Le plan Marceau : pourquoi il ne réussira pas

Le gouvernement compte sur la croissance économique et le contrôle des finances publiques pour résorber le déficit. J’y vois deux problèmes: la croissance économique et le contrôle des finances publiques!

Photo: Jacques Boissinot/Presse canadienne
Photo: Jacques Boissinot/Presse canadienne

Le ministre des Finances et de l’Économie abdique : le déficit sera de 2,5 milliards de dollars pour l’exercice 2013-2014 et de 1,750 millions l’année prochaine. Le retour à l’équilibre budgétaire se fera seulement en 2015-2016, et ce, grâce à quelques entourloupettes.

Pourquoi ce déficit ?

Essentiellement parce que la croissance économique n’a pas été aussi soutenue que prévu et que les recettes budgétaires sont conséquemment en deçà des prévisions.

Un peu plus et le ministre nous rendait responsable de ses malheurs parce que nous ne paierons pas assez d’impôts (écart négatif de 885 millions) cette année et que les entreprises ne feront pas mieux (741 millions de moins).

Les mesures du gouvernement fédéral pour resserrer le financement hypothécaire ont aussi embêté le ministre, qui les rend responsables du repli de la construction domiciliaire. Par contre, le ministre n’a pas insisté sur la hausse des paiements de péréquation.

Nicolas Marceau dit aussi que la faible inflation lui a joué des tours.  C’est quand même étrange que le ministre des Finances et de l’Économie se plaigne, en quelque sorte, de la faible croissance des prix à la consommation et de la hausse du taux d’épargne, deux phénomènes qui se traduiront par un manque à gagner  de 576 millions de dollars pour la TVQ.

Voilà donc le drame : les revenus autonomes du gouvernement n’augmenteront que de 3,3 % cette année, alors qu’on s’attendait à une hausse de 5 %. Cet écart expliquerait à lui seul, ou à peu près, le déficit budgétaire de l’exercice en cours.

Le mythe du déficit zéro

Depuis 2008-2009, le Québec accumule des déficits, et il en sera ainsi au moins jusqu’en 2015-2016. Nous aurons au moins sept années consécutives de déficit, malgré une loi sur l’équilibre budgétaire qui les interdit.

Selon cette loi, le gouvernement devrait imputer au budget de l’an prochain une partie de son déficit de cette année. Cela rendrait évidemment plus difficile l’atteinte de sa nouvelle cible budgétaire.

Nicolas Marceau a donc jugé que cette loi n’avait pas été conçue pour une période de faible croissance économique (comme c’est le cas actuellement)et qu’il fallait l’amender.

Conséquemment, le gouvernement ne commencera pas à rembourser les déficits de cette année et de l’an prochain avant 2016-2017. Voilà un amendement législatif qui ne passera pas comme une lettre à la poste à l’Assemblée nationale.

Depuis le retour aux déficits budgétaires, la dette brute du Québec est passée de 149 milliards à 198,6 milliards de dollars. L’endettement du Québec correspond à 54,4 % de son PIB, un sommet au Canada.

Les deux paris de Nicolas Marceau

Le gouvernement compte sur la croissance économique et le contrôle des finances publiques pour résorber le déficit. J’y vois deux problèmes : la croissance économique et le contrôle des finances publiques !

Nous ne sommes plus à l’époque où les gouvernements pouvaient compter sur une forte croissance économique pour remplir leurs coffres quasi automatiquement. Ce temps est révolu, et les prévisions de croissance pour les années à venir sont modestes.

Pour tenter de dynamiser l’économie, le gouvernement consacrera 2 milliards de dépenses supplémentaires au cours des trois prochaines années. Le tout devrait créer 43 000 emplois supplémentaires, soit environ 14 000 par année.

C’est beaucoup d’argent, compte tenu des finances publiques du Québec, et je reste sceptique sur l’utilité de telles mesures. La situation économique du Québec dépendra d’abord de la conjoncture mondiale et nord-américaine et de la compétitivité de notre économie, pas du nombre de programmes concoctés en haut lieu et des subventions accordées.

On peut aussi s’inquiéter des retombées négatives des politiques minières et énergétiques du gouvernement.

Par ailleurs,  Nicolas Marceau vante le contrôle serré des dépenses publiques, l’autre pilier du plan gouvernemental.

Les dépenses consolidées du gouvernement ont crû de 2,5 % en 2012-2013, mais de 3,3 % cette année. Je ne vois pas où est l’amélioration, encore moins l’exploit.

Le retour aux déficits structurels ?

Le gouvernement se veut le champion de la gestion serrée des dépenses et il fonde son scénario de retour à l’équilibre budgétaire sur une croissance des dépenses limitée à 2,1 % en 2014 et en 2015. Je veux le voir pour le croire.

Ce scénario repose aussi sur une croissance des dépenses en santé et en éducation de 1,1 % en 2014 et de 1,4 % en 2015. Est-ce raisonnable compte tenu de l’inflation, des besoins croissants, des conventions collectives, du vieillissement de la population et d’une hausse des droits de scolarité universitaires limitée à l’inflation ?

Comment éviter les déficits et alléger le poids de la dette, alors que la croissance économique tend à être plus faible et la population plus âgée ?

Nicolas Marceau nous propose un plan où la seule croissance économique et un contrôle des dépenses nous mèneront tranquillement au déficit zéro. Cela ne marche pas aujourd’hui, et je me demande pourquoi ce plan pourrait fonctionner demain, compte tenu de l’ampleur des missions gouvernementales et de la taille du secteur public.

Le ministre des Finances et de l’Économie ne veut pas augmenter les taxes et impôts pour ne pas accabler les Québécois et plomber davantage l’économie. Il reconnaît même que l’augmentation de la TVQ par le précédent gouvernement n’a pas produit les résultats escomptés.

Voilà une bonne nouvelle, mais le ministre élude néanmoins les choix déchirants qu’il faudra bien faire un jour.

Peut-on faire l’économie d’une grande remise à niveau des services et programmes gouvernementaux pour maintenir l’accessibilité et la qualité de ceux qui nous sont essentiels… et trouver d’autres façons de faire pour ceux qui le sont moins ?

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12 commentaires
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Les seuls qui sont surpris de cette nouvelle déconfiture du Parti québécois sont les âmes naïves qui croient encore à leurs sornettes.

Le déficit zéro était lune des dernières promesses que le Parti québécois de Pauline Marois n’avait pas encore violé. Eh bien c’est maintenant fait. Check!

Et dire qu’ils nous confirmaient il y a à peine 3 mois, la main sur le cœur, qu’ils l’atteindraient, leur déficit zéro et ce, même si le plus humble des gestionnaires financiers leur faisait remarquer à l’époque que cette affirmation était, pour le moins, illusoire, voire fantaisiste. Que s’est-il passé sur la planète péquiste en 3 mois seulement pour qu’ils s’écroulent ainsi lamentablement?

Que voulez-vous, quand on a des bouffons en science politiques pas de maths au volant, on finit avec des problèmes de bouffon.

Et tenez-vous bien car ce désastre épouvantable n’est qu’une prévision. Attendez que l’année financière soit complétée, surtout quand on connaît la compétence de ces ineptes en matière de prévisions. Quelle sera l’ampleur VÉRITABLE de la débâcle? $3 Milliards? Plus??? Merci à la gouvernance souverainiste et au modèle québécois qu’heureusement personne d’autre au monde n’imite. Et que dire des années à venir si ces incompétents demeurent au pouvoir?

Une sévère décote nous attend tous!

Et pendant ce temps-là, ces sinistres inconscients continuent de gaspiller NOTRE argent comme des marins en cavale: places additionnelles en garderie étatiques alors qu’il y en a des tonnes de LIBRES au privé, subventions à l’énergie éolienne inefficace et hors de prix pour produire une électricité que personne n’utilisera, ajout de plus de 25,000 fonfons au provincial depuis un an avec salaires ruineux et conditions de travail pharaoniques (c’est la façon des péquistes de « créer de l’emploi!), nominations partisanes à gogo, et j’en passe et de meilleures.

Mais il y a pire: nous pourrions être entièrement à la merci de ces zoufs si jamais le Québec décidait, dans un élan d’une rare inconscience, à leur donner la majorité ou pire, leur pays.

LA solution? Les foutre à la porte et vite!

Que proposez-vous ? De redonner les clés de l’assemblée nationale à la mafia italo-montréalaise ? Je vous signale que les déficits zéro ne sont pas non plus dans leur champ d’expertise…

Il n’y a pas que la mafia italo-montréalaise Libérale, elle couvre aussi Laval, la rive sud et la rive ord de Montréal…minimum.

Je propose clairement de foutre les Parti québécois et ses idéologues déconnectés à la porte.

Pour ce qui est de la mafia, je vous ferais humblement remarquer que ces temps-ci, à la Commission Charbonneau, ce sont plutôt les grosses centrales syndicales, alliées naturelles du Parti québécois de Pauline Marois qui semblent gangrenées par celle-ci non?

Le Parti québécois et son gouvernement sont pleins à craquer d’anciens syndicalistes. Lors de la dernière élection, 25 candidats péquistes venaient tout droit du monde interlope syndical!

Je suis confiant que le gouvernement inventera de nouvelles taxes, sans utiliser le mot « taxe ».

Cependant, le fait que les revenus de la TVQ soient en baisse malgré une hausse de 2% n’est pas un bon signe….

La majorité des gens ne comprendront jamais qu’un gouvernement ne crée rien. Il redistribue la richesse produite. Un gouvernement ne fait que de l’économie « politique ». Donc, sous la seule logique de « plaire » à son électorat. Mais, il est un élément de coût . Il fait des lois et règlements qui ne font qu’ajouter aux coûts. Cela est probablement nécessaire pour maintenir un semblant d’équilibre social.
Un gouvernement aura beau faire toutes les avances possibles aux « vrais investisseurs », ces derniers regarderont d’abord le « coût » de faire affaire chez nous et ils décideront. Tout comme ses prédécesseurs, notre gouvernement actuel a besoin d’argent « neuf ». Notre société a besoin d’argent neuf et de faire le ménage dans sa liste de priorités. On peut toujours espérer.

Lorsque vous évoquez ici un possible retour au déficit structurel avec un point d’interrogation. Mon petit doigt me dit qu’il n’y a pas de retour à un quelconque déficit structurel puisque ce type de déficit existe depuis belle lurette, lorsqu’il n’est que partiellement estompé par divers artifices comptables.

Il existe aussi un déficit structurel au Canada, comme il existe actuellement dans toutes les provinces canadiennes exception faite de la Saskatchewan. Comme ce type de déficit est la plaie de nombreux pays sensés appartenir aux pays riches et privilégiés.

Si ce n’est que ce type de déficit contribue aussi au calcul du PIB. Peut-on faire croitre les PIB, peut-on obtenir un niveau de croissance économique enviable sans produire du déficit public ? Oui et non ! Les entreprises peuvent-elles créer de l’emploi et produire de la richesse sans devoir s’endetter ? Pas que je sache, hormis quelques-unes. Un ratio d’endettement élevé contribue essentiellement à les fragiliser. Les banques peuvent-elles prêter indéfiniment de l’argent qu’elles n’ont pas ? Pas pour autant que je sache !

Aussi je ne suis pas le moindrement du monde étonné qu’on repousse de deux ans l’équilibre budgétaire. Ce qui m’étonne, c’est qu’on s’en étonne et ce qui m’étonne encore plus, c’est qu’il y ait pu y avoir du monde pour croire que le gouvernement du PQ y parviendrait quand le gouvernement précédent était incapable d’y arriver.

Pour moi la bonne nouvelle, car c’en est une, c’est que le déficit public se stabilise. C’est la première étape pour l’éliminer. Lorsqu’on stabilise le déficit, par le truchement de l’inflation, il baisse. Quand simultanément le PIB augmente, le ratio per-capita baisse et lorsque la reprise économique est au rendez-vous, une part des surplus peut être attribuée au remboursement de la dette, ce qui en allège les frais de gestion.

Il faut miser sur un redressement de la situation basé sur le long terme, ce qui signifie un terme minimum de l’ordre de 10 ans. Ce qui permet dans l’entre-temps une réingénierie progressive de l’État. Mais soyons clairs. Réingénierie signifie aussi le cas échéants l’abrogation de certains services et simultanément une manière de rendre les services autrement.

Une telle politique destinée in fine à éliminer le déficit structurel ne peut se faire que dans un climat de confiance instauré entre le gouvernement et ses concitoyens. Est-ce que le PQ a tous les atouts en main pour établir ou rétablir ce climat de confiance, indispensable également pour l’investissement ? J’en doute un peu. C’est la raison pour laquelle, j’ai toujours approuvé un type de gouvernance collégiale qui permette à toutes les composantes politiques et de la société civile de travailler tous ensembles pour le bien commun.

Terme minimum de 10 ans. Dans notre climat social actuel, c’est utopique. Cela fait des décennies qu’on nous parle de réingénierie progressive de l’état et de l’abrogation de certains services. La fonction publique et les emplois indirects créés par le gouvernements ne cessent de croître. Ce n’est que du recyclage de personnes. Entre-temps, pas de grands projets (Baie James par exemple). Une majorité d’entreprise qui réalisent des bénéfices que par des entourloupettes comptables (taux de change par exemple) et des subventions toutes aussi farfelues les unes que les autres. L’état bouffe littéralement 75% + de chaque dollars perçus uniquement pour sa seule administration.
Il est grand temps qu’il y ait un pilote dans l’avion. Au moins pour le faire planer jusqu’à la piste d’atterrissage la plus proche. Les réservoirs sont vides et ne fonctionnent qu’aux vapeurs d’essence.

@ mtranche :

Beaucoup d’utopies se réalisent. Je pense que de se donner des objectifs réalistes et réalisables est mieux que des promesses électorales de parvenir à l’équilibre fiscal en moins de deux ans lorsqu’on n’est nullement assuré que dans les deux prochaines années, l’équilibre sera atteint. Pour faire de la réingénierie, cela prend des ingénieurs pas des « politicailleurs » 🙂

Actuellement des grands projets hydroélectriques sont peu réalistes puisque Hydro a des surplus d’électricité. Il est possible de construire une économie solide qui soit plus diversifiée. Les petits ruisseaux font de grandes rivières.

Vous péchez un peu par excès de pessimisme. Les réservoirs ne sont pas pleins, mais ils ne sont pas vides. La situation économique du Québec est encore enviable lorsque comparée avec l’ensemble du monde. Mais il faut faire mieux et… pour faire mieux, il faut retrouver la confiance et se donner du temps.

C’est plus qu’une réforme de l’État qu’il nous faut, c’est une réforme de nos mentalités. Nous sommes tous dépendants. Il nous arrive un probleme et notre premier réflexe est de demander l’aide du gouvernement, par une aide directe (subvention) ou réglementation (qui éloigne la concurrence – par exemple les prix planchés). Nous ne pourrons pas demander à l’État de faire les sacrifices que nous nous refusons.

Par ailleurs, nous sommes actuellement coincés. The Economist sitait il y a quelques mois une étude qui indiquait que les États qui avaient réussi à renverser leur situation financière précaire avaient appliqué une recette où 25% de l’effort était demandé aux contribribuables et 75% en des coupures de dépenses. Je crois que nous n’aurons pas le choix de faire un 100% de coupures, car les récentes hausses d’impôt rapportent moins qu’anticiper (bienvenue à la courbe de Laffer). Mais là, nous revenons au poin précédent.

Bien sûr, il y a un autre scénario : celui du gouvernement ne rien faire et mettre ses lunettes roses.

Louise ébeaudoin disait jeudi à 24/60 que le PQ devait se doter d’une équipe économique plus musclée. Ce constat était déjà évident lors de la tenue des dernières élections. Un commentaire de monsieur Marceau m’a surprise lors qu’il a dit qu’il s’attendait à une aide du fédéral. Ais-je bien entendu? N’est-il pas le parti de l’indépendance et de l’affranchissement du fédéral, exprimner le désir de recevoir de l’aide pour balancer la caisse?
Le PQ a tout donné dans sa grande mansuétude croyant à tort que le bon peuple ravi lui en serait reconnaissant et le mènerait à cette majorité si chèrement convoité. Cette croisade de blanchiment a pratiquement ralenti l’économie et refroidi les futurs investisseurs. La valse hésition de cette dernière année n’est rien pour arranger les choses et la cerise sur le sundae, la Charte. N’en rajoutez plus la cour est pleine. Vivement, des élections, on a besoin d’air frais.

M. Duhamel

Le temps des impôts arrive bientôt. Je ne suis pas fiscaliste mais je m’y connais un peu. À chaque année, surtout quand je fais mes déclarations, je nous trouve fiscalement stupides au Québec.

La province se vante d’offrir des garderie à 7$ et les frais de scolarité les plus bas. Pourtant, le fédéral offre des crédit d’impôt pour ces deux items. Les crédits étant ce qu’ils sont, plus on paie cher, plus grand est le remboursement qu’on reçoit du fédéral. Donc, fiscalement, en ayant les tarifs les plus bas, on se trouve à se priver d’argent du fédéral. On paie pourtant des impôts au fédéral. En agissant ainsi, on se trouve à financer les étudaints de l’Ontario ou de BC, mais ne rien recevoir en retour pour les nôtres. Les québécois sont également ceux qui contribuent le moins aux régimes d’épargne études. Encore des sous qu’on laisse dans les coffres du fédéral. Je crois que si nous avions des politiques sociales qui tenaient compte de la fiscalité et des programmes fédéraux, on pourrait arriver sensiblement aux mêmes résultats pour les individus ou les familles, mais à moindre coût pour les contribuables québécois.

J’aimerais savoir s’il y a beaucoup d’autres programmes fiscaux dont on se prive collectivement, par ignorance ou par « mauvaise » politique sociale? Combien cela nous coüte-t-il? Si on maximisait nos retours d’impôts fédéraux et qu’on les appliquaient au déficit, cela serait-il suffisant?

Merci