Le huard va-t-il perdre des plumes ?

«Pourquoi Dieu a-t-il créé l’économie ? Pour que les prévisions de la météorologie soient prises au sérieux.»

Le dollar canadien devrait perdre 10 % de sa valeur d’ici la fin de l’année et valoir autour de 90 cents américains. C’est ce que soutiennent en tout cas les économistes de la Banque TD. Les raisons invoquées pour cette dépréciation substantielle sont pleines de sens : l’économie canadienne traîne sur celle de son puissant voisin, le dollar américain est de plus en plus fort et le prix des matières premières continuent de baisser. Voilà autant de bonnes raisons qui pourraient justifier cette plongée du huard.

Les économistes de la TD ajoutent un autre facteur qui relève davantage de la psycho-pop. Stephen Poloz, le prochain gouverneur de la Banque du Canada, dirigeait EDC, l’organisme de crédit à l’exportation du Canada. Il pourrait conséquemment se montrer plus favorable à laisser reculer notre devise pour favoriser les exportations. Et pourquoi pas ?

Je ne veux pas déconsidérer le travail des éminents économistes de la TD, parmi les meilleurs au pays, mais cela me fait réaliser comment la prévision économique relève autant de l’art que de la science. Par «art», j’entends la collection et le traitement d’une multitude d’informations, certaines intangibles, dont on essaie de trouver un sens. Cela s’apparente beaucoup à l’instinct. On «voit», on «sent» les choses avant de bâtir les équations ou l’argumentaire.

Dans le fond qu’est-ce que les économistes de la TD perçoivent ? D’abord que l’économie canadienne ne marche pas très fort. Ça on le constate à chaque publication de données économiques. Celles sur le marché du travail dévoilées vendredi montrent que l’économie ne créé presque pas d’emplois et les chômeurs reçoivent des prestations d’assurance-emploi pendant plus de 19 semaines en moyenne. Le chômage de longue durée est de plus en plus important.

Pour le reste, la vigueur du dollar canadien dépend de ce qui va se passer aux États-Unis, notre plus grand client, et en Chine, le plus grand acheteur de matières premières au monde. Le prix des métaux, par exemple, dépend de la demande chinoise. J’ai une assez grande confiance dans les statistiques américaines, mais connaît-on vraiment l’état de l’économie de la Chine ? La croissance économique y serait moins robuste que prévu, mais des observateurs appréhendent l’éclatement d’une gigantesque bulle immobilière qui aura l’effet d’un tsunami sur l’économie mondiale. Qui croire ? Ou tracer la ligne entre les chiffres officiels de Pékin et les anecdotes de nombreux visiteurs qui voient d’immenses complexes immobiliers peu ou pas occupés ?

En fait, les économistes m’apparaissent beaucoup plus utiles pour expliquer ce qui se passe et ce qui s’est produit que pour «deviner» ce qui va arriver.

Les économistes de la TD m’apparaissent plus convaincants quand ils expliquent pourquoi le huard a pris tant d’altitude. Notre dollar a atteint la parité avec le dollar américain parce que le marché de l’emploi canadien était robuste, la construction immobilière en plein essor, le prix des matières premières en forte hausse et les taux d’intérêts très bas. Les investisseurs étaient séduits par la solidité du système financier canadien et il y avait un véritable appétit des marchés internationaux pour les titres de dettes canadiens. Le monde était en tourmente et le Canada apparaissait comme un havre de paix.

La moitié de ces raisons restent pertinentes et il suffirait peut-être d’une éruption de fièvre financière en Europe pour que le dollar canadien ait à nouveau la cote. Et si le billet vert subissait les contre-coups de l’impasse politique qui paralyse le gouvernement américain ? Et si, et si…

Le dollar canadien à 90 cents ? Oui, peut-être, et les exportateurs ne s’en plaindront pas. Mais à leur place, je ne prendrais rien pour acquis et je continuerais à améliorer la compétitivité de mon entreprise.

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Ce qui a donné des ailes au dollar canadien, ce n’est pas tant le dynamisme de notre économie instillée des politiques providentielles de nos Conservateurs. C’est plutôt la crise des subprimes de 2008, la crise de la dette en Europe qui s’en est suivie avec la dépression que nous savons, sans oublier les arbitrages du Japon et de la Suisse pour limiter l’appréciation de leurs propres monnaies qui sont comme chacun sait traditionnellement des monnaies de réserves.

Ainsi la livre Sterling et le dollar canadiens se sont trouvés choyés par les investisseurs tentés par le marché monétaire, qui rappelons-le reste encore et de loin le premier marché au monde en terme de volumétrie. La livre commence à subir un contrecoup en raison de son économie chancelante et de son taux d’endettement extrême ; ce dont peu de monde semblaient se soucier ces derniers temps. Le dollar canadien restera fort tant et aussi longtemps que les investisseurs ne retourneront tous pas vers la valeur refuge par excellence qu’est le dollar américain.

La crise structurelle que traverse l’Europe, une crise qui pourrait encore durer quelques temps, ne plaide pas en faveur d’une dépréciation très important du huard par rapport au dollar américain à court et moyen-long terme. Je ne suis convaincu que les experts de la TD envoient un message très bénéfique pour l’économie du Canada. Une variation de 10% dans les taux de changes pour soutenir les exportations canadiennes relève plus du fantasme que de l’expertise lorsque notre meilleur atout pour doper nos exportations est encore comme vous le mentionnez, de gagner des points en termes de productivité et de maintenir toujours plus haut le contrôle de la qualité.

Vous avez écrit « En fait, les économistes m’apparaissent beaucoup plus utiles pour expliquer ce qui se passe et ce qui s’est produit que pour «deviner» ce qui va arriver. ». Votre « art », ne serait-ce pas plutôt l’art divinatoire dont il s’agit. On peut donc conclure qu’un économiste est un expert qui vous expliquera demain, pourquoi ce qu’il a prédit hier, n’est pas arrivé aujourdhui ! 😉

« Pourquoi Dieu a-t-il créé l’économie ? Pour que les prévisions de la météorologie soient prises au sérieux. »

Les prévisions météorologiques sont très précises si on les prend au 100 mètres carrés et l’a l’heure précise. 100 mètres carrés, rien à voir avec les prévisions du Grand Montréal.

Rien à voir avec les économistes qui n’ont pas été capables de prédire deux jours à l’avance la crise de 2008 qui se préparait depuis 5 ans et qui était commencé depuis plus de deux ans et plus et que les entrepreneurs instruits connaissaient en 2006. Ce qu’ils ont tirés leur épingle du jeu et ont fait beaucoup d’argent avec la crise.

« Pour le reste, la vigueur du dollar canadien dépend de ce qui va se passer aux États-Unis »

Étant donné que les économistes n’ont jamais été capables de faire leurs preuves en prévisions économiques, je prétend être aussi bon qu’eux, c’est-à-dire nul.

Alors je prédis que les États Unis qui boudent le pétrole sale de l’Allberta et qui veulent en arriver mordicus à l’autonomie, donc vont diminuer jusqu’à cesser d’acheter du pétrole sale des sables bitumineux. Donc la demande du dollar va s’effondrer, et qui dit effondrement de la demande dit effondrement du bien recherché, dans ce cas-ci, le dollar canadien. La Chine attend avec une brique le passage du Pétrole sale au travers du Québec et va faire chanter les rossignols du pétrole.

Quant aux métaux, c’est la même chose depuis 60 ans. Rien de nouveau, mais le pétrole sale c’est récent et c’est lui qui influence.

Je connais un Power Québécois qui serait très heureux que le pétrole plus sales que les autres passe par le Québec puisqu’il n’a aucune autre issue au Canada.

Et vous?