Le pape vaut combien ?

Vous me pardonnerez cette question un peu crue dans les circonstances. C’est qu’on a dit tellement de choses sur la richesse de l’Église catholique qu’il convient peut-être de mettre les pendules à l’heure.

Première évidence : le patrimoine de l’Église catholique est fabuleux et totalement hors de prix. Les cardinaux sont en ce moment réunis à la chapelle Sixtine, un lieu d’une beauté inouïe décorée de fresques de Michel-Ange et d’autres artistes extraordinaires. La chapelle Sixtine ne sera jamais à vendre et sa valeur ne sera jamais matérialisée. C’est néanmoins un actif qui attire 5 millions de visiteurs par année, 20 000 par jour lorsqu’il y a affluence.

Les revenus qu’on en tire s’ajoutent à ceux des autres musées du Vatican, un État au même titre que le Canada ou les États-Unis. Cet État a un budget annuel. En 2011, il a enregistré un surplus de 21,8 millions d’euros, soit environ 27 millions de dollars. En plus des revenus de ses musées, le Vatican émet des timbres et des pièces d’or ou d’argent pour payer  ses 1 900 employés, sa gendarmerie, sa radio et même un observatoire astronomique.

La curie romaine a son propre budget. Il s’agit là en fait du budget du bureau-chef de l’Église catholique. Le Saint-Siège emploie environ 2800 personnes, dont tous les religieux qui gèrent les organes et oeuvres de l’Église. Ses revenus proviennent en partie des revenus des placements déposés à la Banque du Vatican (49 millions d’euros en 2011) et des contributions des Églises nationales et des diocèses par l’entremise des dîmes, quêtes ou offrandes.

On parle néanmoins de revenus de moins de 250 millions d’euros en 2011 et d’un déficit de 14,9 millions d’euros (18 M.$). Pour mettre les choses en perspective, le budget du Saint-Siège correspond grosso modo aux dépenses en santé du Québec pendant trois jours.

D’ou viennent ces millions versés annuellement par la Banque du Vatican ? C’est une longue histoire. L’Église gouverne depuis des siècles un territoire au centre de la péninsule italienne (les États pontificaux) qui sera annexé par l’Italie lors de sa création en 1870. Pour régler le différend avec l’Église, Mussolini signe les accords de Latran en 1929 qui garantissent l’indépendance du Vatican et le dédommage des pertes territoriales subies en 1870 en lui versant 750 millions de lires de l’époque et une rente de 5 % sur un milliard de lires. Il est là, pour l’essentiel, le «trésor» du Vatican. On voit aussi que ce trésor ne peut pas assurer à lui seul le fonctionnement de l’Église.

On mesure déjà l’enjeu : l’Église possède une richesse extraordinaire, mais des revenus somme toute modestes, surtout face à d’immenses besoins. On fait un mauvais procès à l’Église catholique en lui reprochant son opulence qu’on oppose à la pauvreté dans le monde et aux principes de l’Évangile.

La richesse de l’Église s’appuie donc sur un patrimoine immobilier et artistique unique au monde. Dans des pays comme la France et l’Italie, on compte des milliers d’églises et plusieurs dizaines de milliers d’immeubles à usage pastoral. Sans compter les monastères et les lieux de pèlerinages. Sans oublier les trésors artistiques inestimables.

Essayez maintenant d’évaluer le terrain sur lequel est bâtie la cathédrale St.Patrick, sur la 5th Avenue, à New York. Ou Notre-Dame -de-Paris ou encore San Marco, à Venise. Cela défie l’entendement. On peut facilement argumenter que San Marco, c’est Venise et que la Cité des Doges n’aurait pas la même valeur patrimoniale et artistique sans la basilique. Ce raisonnement s’applique à des centaines de lieux dans le monde.

Se demander quelle est la richesse du pape et de l’Église, c’est finalement se demander ce que vaudrait, parmi tant d’autres choses, la Pietà de Michel-Ange. Cela n’a tout simplement pas de prix. Il est là le premier miracle de l’Église : ses valeurs matérielles ne sont tout simplement pas quantifiables et échangeables.

Par contre, il s’agit d’un État minuscule aux revenus modestes et l’Église catholique reste une multinationale imposante quant au marché (17,5 % de la population terrestre), mais plutôt pauvre quand aux revenus. Pour boucler ses comptes, elle a commencé il y a longtemps à se départir d’une partie de son patrimoine de plus faible valeur.

Quant à son PDG, il est (extraordinairement) logé et nourri, mais ses revenus personnels sont symboliques.

 

Dans la même catégorie
Boutique Voir & L'actualité

Obtenez jusqu’à 40% de plus pour votre prochaine sortie

13 commentaires
Les commentaires sont fermés.

Le JdQ a évalué le prix des terrains des congrégations à Québec.
Ca dépasse les 100 millions de dollars.
Et eux, ils peuvent être vendus

Ce qui en principe fait la richesse de l’Église catholique romaine, c’est sa richesse spirituelle. Quoique pour moi la richesse spirituelle devrait être valorisée, il n’est pas dans l’usage de l’économie capitaliste de lui accorder la moindre valeur monétaire. C’est peut-être dommage. Ainsi les êtres spirituellement intelligents recevraient un meilleur salaire…. Et qui s’en plaindrait ?

L’évêché de Rome est le centre d’un empire spirituel qui n’a pas de frontières et qui n’a pas de limites puisque l’esprit relève de la dimension spatiale et spatio-temporelle et pas seulement du seul caractère circonspect et aléatoire de la propriété individuelle.

La question de la richesse de l’église ou de ses satellites a toujours relevée du fantasme et non très spécifiquement des faits. Il suffit de se rappeler du bûcher qu’on a réservé à Jacques de Molay soit les 11 ou 18 mars 1314, le dernier maître de l’Ordre des Templiers lorsque Philippe IV le Bel et le Pape Clément V voulaient s’approprier les immense richesses de l’Ordre.

– On notera d’ailleurs cette curieuse coïncidence, de l’élection d’un pape ces jours ci, très exactement 700 ans après cette exécution. Lorsque Clément V périssait quelques semaines plus tard d’un cancer et Philippe le Bel suivait quelques mois plus tard d’une simple chute de cheval alors qu’il n’était âgé que de 47 ans.

Aux dernières nouvelles on cherche encore ce trésor inestimable en or des chevaliers du Temple. Et oui ! C’est vrai la Pietà de Michelangelo qu’on trouve près de l’entrée de la basilique Saint-Pierre est probablement la sculpture la plus belle que j’ai jamais vue. Personnellement, j’en ai pleuré, tellement ce christ souffrant et cette mère apparaissent vrais. Ces images qui n’ont pas de prix, transcendent les formes de toutes religions.

Tant qu’à ouvrir une parenthèse…

Rome (et toute l’Italie) est un des choses les plus merveilleusement belle que j’ai vu dans ma vie. Une concentration de merveilles inégalée sur la planète. Je n’oublierai jamais ce moment émouvant où dès mon arrivée au deuxième étage d’un autobus de touriste en provenance du « termini » l’ai soudainement eu en pleine face et de façon grandiose plus de 3000 ans d’histoire.

Après il y a le Vatican bien sûr, sa basilique et son fabuleux musé (où se trouve la fameuse chapelle Sixtine), mais la ville est parsemée de basiliques et d’églises toutes plus magnifiques les unes que les autres.

Comme vous dîtes toutes ces choses n’ont pas de prix, ce sont des trésors qui appartiennent à l’humanité entière.

Monsieur Drouginsky

« Quoique pour moi la richesse spirituelle devrait être valorisée, il n’est pas dans l’usage de l’économie capitaliste de lui accorder la moindre valeur monétaire. »

Nous sommes habitués de lire de meilleures réflexions de votre part.

Vous semblez oublier que la l’économie capitaliste, ou chacun poursuit son propre bonheur, favorise l’individu dans sa recherche de spiritualité. Ainsi chaque personne est libre d’accorder la valeur monétaire qu’il souhaite à la spiritualité. Si cela ne se traduit pas nécessairement en de meilleurs salaires pour des individus plus spirituels, il n’en reste pas moins que les dons aux églises et autres groupes spirituels sont encore astronomiques.

@ Réponse à Jacques Marceau (#5) :

— Sauf erreur de ma part vos propos font référence à la formule suivante :

« Life, Liberty, and the pursuit of Happiness » laquelle est issue de la Déclaration d’indépendance des États-unis adoptée le 4 juillet 1776, dont le premier jet a été écrit par Thomas Jefferson et sur laquelle le très honorable John Adams considéré comme un des Pères fondateurs des États-unis a aussi travaillée.

Cette formule bien écrite – considérée comme un droit inaliénable – justifie en quelques sortes la formation d’un gouvernement, d’institutions destinées à protéger tous les êtres humains contre toutes atteintes à ces droits fondamentaux.

— La formule finalement adoptée par le Congrès étant la suivante :
« We hold these truths to be self-evident, that all men are created equal, that they are endowed by their creator with certain unalienable Rights, that among these are Life, Liberty, and the pursuit of Happiness »

Je vous laisse les bons soins de faire la traduction vous-même, toutefois vous remarquerez le terme « among these » qui en soi montre que ces droits ne sont pas restrictifs, on peut donc choisir d’adjoindre d’autres droits qui garantissent dans le temps une vie décente et de qualité pour l’ensemble des habitants de la planète, puisque cette déclaration constitutive s’entend dans son universalité en vertu des principes maçonniques qui s’y trouvent subtilement enchâssés.

Ce faisant, je ne comprends pas comment vous pouvez estimer que le capitalisme serait le seul et l’unique garant de ces droits et de ces libertés fondamentales lorsque les fondateurs Étasuniens eurent justement cette lumineuse idée de mettre entre les mains d’un créateur le sens consubstantiel de cette quête justifiée de la vie.

— J’en déduis en somme que vos propos se fondent sur un postulat en vertu duquel l’économie capitaliste, serait le cadre « allant de soi », dans lequel l’humain assumerait sa poursuite du bonheur, favorisant sa recherche de la spiritualité. Hormis le fait que la spiritualité n’est pas une recherche puisque tous les corps sont spirituels. J’en viens à concevoir que vous péchez par excès d’optimisme. Si cela était, on le saurait ! Nonobstant, je me réjouis pour vous que vous trouviez à tout le moins en la matière la poursuite de votre propre joie tout comme celle de votre bonheur.

@ Serge Drouginsky (# 3):

« Quoique pour moi la richesse spirituelle devrait être valorisée, il n’est pas dans l’usage de l’économie capitaliste de lui accorder la moindre valeur monétaire. » (sic)

…et elle en a une « valeur monétaire » dans votre système socialo-communiste?

Que l’on se rappelle la façon odieuse et ignoble dont ont été traités les chrétiens et tous les religieux qui ont eu le malheur de se trouver sur le chemin des dictateurs de la gauche (Staline, Mao, Castro et son Che, et tous leurs semblables).

Ah ça…pour être « valorisée », elle est « valorisée » la « valeur spirituelle » chez la gauche.

N’importe quoi!!!

Tout en reconnaissant l’apport extraordinaires de certaines congrégations, lâchez-moi avec le pape!!
J’en veux à cette Église qui prèche pa pauvreté…pour les autres et qui est l’une des grandes fortunes du monde et qui s’enrichit dans lespays lesplus pauvres;
J’en veux à cette Église trop souvent complice des pires dictatures;
J’en veux à cette Église qui bafout les droits des femmes;
J’en vceux à cette Église qui excommunie une mère qui fait avorter son enfant, mais protège le violeur;
J’en veux à cette Église qui profite de l’ignorance des peuples et refuse la contraception (et l’avortement);
J’en veux à cette Église qui profite de l’ignorance des peuples pour dire que l’usage du condom augmente les risques du SIDA (c’est criminel;
J’en veux à cette Église complice des prêtres pédophiles qu’elle protège;
J’en veux à cette Église qui ne désavoue pas les intégristes violents;
J’en veux à cette Église qui prèche la tolérance et l’amour, mais condamne ceux qui pensent autrement;
J’en veux à cette Église au nom de laquelle les pires crimes contre l’humanité ont été commis (et qui ne l’a jamais reconnu);
J’en veux à cette Église qui a touhjours lutter contre la connaissance….

Alors, s’il-vous plait, lâchez-moi avec cette Église!!!

Le pape vaut combien ? À cette simple question, je répondrai demandez-le à son assureur. 🙂

@ Serge Drouginsky :« Quoique pour moi la richesse spirituelle devrait être valorisée, il n’est pas dans l’usage de l’économie capitaliste de lui accorder la moindre valeur monétaire. ». Je vous soumets qu’il fut un temps où l’on mon monnayait des indulgences qui auraient, dit-on, aidé à construire la nouvelle basilique Saint-Pierre.

@ Réponse à François 1 (# 7) :
— Devrais-je en raison du caractère hostile, agressif et vindicatif de vos propos conclure que vous auriez sans-doute raison ? Et…

… par voie de conséquence que j’aurais eu tort. Si cela parvient à vous rassurer….N’est-ce pas l’essentiel ? Il n’est dans ce monde en effet absolument pas indispensable, ni utile de donner une valeur à la spiritualité dans une société capitaliste puisque l’argent supplante à la perfection toute autre forme de valeur quelle qu’elle soit. Inutile de donner une valeur monétaire à l’immatériel ! Dont l’usage n’est finalement pas prouvé.

En ce sens, vous auriez doublement raison d’affirmer que dans « mon » systèmes socialo-communiste (je suis heureux d’apprendre que ce système m’appartient), n’accorde pas plus de valeur à la chose que vous ne le dites. Comme si je l’ignorais….

En toute fin, vous faites bien de m’assimiler à : « Staline, Mao, Castro et son Che, et tous leurs semblables », je trouve cela pertinent, car désormais grâce à vous le masque est tombé ; plus personne ne saurait douter de ce que je suis, ainsi vous vous montrez utile à la société et je vous en remercie.

Logiquement, je devrais peut-être m’excuser pour le caractère irrévérencieux et inapproprié de mes mots. Si ce n’est que je ne le ferai pas. Car rien n’indique en cette minute présente que l’heure de vérité n’ait pas déjà sonnée, une heure qui n’épargne personne.

(…) Concede nos famulos tuos, quaesumus,
Domine Deus, perpetua mentis et corporis sanitate gaudere (…)
[Litaniae Lauretanae]

@ Réponse à Marc Sauvageau (# 9) :
En principe une indulgence est une sorte de « remise de peine » pour ses petits et moyens péchés, cela mérite bien un petit don… Non ?

@ Serge Drouginsky (# 10):

Là où vous avez tort, c’est lorsque vous affirmez que « dans une société capitaliste puisque l’argent supplante à la perfection toute autre forme de valeur quelle qu’elle soit. ».

Le capitaliste se procure de l’argent (le vertueux socialiste également soit dit en passant!) à travers les efforts qu’il déploie dans le domaine où il excelle, pour les avantages que lui procure cet argent et non pour l’argent en lui-même qui en fait ne vaut strictement rien sans les dits avantages.

Et les avantages sont très…très nombreux dont le principal est d’avoir un CHOIX sur sa destinée et sur sa vie.

Argent = choix!

Plus vous en avez et plus vous pouvez le dépenser selon VOS valeurs. Vous voulez aider un groupe de crève-la-faim en particulier? Vous êtes LIBRE de la faire vous-même si bien sûr vous avez les fonds disponibles.

D’ailleurs, pourquoi croyez-vous que les chastes socialistes veulent tant voler l’argent de ceux qui créent la richesse? Simple: pour faire LEURS choix bien à eux au détriment des priorités des autres. En plus, ces socialos paient une horde de fonctionnaires pour « redistribuer » l’argent gagné par les besogneux alors que dans un système plus capitaliste, la totalité de cet argent reviendrait à 100% au groupe nécessiteux, sans mettre un seul sous à des intermédiaires-fonctionnaires.

Dans le système capitaliste, la spiritualité a effectivement une valeur monétaire en ce sens qu’elle est une des nombreuses options qui s’offrent au membre de la société de pouvoir l’exercer ou aider d’autres à l’exercer selon SES principes et SES valeurs et non selon les règles d’un obscur pouvoir sur lequel nous n’avons à peu près aucun contrôle.

Le Très Saint-Père François a été élu par ses pairs éclairés par le Saint-Esprit. On aurait souhaité que ce dernier intervienne aussi dans les commentaires de François 1. Hélas ! On aura beau invoquer tous les saints de l’Église, rien à faire, les dogmes du libertarianisme ont eu raison de lui.

@ Cher François 1 (# 11) :

Vous nous apposez une vision paradigmatique ou si vous préférez idéalisée de ce qu’est le capitalisme. Simultanément vous nous opposez une vision démoniaque des valeurs dites de gauche qu’au gré de vos diverses interventions vous qualifiez variablement : de gauchistes, de socialistes, de totalitaires, de communistes ou de socialo-communistes lorsque pour chacun de ces mots vous avez une définition différente.

Pourtant tous les mots comptent comme l’exprime non sans justesse Jacques Parizeau.

Quoiqu’il en soit je respecte vos opinions, bien que je ne les partage pas. J’aimerais en toute fin terminer mes propos par une question. Existe-t-il un seul pays au monde qui réponde en tous points à votre définition de la société capitaliste idéale ?