La réindustrialisation de l’Amérique du Nord : «The next big thing,» vraiment ?

Aux États-Unis, le mot reshoring fait les manchettes de bien des médias d’affaires pour parler de ces entreprises manufacturières qui rapatrient leur production en territoire nord-américain, après une décennie de sous-traitance au Mexique ou en Asie. Mais est-ce là une véritable tendance ou un phénomène marginal ?

Photo : Image Source / InStock / Getty Images
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Ce serait la prochaine révolution — the next big thing, comme titrait le magazine The Economist dans son édition spéciale de janvier 2013 sur le sujet.

Blogue EconomieQuoi donc ? Le reshoring, ou la réindustrialisation de l’Amérique du Nord.

Aux États-Unis, le mot fait les manchettes des médias d’affaires presque à toutes les semaines pour parler de ces entreprises manufacturières américaines qui rapatrient leur production en territoire nord-américain, après une décennie de sous-traitance au Mexique ou en Asie.

Mais est-ce là une véritable tendance ou un phénomène marginal ?

Chose certaine, le Canada n’a pas encore emboîté le pas sur son voisin américain.

Selon la dernière enquête sur l’innovation et les stratégies d’entreprise de Statistique Canada, 14 % des entreprises canadiennes ont sous-traité leur production à l’étranger en 2012, soit une hausse de 4 points de pourcentage par rapport au taux de 10 % enregistré en 2009.

La tendance est donc encore à la délocalisation plutôt que l’inverse, alors que 93 % des entreprises disaient, en 2009, produire à l’étranger, contre 87 % en 2012.

Seules certaines activités de soutien, comme des activités de distribution et de logistique, semblent être rapatriées peu à peu par les entreprises. En 2009, 15 % d’entre elles sous-traitaient ces fonctions à l’étranger. Ce taux a baissé à 13 % en 2012.

Enfin, si phénomène il y a, il serait plus concentré autour des petites entreprises que des grandes, dont 38 % ont effectué des activités de production à l’extérieur du Canada en 2012, comparativement à 22 % en 2009. Seules les moyennes entreprises affichent une baisse de leurs activités de production hors frontières (de 17 % en 2009 à 14 % en 2012).

Ces données sont à utiliser avec prudence, puisqu’il pourrait aussi s’agir d’entreprises qui ont plié bagage à la suite de l’échec d’un projet de délocalisation, et non parce qu’elles souhaitent rapatrier leur production.

Même aux États-Unis, il faut être prudent avant d’affirmer officiellement le retour du «made in USA».

Dans son dossier sur le sujet, The Economist précisait que moins de 100 entreprises avaient fait ce choix jusqu’à maintenant et que celles-ci n’ont souvent rapatrié qu’une petite partie de leur production destinée au marché américain, et non sa totalité. The next big thing, vraiment ?

* * *

À propos de Kathy Noël

Kathy Noël est journaliste, chroniqueuse et blogueuse à L’actualité. Journaliste économique depuis près de 15 ans, elle a auparavant travaillé au journal Les Affaires et au magazine Commerce, où elle a occupé le poste de rédactrice en chef adjointe de 2002 à 2009. On peut la suivre sur Twitter : @kathy_noel.

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1 commentaire
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Cela fait quelques années déjà que je rapportais sur les blogues, qu’il faut redéployer notre industrie manufacturière au Canada et évidemment au Québec également. Une économie — à chaque fois que c’est possible-, se doit de choisir la voie de la diversification.

C’est un leurre que de penser que les gains en emplois dans les services notamment, compensent les pertes d’emplois dans les autres secteurs. Tout cela ne sert qu’à fragiliser nos sociétés, sans compter que cela est aussi un obstacle à la démographie, un obstacle à l’immigration, un obstacle à l’intégration des immigrants, un obstacle au développement régional et un obstacle à la création de nouvelles entreprises.

Ce ne sont pas seulement les industries qu’il faut promouvoir, c’est encore l’artisanat et même les micro-entreprises, tout ce qui procède de la transformation. C’est parce que tout le monde est capable d’apporter sa part de richesse, qu’il est possible de bénéficier d’une société équilibrée, plus équitable et bien plus prospère.

Sans compter que l’accroissement de l’offre sur le marché sert à accroitre, bonifier et diversifier l’offre pour les exportations. Sans omettre qu’une production locale permet aussi de tester nos produits. Il est plus facile de vendre des produits éprouvés sur place à l’extérieur que de vendre à l’extérieur des produits exotiques fabriqués ailleurs.

Le revers de la médaille, est qu’il existe une « business class » encore dominante, toujours en quête d’hédonisme et d’évasion. Ainsi délocaliser, aller et acheter toujours plus loin, permet de produire d’autres services considérés comme porteurs de valeurs ajoutées lesquels deviendraient moins en demande dans un retour à des économies plus localisées.

Reste bien sûr à savoir si cette classe en apparence indispensable, apporte tant de la richesse que cela ou si elle construit sa force par le retranchement justement de plus de richesses globalement qu’elle n’en crée.