Le pétrole de la discorde

Terre-Neuve veut le beurre et l’argent du beurre !

La province la plus pauvre du Canada roule-t-elle sur l’or ? Il y a tout plein de nouveaux restaurants, de petites boutiques chics, de nouveaux édifices rutilants et d’autos neuves dans les rues pittoresques de St. John’s (180 000 habitants). Les revenus du gouvernement provincial ont augmenté de 10 % en 2006, lui permettant de baisser les impôts et de commencer à rembourser la dette. Le budget préélectoral de ce printemps regorgeait de généreuses allocations pour des trucs qui plaisent à l’électorat : la santé, l’éducation, la création d’emplois.

Cette abondance vient principalement du pétrole marin — que les Terre-Neuviens sont par ailleurs convaincus d’avoir laissé à vil prix aux pétrolières. Jim Flaherty, ministre fédéral des Finances, prévoit que Terre-Neuve fera son entrée dans le club sélect des provinces riches — qui donnent de la péréquation au lieu d’en recevoir — d’ici deux ans. Présentement, les transferts du gouvernement fédéral représentent 30 % des six milliards de dollars de revenus du gouvernement de Terre-Neuve.

Cela fait bondir Danny Williams. Il est furieux parce qu’Ottawa avait promis de ne plus inclure les redevances du pétrole dans le calcul de la péréquation, promesse sur laquelle Stephen Harper est revenu dans le dernier budget fédéral.

« Dans le reste du pays, on voit Terre-Neuve comme une province qui veut avoir la péréquation et les revenus du pétrole, mais ici, on ne voit que la promesse non tenue du fédéral », explique Geoff Meeker, spécialiste des communications proche de l’industrie du pétrole.

Il y a actuellement trois champs pétrolifères (Hibernia, Terra Nova et White Rose) en exploitation au large de l’île. La mise en route d’un quatrième champ, Hebron, le plus grand, est compromise maintenant que Williams demande, au nom de sa province, une participation de 5 % au capital de l’entreprise. Les négociations sont au point mort.

« Le pétrole a enrichi le gouvernement et les gens de St. John’s, mais pas Terre-Neuve ni les autres Terre-Neuviens », dit Lorraine Michael, députée NPD. Le taux de chômage est à 13 %, et 51 % seulement des personnes en âge de travailler ont un emploi — les petits villages côtiers se dépeuplent, les jeunes partant chercher du travail en Ontario et en Alberta.

Terre-Neuve a rarement eu le gros bout du bâton dans ses négociations avec le Canada central et la grande entreprise. Les partisans de Danny Williams ne voient que les bénéfices accrus qu’il promet à sa province. Mais des investisseurs plus prudents s’inquiètent des risques que ses fanfaronnades font courir à la fragile économie terre-neuvienne. L’exploitation d’une importante mine de nickel à Voisey Bay a été retardée pendant près de 10 ans par une chicane sur la construction d’une raffinerie. L’aménagement des chutes Churchill fait l’objet de difficiles discussions avec Hydro-Québec. Au 10e anniversaire du moratoire sur la pêche à la morue, les stocks de poissons dans la mer sont au plus bas. Avec l’avenir, maintenant incertain, de l’exploitation pétrolière, on comprend Danny Williams de tenir mordicus aux paiements de péréquation. Un tiens vaut mieux que deux tu l’auras…

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