Pour avoir une idée de l’évolution à long terme du dollar canadien, il faut donc s’interroger sur les influences que subiront nos exportations et nos importations au cours des années à venir.

En 2001, avec un huard à 0,63 $ US, les produits manufacturés coûtaient en moyenne 25 % moins cher au Canada qu’aux États-Unis. Aujourd’hui, la situation est inversée. Ils coûtent 14 % moins cher aux États-Unis.

En effet, pour acheter un panier représentatif de produits qui se vend 100 $ CA au Canada, l’Américain doit actuellement débourser 103 $ US s’il achète ce panier chez nous. Mais s’il l’achète chez lui, aux États-Unis, le même panier ne lui coûtera que 89 $ US, selon les estimations de Statistique Canada. C’est bien 14 % moins cher chez lui.

Globalement, donc, le taux de change actuel de 1,03 $ US pour 1,00 $ CA nuit à l’exportation de nos produits manufacturés et favorise l’importation des produits américains. Cela constitue une source de faiblesse pour le dollar canadien.

L’autre élément à considérer est la vigueur de la demande mondiale pour les ressources naturelles dont le Canada est exportateur, soit les produits agricoles, énergétiques, forestiers et miniers. Depuis 10 ans, par exemple, les prix mondiaux du pétrole et des métaux comme l’or, le fer et le cuivre ont plus que triplé.

Il y a beaucoup de sourires à Calgary, à Val-d’Or et à Fermont. Le soutien que ces prix élevés procurent aux exportations canadiennes et au dollar canadien est considérable. Notre pétrole est surtout acheminé aux États-Unis. Nos produits miniers sont exportés partout dans le monde, et de plus en plus en Asie, où l’avidité des pays émergents envers nos ressources est immense. Cette gourmandise est là pour de bon. Elle va soutenir le dollar canadien.

Au total, c’est un match nul. À l’heure actuelle, le Canada exporte à peu près autant de marchandises qu’il en importe. Toutefois, cet équilibre glo­bal cache le fait que nos ressources se vendent bien, mais nos produits manufacturés, beaucoup moins bien. En 2010, tandis que nos expor­tations de ressources natu­relles ont dépassé nos importations de 86 milliards de dollars, c’est tout le contraire qui est arrivé pour les produits manufacturés, où nos exportations ont été inférieures de 91 milliards de dollars à nos importations.

La littérature scientifique appelle cette asymétrie la « maladie hollandaise » : un sec­teur des ressources en expansion entretient une monnaie forte, qui, par le fait même, détruit la compétiti­vité du secteur manufacturier. Le bon­heur des uns fait le malheur des autres. Notre dollar continuera de connaître des hauts et des bas, mais la tendance à long terme semble plutôt favoriser un huard fort et conduire vers un avenir exigeant pour nos industriels.