Le physique de l’emploi

La discrimination salariale basée sur la taille, le poids et la beauté physique est bien réelle. Il faut la combattre avec énergie.

La discrimination salariale basée sur le physique est bien réelle
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Les salaires ne reflètent pas seulement l’éducation, l’expérience et le talent. Ils subissent aussi l’influence d’attributs personnels comme la taille, le poids et la beauté physique.

Sur la taille, la recherche contemporaine nous apprend que le salaire d’un homme de 1,83 m (6 pi) dépasse en moyenne de 6 % celui d’un autre homme qui a autant de talent, d’éducation et d’expérience, mais qui ne mesure que 1,75 m (5 pi 9 po) – la moyenne canadienne. Autrement dit, si le plus petit gagne 45 000 dollars par année, le plus grand en touchera 47 700. Le cas des chefs d’entreprise est particulièrement frappant. Aux États-Unis, 30 % des dirigeants des plus grandes sociétés – presque tous des hommes – mesurent au moins 1,88 m (6 pi 2 po). Pourtant, seulement 4 % des Américains de sexe masculin atteignent ou dépassent cette taille. Être grand, ça aide.

Au sujet du poids, on nous apprend que l’obésité n’a presque pas d’influence sur le salaire des hommes, mais un effet marqué sur celui des femmes. Même si elle est en aussi bonne santé et tout aussi productive au travail, une femme pesant 100 kilos gagne 9 % de moins qu’une autre de même taille qui en pèse 70. Dans le cas, par exemple, où cette dernière touche un salaire de 45 000 dollars, la première n’en gagne que 41 000, une différence de 4 000 dollars. Les petites femmes rondes qui se sont hissées au sommet d’une entreprise ou d’une orga­nisa­tion en raison de leur talent exceptionnel doivent tirer une leçon de ces résultats sur la taille et le poids : il leur faut se méfier des grands hommes costauds de talent moyen qui convoitent leur poste.

L’influence de la beauté physique sur la rémunération, quant à elle, serait à peu près la même pour les hommes que pour les femmes. Peu importe le sexe, les personnes jugées séduisantes bénéficieraient d’un salaire de 7,5 % plus élevé que la moyenne des salariés. À l’inverse, celles qui seraient moins gâtées par la nature subiraient une perte de 5 %. Au total, c’est donc un écart salarial de 12,5 % qui séparerait les deux extrémités du spectre de la beauté physique. Par référence au salaire moyen de 45 000 dollars par année, les sujets les plus séduisants parviendraient à en gagner 48 500, tandis que les moins attirants devraient se contenter de 43 000. L’écart séparant les deux groupes serait donc de 5 500 dollars par année.

L’importance de la taille, du poids et de la beauté physique est incontestable dans certains métiers ; c’est le cas pour les joueurs de basketball, les lutteurs de sumo ainsi que les acteurs et actrices de cinéma. Il faut également convenir que la grande taille, la sveltesse et la beauté sont des qualités naturelles qui peuvent favoriser la confiance en soi, la capacité de communiquer et la facilité à plaire aux clients. Cela peut même justifier une « prime d’aptitude » dans certaines professions.

Mais il ne faut pas exagérer la généralité de ces bienfaits présumés. Un mémoire de maîtrise en économie préparé par une étudiante de l’UQAM, Valérie Malka, vient par exemple de démontrer que les jurys d’examen de nombreux orches­tres symphoniques d’Amérique du Nord sont influencés de façon notable par la beauté des candidats dans les con­cours où la tête de ceux-ci n’est pas cachée par un écran. Pas sûr qu’il en résulte une meil­leure musique ! Nul doute que ce type de comportement est répandu dans d’autres secteurs de l’économie. Les patrons et les cadres réagissent souvent à la taille, au poids ou à la beauté des postulants à un emploi ou des candidats à une promotion, même en l’absence de tout lien avec la productivité.

C’est la nature humaine. Il n’en reste pas moins que cela constitue une discrimination pure et simple, qui doit être combattue avec énergie.

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