Le paradoxe québécois

Le Québec est-il pauvre ou riche ? Heureux ou malheureux ? Son «modèle » économique et social est-il le meilleur au monde ou est-il responsable de la faible compétitivité de notre économie ? Est-il garant d’une meilleure justice sociale ou encourage-t-il la dépendance économique et la relative pauvreté de ses citoyens ?

Nous pourrions débattre pendant des années de ces questions. En fait, c’est ce que nous n’arrêtons pas de faire. C’est un débat obligé et nécessaire, car c’est à nous de définir le genre de société dans laquelle nous voulons vivre.

Il y a néanmoins dans ce débat un joyeux paradoxe. Ce sont ceux qui défendent bec et ongles le « modèle québécois », qui sont les plus insatisfaits, qui manifestent dans les rues et qui font le plus de bruit. Pourtant, ce fameux «modèle » ne nous aurait-il pas rendu parmi les plus heureux peuples sur terre ? Grâce à lui, le Québec ne croule-t-il pas sous les médailles décernées par un vaillant collègue pour souligner la vigueur remarquable de son marché du travail ? Ne serions-nous pas plus riches et mieux portants que presque tous les autres habitants de notre continent ?

Je me demande comment un endroit si choyé et si exceptionnel peut-il être le théâtre de manifestations quotidiennes « d’une génération » en guerre contre tous les facteurs qui auraient produit tant de bonheur ? (Je parle ici, entre autres choses, de droits universitaires les plus bas au Canada, de programmes sociaux uniques en Amérique du Nord, d’un réseau de services de garde à prix très modique, de tarifs d’électricité à rabais, d’une inégalité plus faible des revenus).

Comment se fait-il que les défenseurs de cette usine à bonheur appelée le Québec sont les premiers à soutenir, à appuyer et à défendre cette «génération» qui ne semble pas y trouver son compte ? Et à s’offusquer du moindre effort du gouvernement et des forces policières qui essaient d’encadrer des actions qui ont souvent mené à des actes de vandalisme, en plus de perturber considérablement la vie commerciale au centre-ville de Montréal ?

À l’opposé, il y a des gens qui trouvent que tout va mal au Québec. Ils n’arrêtent pas de s’en plaindre. Ils observent que les salaires sont les plus bas au pays, que l’investissement privé n’est pas à la hauteur, que la dette est archi-lourde, que le niveau de taxation est accablant, que les rues sont pleines de trous, que le temps d’attente moyen aux urgences reste trop élevé, que le taux d’emploi est l’un des plus faible au Canada, que le taux de création d’entreprise est trop bas et que la productivité du travail est plus faible qu’ailleurs. Pour eux, le modèle québécois est, au mieux une lubie, au pire une aberration.

Tenez, aujourd’hui par exemple, certaines de ces personnes feront sans doute remarquer que cette société si heureuse bouffe 30 % des antidépresseurs au Canada et que 14,2 millions d’ordonnances ont été délivrées par des pharmaciens en 2011.

Par les temps qui courent, ce sont pourtant ces détracteurs du «modèle» québécois qui demandent le retour à la vie normale et qui se font les grands défenseurs du « système ». Pendant ce temps, les défenseurs du « système québécois » flirtent avec la révolution et veulent en découdre avec un régime économique et social qu’ils ont eux-mêmes construit.

 

 

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Il y a des paradoxes du genre dans tous les pays du monde.

Il y a presque 20% de la population américaine qui vit grâce aux timbres alimentaires. Pourtant, les USA sont l’exemple à suivre côté création de richesse selon les détracteurs du modèle québécois. Paradoxal?

La France, méchant pays socialiste dont les habitants ne foutent rien selon nos amis du ROC a une productivité très supérieure à n’importe quelle province canadienne. Paradoxal?

Avez-vous déjà lu un écrit de ma part qui sonnait comme un plaignard M. Duhamel?

Comme bien d’autres québécois, je me satisfait de mon sort sans me bercer d’illusions et tout en essayant de l’améliorer au quotidien.

Mais bon, quand on adhère à la théorie du RduC à l’effet que les québécois ne sont qu’une bande de chialeurs et de râleurs insatisfaits, ça vous fait une belle jambe.

Je conviens d’une chose avec vous, la société québécoise est une société divisée. Il y a rarement une forte majorité et une faible minorité sur quelque sujet que ce soit. C’est peut être pour cette raison que nous sommes les champions, toutes catégories, des consensus tribaux, seule façon de dégager un compromis ralliant une majorité significative de l’ensemble de la population.

Toutefois, un consensus demeurera toujours une demie-mesure et c’est peut être ça qui fini par rendre les gens très critiques de la société dans laquelle ils vivent.

Je préfère donc utiliser le verbe «critiquer» plutôt que «plaindre (se)» pour qualifié l’attitude des québécois.

Étant ce qu’il convient d’appeler une néo-québécois depuis maintenant 20 ans. Et bien qu’on parle toujours du modèle québécois, je me suis souvent demandé s’il y avait bien un modèle québécois. Ce que j’ai relevé, c’est qu’il y a une province qui doit faire face à sa dure réalité culturelle dans le cadre de l’économie nord-américaine. De plus, on doit faire face à une réalité historique et politique qui est celle de l’appartenance à la couronne d’Angleterre. Exception faite de la langue, on a un système de santé qui ressemble au système anglais tempéré d’une touche très américaine avec un volet privé de plus en plus présent qui est aussi le terrain de chasse les compagnies d’assurances.

Aussi, on fait la file à la banque, ou bureau de poste, en attendant le bus… comme les anglais. Pour un français ce genre de choses sont pires que le supplice de la goutte. Si bien que le modèle québécois, c’est le modèle anglais (même Gilles Duceppe trouve que le modèle parlementaire canadien a du bon) dans un cadre concurrentiel nord américain avec un ancrage culturel, psychologique et mental à la fois latin, francophone et catholique. Même les nouveaux athées très en vogue actuellement sont pétris à leur insu de catholicisme.

– Pas facile à assumer le modèle québécois et pas spécialement étonnant que de temps à autres on se trouve quelque peu mêlé.

L’économie étant une science humaine, il convient de rappeler que sa sœur siamoise est la psychologie. Si nous sommes confrontés comme société à l’impossibilité de vivre ensembles dans la joie, le bonheur, la prospérité et dans l’harmonie (après tout nous ne somme guère que 8 millions d’habitants) c’est parce que par un ensemble de contradictions d’ordre psychologiques on est incapable d’intégrer toute notre population sans faire de différences et d’exceptions. En raison de cette vacuité usuellement véhiculée par nos élites, on détruit la meilleure des choses au monde : « l’estime de soi ». On ne peut pas devenir ou rester entrepreneur quand dans son for intérieur (du latin forum) on ne s’aime pas.

C’est pour cette raison que j’écoute attentivement notre jeunesse auprès de qui je prends des leçons de vie et d’humilité, ce en quoi je leur suis très reconnaissant.

Pourquoi parle-t-on tant d’un modèle québécois? L’interventionnisme du gouvernement dans l’économie existe depuis les débuts de l’Histoire, et ça a TOUJOURS été un échec à plus ou moins long terme

Il faut aussi bien constater que la plupart des gens qui sont contre le mouvement social qui se passe présentement au Québec rêvent du modèle américain donc un modèle à terre. L’éternel propagande de la droite.

Les salaires moins élevés au Québec? Facile à expliquer:
-les sièges sociaux à Toronto, volés à Montréal (vs vs souvenez? le danger de la sépération)
-le gouvernement canadien à Ottawa avec ses grosses jobs dans les 6 chiffres.
-le grand nombre de PME qui paient peu au Québec (c’est la honte du mondèle) vs la grande entreprise dans le ROC, incarnée par l’auto et le pétrole

Par contre, le cout de la vie est plus bas au Québec, entre autre grâce au modèle. Pas de garderies à 30 piasses par jour ici, pas de frais universitaires à 6k (et un an de plus qu’au Québec)

Pis les femmes sont plus belles et la bouffe est incomparable

Lisée a écrit un livre complet pour dire que le Québec allait super bien parce que Charest a été un ardent défenseur du modèle Québécois.

Pourtant le même Lisée veut dégommer Charest…

Excellent paradoxe que vous soulevez ici Monsieur Duhamel; mais on n’est pas à une contradiction près au Québec gauchiste.

Ceux qui tapochent leurs casseroles dans la rue en arborant leur bout de chiffon rouge sont effectivement les plus ardents défenseurs du modèle québécois, modèle tellement avantageux pour le peuple qu’il est imité par…personne au monde.

Si ça marchait, ça se saurait non?

Par contre, ces défenseurs du modèle en question veulent…l’empirer: encore plus d’interventionisme étatique, encore plus de taxes et d’impôts, encore plus de restrictions aux libertés du peuple, encore plus de dirigisme et encore plus de centralisation des pouvoirs. Ça ne vous rappelle pas un certain régime tout ça? Un régime qui s’est écroulé sous son propre poids il y a quelques lustres?

Il faut peut être se poser la question à savoir si les chialeux, comme vous dites, ne le font pas pour dénoncer le mensonge, la tricherie, la fraude etc. Au fond sommes nous bien géré? je ne crois pas à la lumière de beaucoup d’analystes.

Bonjour.

Deux choses. D’abord, si la société québécoise est idyllique ou tend à l’être, c’est parce qu’il y a du monde pour la revendiquer. Que ça se fasse dans la rue, c’est la suite des événements précédents de revendication plus discret qui n’ont pas été retenus et dont l’enjeu est suffisamment important ou touche suffisamment de monde pour que les événements du type « printemps érable » se produise.

Ensuite, la description de la société face aux événements actuels est fausse. Je suis de ceux qui « sont les premiers à soutenir, à appuyer et à défendre cette «génération» qui ne semble pas y trouver son compte » (et de tous ce qui suit) et fait également parti « des gens qui trouvent que […] va mal au Québec » à la différence que certaines des croyances énumérées ont un fondement factuel.

Le paradoxe en question n’est pas réel.

Nous sommes arriver à un point de non retour, la démocratie est bafouée par un groupe de personnes qui sont arriver au pouvoir par l’ignorance des masses du rôle de la politique dans leurs vies.

En fait le Québec de Charest comme le Canada de Harper profitent du manque de précision de la loi qui défini la démocratie de type «anglais» qui nous est proposée. Ce qui manque à ces deux «entourlouppeurs» et à leurs suites est le « fair-play» légendaire des anciens politiciens. Ils ont changer notre système en une «dictature de l’Érable», édictant des lois qui favorisent les mieux nantis qui les supportent comme la famille célèbre Desmarais qui a versé 300.000.00 au PLQ en remerciement des contrats accordés à leurs filiales.
Ceux qui sont pour la taxe de 200.00 de la santé sans égards des revenus familiaux sont naturellement ceux qui sont de ton bord….
Une société qui revient aux règne des Châtelains et de leurs serfs se dessine! Pas plus de 8 semaines de chômage et houp-la vas travailler dans un «Mc Do» à 1 heure de chez toi…
Ou, vous ne voyez pas arriver le «tsunami politique» qui balaye la province et le Canada, avec comme lame de fond les lois 78 et C-38 et la police politique. Pourvu que nos richesse profite à une minorité c’est parfait pour vous. Je me désole de voir votre raisonnement lu aux gens bien trop nombreux qui sont sur des civières à l’urgence,une promesse du «sauveur de Sherbrooke» de 2003… et reprise à chaque semestre…

Il n’est tout simplement pas normal de constater, semaines après semaines, des dépenses gouvernementale ainsi que des comportements politique douteux et non transparents.

Au Québec, nous sommes bien comparé au congo ou la Lybie, ok, mais ce n’est pas une raison pour voir Charset liquider le Québec et mépriser l’intelligence de la masse.

De plus, les québecois n’ont pas de mémoire politique. Mais a l’ère de l’information, il ne faut plus prendre les québecois pour des valises. Les vents changent!

« Ce sont ceux qui défendent bec et ongles le « modèle québécois », qui sont les plus insatisfaits »

?!?

C’est de Jean Charest dont nous sommes insatisfaits, avec son gouvernement, leurs slogans vides, leur arrogance, leurs magouilles, leurs politiques néolibérales… Pas du modèle québécois!

Aucun paradoxe ici, c’est même tout à fait logique.

Le »modèle québecois » était bien jusqu’à ce que les libéraux débarquent et nous demandent de payer toujours plus pour compenser leurs mauvais placements et l’argent qui »disparaît » dans leurs poches !

On était fiers de nos droits universitaires les plus bas, de notre système de santé, de notre électricité, nos services sociaux et nos garderies ! Oui, on payait plus d’impôts et de taxes, mais tout le monde payait sa part pour maintenir ces services ! Maintenant, on demande à une seule génération de payer pour les autres ! On demande à toute une génération de se la fermer et d’endurer ! Pourquoi ? Parce que Charest est là et qu’il adore remplir les poches de Quebecor, de Power Corporation et des compagnies minières et gazières ! On ne se laissera pas faire ! On n’a pas à payer pour ça !

Vous nagez en effet dans l’absurdité.

Il faut vraiment faire preuve d’illogisme pour prétendre s’inspirer de Martin Luther King et de Gandhi ET rigoler quand son ado ramène à la maison une affiche montrant un collègue violemment assassiné. Le comble reste à venir car au rythme où vont les choses les Québécois éliront sans doute un bon nombre de poteaux qui seront à la fois inspiré par Martin Luther King, Ghandi et Mise en demeure, sans y voir aucune contradiction.

M.Duhamel, est-ce volontaire ou est-ce par ignorance (ça ne se peut pas!) que vous n’incluez pas Jean Charrest dans votre équation de paradoxe québécois. C’est peut-être cet autre paradoxe de la tour d’ivoire…

« mais tout le monde payait sa part pour maintenir ces services »

53% des CONTRIBUABLES paioent la note. on repassera pour chacun paie sa part

Très bon texte
Je peux pas croire toutes les conneries écrites dans les commentaires qui suivent.

Le modèle québécois, c’est correct!

C’est Jean Charest qui cloche dans cette tableau!

Qui veut être gouverné par un gouvernement sur lequel pleuvent les allégations de collusion et corruption?

@ Iris Avaro (# 19):

Je pense que vous en avez manqué un p’tit bout…

Le premier témoin de la Commission Charbonneau, un haut fonctionnaire en pluce pendant 40 ans a clairement stipulé que l’inexplicable « phénomène » des dépassements de coûts fonctionne depuis la Révolution tranquille, soit depuis que l’État québécois a engraissé jusqu’à devenir obèse et inefficace.

Ça, ça veut dire que ce petit stratagème fonctionnait autant chez les Libéraux que chez les péquistes (i.e.: La Gaspésia!!!).

Au Québec, nous avons une situation politique particulière qui fait qu’il est difficile de changer pour un autre parti que le parti Libéral. Le principal parti d’opposition (le PQ) prône l’indépendance or la majorité des québécois rejettent cette option. Il nous reste les deux autres partis (si on exclue les partis microscopiques), soit la CAQ et le QS. Or ces deux partis ne sont pas prêts à prendre le pouvoir.

Le paradoxe québécois pourrait disparaitre rapidement si on obligeait les étudiants/étudiantes et les gaucheux/gaucheuses à suivre un cours d’économie 101,

Gratuitement, évidemment !!

Il suffit d’examiner l’allure et les comportements de tous ces batteurs de casserolles, de ces anti-capitalistes, de ces profiteurs de notre généreux système socialiste et de ces étudiants permanents pour constater que ce ne sont pas eux qui comprennent le plus ce qui se passe lorsqu’ils demandent au gouvernement la gratuité de tout et de rien. Ils oublient que l’État est totalement tributaire de ses citoyens contribuables. Les chèques d’assistance sociale, l’assurance-chômage, les services sociaux de toutes sortes, ce sont les travailleurs assidus qui les paient. Il n’y a rien de gratuit dans l’État socialiste québécois. Il y a toujours quelqu’un, habituellemnt un méchant capitaliste, qui ramasse la note et se serrent la ceinture. Quand on demande à un gouvernement libéral, péquiste ou caquiste de payer les frais de scolarité de tout le monde, sachez qu’il ira chercher dans les poches du petit monde les revenus nécessaires pour satisfaire les caprices et besoins de tous et chacun. Et ne vous en faites pas, vous les étudiants nécessiteux, les bénéficaires de tout acabit, vous aurez amplement le temps et les moyens, si vous avez le courage d’intégrer un jour le marché du travail, de fouiller dans vos poches, de gratter vos fonds de tiroir et de vider vos tirelires pour, à votre tour, satisfaire les phobies de vos rejetons. Le socialisme c’est comme ça que ça marche. Les gouvernements que vous élirez, si jamais vous acceptez de vous déplacer pour aller voter, vous rattraperont par là où ça fait mal. À gauche ou à droite, ainsi va la vie. Croyez-moi il n’y a pas vraiment de paradoxe, il n’y a que cette réalité crue pour ne pas dire cruelle.

Pierre April
Newport