Le nouveau visage du pétrole au Québec

Le mythe du pétrole québécois acheté à l’Arabie saoudite est tenace. Mais il est faux : depuis cinq ans, les raffineries de la province reçoivent surtout du pétrole canadien et américain.

Illustration : Mathieu Potvin

Nombre de barils de pétrole fournis au Québec en 2017, selon leur provenance (en millions de barils)


Canada

44,8

L’inversion du flux de l’oléoduc Enbridge 9B entre l’Ontario et Montréal, en novembre 2015, a permis d’alimenter les raffineries de l’est de Montréal avec le pétrole des sables bitumineux canadiens. Résultat : le volume de pétrole canadien raffiné au Québec a augmenté de plus de 50 % de 2015 à 2017, tandis que les importations ont baissé de 47 % pendant la même période.

Illustration : Mathieu Potvin

États-Unis

Texas : 30,1
Dakota du Nord : 7,8

L’oléoduc Enbridge 9B sert également à acheminer le pétrole de schiste du nord des États-Unis. Le reste provient principalement du Texas et est envoyé par pétrolier, ainsi que par l’oléoduc qui relie Montréal au port de Portland, dans le Maine.

Plus des deux tiers des importations étrangères québécoises arrivent maintenant des États-Unis, alors que ce chiffre n’était que de 1 % en 2010. Une hausse due aux oléoducs, mais aussi à la production phénoménale de pétrole de schiste aux États-Unis, qui a inondé le marché et fait baisser les prix. Les États-Unis sont d’ailleurs devenus le premier producteur de pétrole au monde l’an dernier, devant l’Arabie saoudite.


Outre-mer

Algérie : 11
Nigeria : 2,9
Royaume-Uni : 2,3
Kazakhstan : 2

Jusqu’en 2016, la majeure partie du pétrole importé au Québec provenait de pays d’outre-mer, particulièrement de l’Algérie et du nord de l’Europe, avec un sommet à 85 % atteint en 2010. Ces importations ont depuis été presque entièrement remplacées par l’approvisionnement en pétrole canadien et américain.

Note : données approximatives basées sur les chiffres de Statistique Canada (Approvisionnement de pétrole brut canadien aux raffineries du Québec et Importations étrangères selon la Base de données sur le commerce international).

Le transport par train en recul

La tragédie de Lac-Mégantic a mis en lumière la hausse fulgurante du transport de brut par train, qui a été multiplié par 25 en Amérique du Nord de 2008 à 2012, notamment en raison du pétrole de schiste du Dakota du Nord. D’où le choix lancé par les promoteurs de pipelines : l’oléoduc ou les rails.

Après une augmentation vertigineuse qui a culminé à plus de 20 millions de tonnes en 2014, le total de brut et de mazout transportés par train au Canada a baissé de près de la moitié en 2016, et ce, pour diverses raisons, dont l’inversion de l’oléoduc Enbridge 9B.

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16 commentaires
Les commentaires sont fermés.

Et on se demande toujours pourquoi on paie l’essence aussi cher au litre malgré le fait que le pétrole ne vient plus du bout du monde. Faites une image comparative avec l’hydro-électricité. Si celle-ci nous provenait de l’Algérie, d’Europe ou de Russie, on comprendrait qu’elle nous coûterait un bras, mais comme nous la produisons nous même et que les distances s’en trouvent ramenées à presque zéro en fait, notre énergie électrique est parmi celle les moins cher, sinon la moins cher au monde. Et la question est: ¨À qui profite le crime¨? Peu importe les explications qu’on nous donne, nous sommes et nous resterons toujours les dindons de la farce de tous ces monopoles tera-milliardaires qui n’en ont jamais assez.

C. d’Anjou,

Ce n’est pas la distance qui détermine en premier le coût du transport pétrolier, c’est même avec ses superpétroliers le transport maritime qui reviendrait le moins cher actuellement. Les spécialistes du fret évaluent que le transport revient de 1 à 3 USD par baril en moyenne toutes distances confondues et tous transports inclus.

Bien que le pétrole nord-américain (WTI) soit un peu moins cher que le Brent (pétrole de la mer du Nord), ils fluctuent à la hausse ou à la baisse presque en même temps. L’écart de prix du baril entre ces deux pétroles est désormais relativement minime.

Un autre élément à prendre en compte, c’est que le pétrole est libellé en USD. Même le pétrole albertain est aussi libellé en devises américaines. Si bien que les coûts fluctuent aussi avec la valeur de la devise canadienne.

Les raffineries ont dû adapter leurs méthodes de raffinage afin de respecter les nouvelles normes environnementales, tout comme le type de pétrole qu’elles raffinent. Selon la provenance les pétroles n’ont pas le même niveau de soufre notamment. Cela requière des installations spécifiques. De plus pour des raisons environnementales aussi, nos essences contiennent désormais plus de « bio-carburants » qui coûtent plus cher à produire que le carburant conventionnel.

Tout cela a entrainé avec ces produits de qualité supérieure (donc moins taxant pour les moteurs) des marges de raffinages plus confortables pour les raffineurs.

De telle sorte que la provenance du brut entre peu en ligne de compte dans l’équation de ce que nous payons à la pompe.

Vous soulignez que nous payons effectivement moins cher notre électricité. Le prix plus raisonnable est imputable au fait qu’Hydro-Québec est une société d’État, ses prix sont soumis à l’autorisation de la Régie de l’énergie. Les coûts de production sont relativement stables. Plusieurs sites de production sont amortis et il n’y a pas besoin de passer par des intermédiaires (qui prennent aussi leurs commissions) pour pouvoir s’approvisionner directement au réseau. Le taux de taxation est stable et récurrent ; tout cela est somme tout différent de la fiscalité des carburants avec sa panoplie de surtaxes qui s’applique seulement à cette gamme de produits.

C’est pourtant simple à comprendre: presque 50% du prix de l’essence à la pompe est composé de TAXES de toutes sortes!!!

Si nous taxions notre électricité avec le même entrain que nous le faisons avec le pétrole, et ce même si cet électricité est produite localement, vous verriez les prix à la consommation grimper à des sommets inégalés.

@ Richard Dancause: Je veux bien moi qu’on prenne le virage électrique. Il y a plus de cent ans que les voitures électriques ont été inventées, mais on a attendu à aujourd’hui, à cause du prix du pétrole, pour recommencer à développer cette industrie de l’auto électrique. Mais on est encore loin de l’autonomie des voitures à essence, et principalement en hiver où le chauffage de l’habitacle peut gruger plus de la moitié de la capacité de la batterie. Les gens de la ville peuvent assez aisément se débrouiller avec ce problème vu que les distances sont quand même minimes, mais pour les gens de la campagne (qui ne peuvent quand même pas tous venir demeurer en ville), le problème est encore très sérieux.
De plus, les fabricants de voitures électriques, sachant que les gouvernement subventionnent jusqu’à $8000 pour l’achat, ne se gênent sans doute pas pour hausser la valeur de leurs véhicules, s’appropriant ainsi de façon détournée, l’argent que le gouvernement ¨donne¨ aux consommateurs !

@ Serge Drouginsky
Monsieur Drouginsky, vous avez mille fois raison et votre écrit est très élaboré. Le point que je voulais principalement faire comprendre, c’est que malgré tous les beaux vœux et désirs de tout-un-chacun, nous n’aurons jamais de trêve tant et aussi longtemps que nous serons au pétrole, et comme vous sous entendez à l’instar de M. François 1, que les taxes ne nous aident absolument pas, il nous reste à espérer et croire que les véhicules électriques soient une solution valable. Mais je crains beaucoup sur ce point. Quand le pétrole ne sera plus rentable, les pétrolières auront sans doute déjà mis la main sur notre hydr0-électricité en forçant les gouvernements à vendre notre seule richesse naturelle rentable aux entreprises privées qu’elles sont.
Qu’en pensez-vous ?

ouf ! quelle quantité de préjugé et de fausseté en si peu d’espace. Bon c’est la religion dominante au Québec et il faut y adhérer si non on risque l’excommunication.

C. d’Anjou. ouf ! quelle quantité de préjugés et de faussetés en si peu d’espace. Bon c’est la religion dominante au Québec et il faut y adhérer si non on risque l’excommunication.

@ François Riverin; expliquez vous monsieur sur les préjugés et faussetés dont vous m’accusez !

On fait venir du pétrole du Kazasthan plutot que de pomper notre pétrole à Anticosti! Une ile où on a payé 115 millions pour ne pas savoir s’il y avait 30 milliards de barils de pétrole.
Avez-vous hâte d’en finir avec les Libéraux???

« Plus des deux tiers des importations québécoises arrivent maintenant des États-Unis » Je ne comprend pas cela car si le canada fournis 44,8 M de barils et les etats unis 39.9 comment ca se traduit en 2/3 ?

À moins que le Québec soit devenu indépendant sans qu’on le sache, les importations québécoises n’incluent pas le pétrole du Canada.

Ratio des importations américaines sur le total des importations : 37,9/56,1 = 67,6 %.

Merci.
Je n’avais pas saisie que le Quebec n’importe pas du Canada même si il « fait venir » son pétrole de l’Alberta…

On me dit que la provenance a un impact majeur sur la qualité des bitumes routiers, ce pourrait expliquer certains problèmes de performance des chaussées. Le MTQ est bien au fait de cela mais il n’a rien fait.

Je dois avouer mon ignorance
C’qui s’passe maintenant, c déjà un progrès.
Mais ?
Pourquoi ne pas exploiter NOTRE pétrole ?
Tout l’argent resterait ici.