Le PIB a fait son temps

Peut-on encore faire confiance au produit intérieur brut? Pour beaucoup d’économistes, ce sacro-saint indicateur n’est plus adapté au XXIe siècle.

Peut-on faire confiance à un outil vieux d'un siècle pour mesurer l'état de santé du monde d'aujourd'hui. (Photo de gauche: M. Gramlich/Hulton Archive/Getty Images; Photo de droite: Airbnb/Aftonbladet/IBL/Zuma/Keystone)
Un outil vieux d’un siècle peut-il vraiment mesurer l’état de santé du monde d’aujourd’hui? (Photo de gauche: M. Gramlich/Hulton Archive/Getty Images; Photo de droite: Airbnb/Aftonbladet/IBL/Zuma/Keystone)

Le PIB est apparu après la crise des années 1930 pour mesurer la production de biens et services sur une période donnée. Il est devenu un formidable outil pour recenser l’effort de guerre, et sa croissance est aujourd’hui encore vue comme un signe de santé.

Mais le PIB est critiqué pour n’avoir pas de cœur: il ne tient pas compte des effets secondaires des décisions économiques. Construire une centrale nucléaire ajoutera au PIB, mais les effets environnementaux, comme les déchets et la décontamination, ne seront pas pris en compte.

Le PIB est aussi critiqué parce qu’il est trompeur. Ainsi, en 2014, le Nigeria a ajouté 240 milliards de dollars à son PIB, une hausse de 89 %, en incluant dans son calcul des secteurs qui n’étaient pas comptabilisés jusque-là. Cette hausse n’a rien changé au fait que ce pays est l’un des plus pauvres d’Afrique.

Le travail bénévole, comme celui des proches qui restent à la maison pour s’occuper de leurs parents, n’est pas non plus compris dans le PIB, même s’il constitue un gain de services. Même chose pour la production immatérielle — brevets, découvertes, etc. — et l’état des infrastructures.


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Bref, le PIB ne tient pas compte de la qualité de la production et de ses gains d’efficacité. Par exemple, en calculant la consommation d’éclairage entre les années 1800 et 2000, le total augmente de trois à cinq fois. C’est ce que le PIB retient. Mais c’est faire fi du passage des bougies aux ampoules. Sur cette base, le coût par lumen (unité de mesure du flux lumineux) a énormément baissé en deux siècles.

Afin de fournir un portrait plus juste, les économistes américains James Tobin et William Nordhaus ont créé, en 1973, la mesure du bien-être économique, qui tient compte des effets à long terme des dépenses en santé et en éducation. Puis, en 1998, les Canadiens Lars Osberg et Andrew Sharpe ont proposé un indicateur de bien-être économique qui tient compte de l’inégalité des revenus et de l’insécurité économique.

Les Prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz et Amartya Sen ont aussi présidé une commission, en 2008, avec leur collègue français Jean-Paul Fitoussi. Celle-ci proposait des solutions de rechange au PIB, et pourtant, la croissance du PIB est restée la base des politiques économiques des États.

Mais lorsque The Economist a soulevé la question en avril, les colonnes du temple ont bougé. Le conservateur magazine britannique juge le PIB dépassé? Oui… par la technologie!

La formule du PIB a été instaurée à une époque dominée par les industries manufacturière et agricole. Calculer la production de masse était chose aisée, mais le résultat donne une vision assez simplette de la richesse.

Depuis, la part des services, plus subjectifs à quantifier, a pris de l’ampleur. Et la mutation de l’économie vers le numérique vient tout chambarder. Comment calculer la musique que vous écoutez sans frais sur YouTube? Ou l’itinéraire qui vous guide sur Google Map? Comment Airbnb, qui ne possède aucune chambre, doit-il entrer dans le calcul? Et comment tenir compte du gain d’efficacité engendré par ces technologies? Le PIB ne sait pas comment quantifier cette valeur ajoutée. Il mesure ce que le système produit, pas ses avancées.

La réponse se trouve peut-être dans la technologie, grâce aux métadonnées. C’est ce que suggèrent le Boston Consulting Group et le JPMorgan Chase & Co. Institute. Les entreprises récoltent des milliards de données sur nos habitudes de consommation. Ce genre de radiographie pourrait donner un indicateur plus juste de la production réelle de la richesse qu’une enquête statistique traditionnelle basée sur un sondage. Et ainsi permettre de dépasser des mesures hypercomptables qui ont fait leur temps.

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Essayez d’expliquer cela à François Legault qui n’arrête pas de dire, se basant sur ce PIB, que le Québec est la province la plus pauvre du Canada et l’une des plus pauvres du continent

D’ailleurs, depuis cette « démonstration » de Monsieur Fortin, on attend fiévreusement la vague d’immigration américaine vers nos cieux si cléments et généreux.

Il faudrait également que le Monsieur en question nous explique clairement comment il se fait que notre flux migratoire soit NÉGATIF année après année depuis des lustres.

Visiblement, certains de nos concitoyens ne comprennent rien à ses « démonstrations »…

Conventionnellement la plupart de journalistes ne font référence qu’à une seule mesure du PIB : le PIB brut ou le PIB nominal. Comme tout dépendant du niveau d’inflation le PIB nominal peut s’accroitre moins vite que l’inflation. Il peut y avoir une distorsion entre une croissance réelle de l’économie et l’illusion arithmétique de l’accroissement de la richesse.

C’est pour cette raison que la plupart des économistes établissent une distinction entre le PIB réel et le PIB nominal. Le premier tient compte de l’inflation. De la même manière les économistes observent les économies les unes par rapport aux autres, c’est pourquoi ils s’intéressent également à la parité du pouvoir d’achat (PPA), ce qui permet de comparer le niveau de vie entre les pays et leurs variations annuelles.

Comme l’explique très bien Statistique Canada. Il existe plusieurs approches pour bien comprendre et comparer ce que contiennent les PIB. Statistique Canada qui détermine trois approches complémentaires fondées sur : la production, les revenus et les dépenses.

On peut compléter son instruction par le lien suivant :
http://www.statcan.gc.ca/pub/13-607-x/2016001/174-fra.htm

Aussi, sans vouloir partir une nième polémique, c’est peut-être une certaine approche journalistique qu’il faudrait revoir pour se pencher dans ce cas ici plus précisément sur un approche plus scientifique qui repose sur la combinaison d’un ensemble de données qui permettent d’établir des comparaisons valables et fiables.

Aucune mesure ne peut être parfaite lorsqu’elle est isolée ou bien prise — comme c’est un peu le cas ici — vidée de son propre contexte.

Comme quoi le PIB calcule n’importe quoi. Certains pays comme le Royaume-Uni, pour bien faire paraître leur PIB, ont ajouté dans la mesure du PIB, la prostitution et la drogue. Ainsi, on pouvait lire dans le Monde : « Une porte-parole de l’ONS, qui a publié une révision des calculs du PIB pour les années depuis la crise financière internationale, a précisé que la drogue et la prostitution représentaient environ 0,5 % de la « richesse » produite du pays, telle que mesurée par le PIB. » ! (http://www.lemonde.fr/europe/article/2014/09/30/au-royaume-uni-la-drogue-et-la-prostitution-ont-contribue-au-pib-pour-11-milliards-d-euros_4498153_3214.html)

Ce n’ est pas surprenant que l’on veuille utiliser un nouvel instrument. Tous les pays dominants voient leur PIB baisser alors que les pays émergents voient exploser le leur. Les grands investisseurs qui veulent du rendement changent de cible. Les gouvernements se doivent de couper des dépenses pour démontrer leur bonne gestion. La roue tourne et la classe moyenne paye.