Le pessimisme de Guy Laliberté

Le Québec ne va peut-être pas très bien, mais il n’est pas seul dans son camp. Il se situe dans un monde bouleversé qui cherche ses repères, dit Pierre Duhamel.

Photo: Bryan Steffy/WireImage/Getty Images
Photo : Bryan Steffy/WireImage/Getty Images

Blogue EconomieGuy Laliberté ne donne pas beaucoup d’entrevues, et cela ajoute à l’importance de ses propos. Le président et fondateur du Cirque du Soleil se dit triste en regardant ce qu’est devenu le Québec. Le Québec doute ; il est ébranlé et démoralisé, et il a des croûtes à manger s’il veut avancer et briller à l’échelle internationale, dit-il au Journal de Montréal.

Autant je peux être critique quant à la gestion des fonds publics, au niveau de taxation et à l’état général des finances de l’État, autant ce type de commentaires me rend mal à l’aise.

Le Québec ne va peut-être pas très bien, mais il n’est pas seul dans son camp. Il se situe dans un monde bouleversé qui cherche ses repères.

Ce malaise qui indispose Guy Laliberté n’est pas propre au Québec. Je serais Italien, Japonais, Français ou Américain et j’exprimerais probablement un dépit semblable.

Les pays industrialisés ont tous beaucoup ralenti. Le trop lourd endettement public est une maladie quasi universelle. La désindustrialisation est un phénomène observable dans tous les pays riches.

Le vieillissement de la population est aussi une réalité qui touche de nombreux pays. Chaque économie a ses défis et ses enjeux. Dans le sud du Nevada, où se trouve Las Vegas, le prix moyen des maisons était de 195 000 dollars en mars 2014, loin encore des 315 000 dollars de juin 2006.

Désolant, tout cela ? Oui. Désespérant ? Pas nécessairement.

Au Québec, le choc démographique et celui des finances publiques constituent une double menace réelle.

La démographie nous joue des tours. Chaque année, le Québec enregistre un peu moins de 90 000 naissances et un peu plus de 61 000 décès. L’accroissement naturel de la population est trop faible pour soutenir une forte croissance économique. L’indice de fécondité tend même à diminuer (1,65 enfant pas femme) depuis les récents sommets de 2008 et de 2009 (1,73). Il faut compter sur l’immigration, mais il semble que notre capacité à intégrer les immigrants soit limitée.

La population en âge de travailler (15 à 64 ans) commence à diminuer, ce qui est unique en Amérique du Nord. Par contre, nous vivons plus longtemps qu’auparavant, ce qui ajoute au stress des finances publiques. L’espérance de vie est de 84 ans pour les Québécoises et de 80 ans pour leurs compagnons.

Le potentiel de croissance de notre économie est limité par ces conditions. Ce fond de décor est incontournable. C’est notre réalité.

Une population qui vieillit n’est peut-être plus aussi audacieuse, mais elle devient plus sage et plus aguerrie.

Pour la première fois, je sens une volonté populaire d’attaquer sérieusement nos problèmes de dettes et de déficits. Québec et Montréal, mais aussi Laval et Longueuil, ont des maires qui croient au développement économique et qui ne veulent ni s’enfarger dans les fleurs du tapis ni couper les coins trop rond. La population n’en peut plus du favoritisme, de la collusion et de la corruption.

Partout au Québec, des entrepreneurs innovent, créent et exportent. Juste à Montréal, on compte facilement un millier d’entreprises en démarrage dans le seul secteur technologique. Les universités sont en train d’inventer de nouveaux modèles et de créer de nouveaux réseaux pour stimuler l’entrepreneuriat et l’échange de connaissances. Le mois dernier, Lumenpulse, une brillante entreprise à la fine pointe de sa technologie, s’inscrivait en Bourse — un passage trop rarement fréquenté par nos PME ces dernières années.

Des beaux succès québécois, je pourrais vous en nommer des centaines. La cote de popularité des entrepreneurs n’a d’ailleurs jamais été aussi élevée qu’elle ne l’est aujourd’hui. Ils mènent chacun leur propre bataille dans des marchés férocement disputés. Même le Cirque du Soleil doit innover encore plus pour étendre ses filets.

Rien n’est gagné, mais rien n’est perdu. Je sais par expérience que le découragement ou le cynisme n’appellent pas au dépassement et à la réussite.

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À propos de Pierre Duhamel

Journaliste depuis plus de 30 ans, Pierre Duhamel observe de près et commente l’actualité économique depuis 1986. Il a été rédacteur en chef et/ou éditeur de plusieurs publications, dont des magazines (Commerce, Affaires Plus, Montréal Centre-Ville) et des journaux spécialisés (Finance & Investissement, Investment Executive). Conférencier recherché, Pierre Duhamel a aussi commenté l’actualité économique sur les ondes du canal Argent, de LCN et de TVA. On peut le trouver sur Facebook et Twitter : @duhamelp.

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» L’indice de fécondité tend même à diminuer (1,65 enfant pas femme) depuis les récents sommets de 2008 et de 2009 (1,73). » Il serait encore plus bas n’eut été des autochtones qui, eux, ont 3 ou 4 enfants par femme. Sauf que ces femmes autochtones fabriquent ce dangereux surplus d’enfants dans des communauté sans avenir où le taux de chômage est énorme. On n’a vraiment pas besoin de ces indices de fécondité mal placés: haute fécondité là où c’est nuisible + basse fécondité là où c’est nuisible: on se tire 2 fois dans le pied, en somme.

L’accroissement de la population autochtone (la proportion d’autochtones dans la population canadienne et québécois ne cesse d’augmenter) est NUISIBLE à l’économie car elle se fait précisément là où la population ne devrait pas augmenter.

Je suis absolument choquée par ces propos qui frisent la theorie hitlerienne ! Donc en somme, les autochtones ont en veux pas, faut les éliminer ! !!!! Bravo pour votre clairvoyance !

« La population n’en peut plus du favoritisme, de la collusion et de la corruption. »

C’est pas vrai!

La population à voté pour un parti qui favorise le favoritisme, la collusion et la corruption.
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« …mais il semble que notre capacité à intégrer les immigrants soit limitée. »

C’est normal, ne pas intégrer les immigrants c’est diluer les francophones québécois.

Guy Laliberté parle de confiance. Quant à moi, je pense qu’il a bien raison. La confiance, c’est le carburant de toute forme d’organisation. C’est la confiance qui pousse les gens à s’unir et même à se dépasser. C’est en grande partie la confiance qui a formée l’Amérique.

Quand ce mot magique n’est plus au rendez-vous. Cela marque un inexorable déclin. Je ne dis pas que tout va mal et je ne conteste pas que ce climat existe dans toutes sortes d’endroits dans le monde, dans toutes sortes de pays.

Il n’en reste pas moins que ce climat malsain touche le Québec, que cela touche toutes les générations, que cela touche toutes les classes sociales.

Je ne dis pas que celles et ceux qui entreprennent actuellement n’ont pas pleinement raison d’entreprendre. Toutefois, on n’a pas actuellement assez de projets visionnaires et avant-gardistes. Hors pour pouvoir former un Montréal du 21ième siècle qui ait vraiment de l’allure, un Québec présent qui prenne sa place dans le monde, cela ne requière pas seulement que des idées et des bonnes intentions.

Cela nécessite de la volonté et encore plus d’argent. Si on n’a pas tout cela, cela prend des hommes et des femmes qui se donnent corps et âmes bénévolement ; j’entends pas cela des gens qui donnent du temps en toute abnégation, pour le plaisir. L’union fait la force, c’est précisément ici ce qui manque le plus quand tout est fondé sur la réussite sociale et puis sur l’individu.

— Observez-vous vraiment tout cela dans votre paysage ou votre environnement ? Moi, vraiment j’n’y vois rien !

M Duhamel le Québec que vous voyez existe réellement, oui les québécois sont travaillants, débrouillards et beaucoup veulent entreprendre. Personne ne nie cela, même pas M. Laliberté.

Le problème c’est que les ces même Québécois sont pognés dans un système socialiste qui les étouffe, qui les empêche justement de devenir réellement productifs.

Y’a pas de mal à le dire, à le crier même! Le constat d’échec est un passage obligé avant de décider de changer. Et si sur ce point les commentateurs des médias étaient moins « mielleux » on finirait peut-être par obtenir du vrai changement.

L’économiste français le plus à la mode ces jours-ci en Amérique est Thomas Piketty, dont le point majeur de son dernier livre, « Le Capital au XXIe siècle », est qu’une croissance peu élevée favorisera une concentration de la richesse. Le Québec va donc se distinguer, grâce à son atonie démographique, par une tendance forte à la concentration de la richesse. Il faudrait donc, dans notre intérêt collectif, continuer de soutenir un système libéral démocrate qui combat la montée des inégalités tout en favorisant la création de richesse, et ne pas trop prêter trop l’oreille aux porte-paroles de l’oligarchie montante, tels P.K.Péladeau, ou Guy Laliberté, qui rêvent, avant tout, d’un État malingre et peu entreprenant. Gouverner au centre demeure la voie à privilégier dans les circonstances. In medio stat virtus.