Le projet 15-40 et Projet Montréal

Faut-il interdire le projet de mégacentre commercial montréalais semblable au DIX30 (situé à Brossard), comme le réclame Projet Montréal ?

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Photo : Getty Images

Des promoteurs veulent ériger un immense centre commercial de la taille du parc Lafontaine aux intersections des autoroutes Métropolitaine (40) et Décarie (15), à Mont-Royal, et seraient prêts à y investir jusqu’à deux milliards de dollars.

Faudrait-il interdire cette version montréalaise du centre commercial DIX30 (situé à Brossard), comme le réclame Projet Montréal, principal parti d’opposition à l’hôtel de ville de Montréal ?
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Selon les maires des arrondissements du Plateau-Mont-Royal et de Rosemont–La Petite-Patrie, tous deux de Projet Montréal, ce centre commercial va grandement nuire aux commerces des principales artères de la ville en plus de concentrer tous les défauts urbanistiques du monde.

Ce projet est à la fois fascinant et déroutant.

Il propose une version montréalaise du DIX30, visité annuellement par 20 millions de personnes — dont de nombreux Montréalais —, qui y trouvent de grands magasins, de plus petites boutiques et des restaurants, ainsi que des salles de cinéma et même de spectacle.

Les promoteurs montréalais disent qu’ils feront mieux encore et que ce sera une évolution positive du concept. Chose certaine, les banlieusards et de nombreux Montréalais ont plébiscité le DIX30, plus populaire que jamais.

Plusieurs éléments me rendent néanmoins sceptiques.

Le carrefour routier près duquel le projet montréalais sera érigé est l’un des plus achalandés au Québec. La circulation y est lente à toute heure du jour, tous les jours de la semaine. J’imagine ce que cela pourrait être en ajoutant tous les visiteurs du centre commercial.

De plus, l’offre commerciale est abondante dans les alentours, avec le Centre Rockland et des centres commerciaux de type «power» au Marché Central et près de l’ancien Blue Bonnets (sur Décarie). Sans compter que l’immense Carrefour Laval se trouve à 15 minutes d’automobile de là.

Enfin, le commerce au détail ne va pas très bien par les temps qui courent. Plusieurs bannières ont cessé leurs activités, et d’autres sont très fragilisées. La faible croissance de la population, son vieillissement, son endettement et la faible croissance du revenu disponible ont induit de grands changements dans les habitudes des consommateurs. Le commerce électronique perturbe aussi l’environnement commercial. Est-ce en augmentant l’offre qu’on va faire grandir la demande ? Je n’en suis pas sûr du tout.

Pour toutes ces raisons, j’hésiterais personnellement avant d’investir dans un tel projet.

Mais je ne suis pas un investisseur immobilier, et s’il y a des gens qui croient le projet potentiellement assez viable et intéressant pour y investir entre 1,6 milliard et 2 milliards de dollars, je vois mal sur quelle base m’y objecter. C’est devenu une fâcheuse habitude, au Québec, que des tiers jugent a priori de la rentabilité d’un projet quel qu’il soit. C’est aux investisseurs à prendre et à assumer leur risque.

Un tel projet ne se pose pas comme un concurrent des petits commerces de proximité qu’on trouve sur le boulevard Saint-Laurent ou la rue Saint-Denis. Par exemple, il n’y aura jamais de gigantesques magasins d’ameublement comme J.C. Perrault ou Germain Larivière sur ces artères commerciales.

Un tel centre commercial rivalisera plutôt avec les espaces commerciaux de Brossard ou de Laval, à l’extérieur de l’île de Montréal. Que le «15-40» soit situé à Mont-Royal, dans une ville défusionnée, ne devrait rien changer dans l’acceptabilité du projet.

Je trouve aussi singulier que le maire Ferrandez, du Plateau-Mont-Royal, se fasse le grand défenseur du petit commerce, lui qui a multiplié les embûches et les entraves au développement commercial de son arrondissement.

Il est rendu très difficile de circuler en automobile ou de la stationner sur le Plateau. Plusieurs commerces ont fermé leurs portes, et l’arrondissement songe maintenant à demander un permis pour les locaux commerciaux inoccupés.

On serait tenté d’y voir de l’acharnement.

* * *

À propos de Pierre Duhamel

Journaliste depuis plus de 30 ans, Pierre Duhamel observe de près et commente l’actualité économique depuis 1986. Il a été rédacteur en chef ou éditeur de plusieurs publications, dont des magazines (Commerce, Affaires Plus, Montréal Centre-Ville) et des journaux spécialisés (Finance & Investissement, Investment Executive). Conférencier recherché, Pierre Duhamel a aussi commenté l’actualité économique sur les ondes de la chaîne Argent, de LCN et de TVA. On peut le trouver sur Facebook et Twitter : @duhamelp.

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MERVEILLEUX QUINZE/40. Peut-être qu’ainsi les villes avoisinantes se bougeraient plus !!! A quand la Ste-Catherine piétonnière, verdure et terrasse? Les stationnements en hauteur? Le Vieux Mtl. comme le petit Champlain ? Ca ne bouge plus, il y a un énorme laisser aller ici. Quel plaisir c’était de Bruncher à l’hyppodrome le dimanche? Même Québec est en train de nous dépasser comme Toronto l’a fait. SVP laisser faire ceux qui désirent réussir et faire de grandes choses. Merci de me lire.

J’ai un problème avec l’argument voulant que la construction d’un centre commercial est une « grand chose ».

Ah, ça permet de brasser des affaires, mais c’pas ça qui va faire changer d’avis Tyler Brûlé.

De toute façon, MOI JE VOTE AVEC MON ARGENT. J’évite le plus possible d’aller dans d’immenses centres commerciaux qui ne rendent pas les villes plus humaines, Je ne m’endette pas pour consommer. j’évite de dépenser mon argent pour des objets dont je n’ai pas un vrai besoin. Je n’empêcherai pas la construction du 15-40 mais je sais que ce n’est pas là où je trouverai le bonheur. Il y a tellement d’autres lieux à explorer. Et quand j’ai vraiment besoin de quelque chose, je sais où le trouver près de chez nous. C’est pas ça la démocratie?

« Je ne m’endette pas pour consommer. »

Donc vous votez moins souvent que d’autres 😉

Blague à part, je supporte tout à fait votre façon de vivre, cela me semble on ne peut plus raisonnable et économiquement sain.

Mais je ne sais pas quel genre de démocratie permette de voter avec son argent. On comprend l’image, les consommateurs ont un pouvoir d’influence en choississant certains produits, mais le mot grec « demos » et « consommateur » n’ont pas du tout le même sens. Et au final, même si les consommateurs ont un certain pouvoir, il ne dicte aucunement la forme de gouvernance, qui contient beaucoup plus de pouvoir.

Toujours le même débat: comment protéger les victimes de l’innovation! Vrai pour l’industrie du livre, vrai pour la télévision câblée, aussi vrai pour les magasins de détail. C’était aussi vrai pour l’industrie textile, l’industrie du cuir, l’industrie de la locomotive à vapeur.
Il appartient aux marchands de Montréal qui se sentent menacés de se prendre en main et de trouver des parades à l’offensive des gros méchants loups, en proposant aux autorités municipales des idées de leur cru et en s’engageant à y mettre du leur, c’est-à-dire à investir. C’est ainsi que l’on diminue les risques, en affaires. Mais, si le passé est garant de l’avenir (la querelle autour de Renaud-Bray, Netflix et le CRTC, festivals régionaux), nos marchands entreprendront une campagne publique pour répandre leurs jérémiades et demander de toute urgence la « protection de notre patrimoine ». Il ne faudrait pas confondre patrimoine et passéisme.

Je ne suis pas certain en quoi un centre d’achat représente de l’innovation, vous pouvez expliquer?

Vous avez raison, pour qui on se prend pour porter un jugement sur la viabilité économique de ce projet pour ses investisseurs, c’est à eux de toiser les risques qu’ils prennent et de vivre avec la réalité après s’être lancé dans de tels projets.

Mais nous vivons en société et l’objectif de rentabilité d’un promoteur privé ne doit pas être le seul critère à considérer lorsque son projet a comme c’est le cas ici autant d’impact sur la vie et l’économie des citoyens.

Dans le même sens qu’une ville qui se respecte met là où elle le juge nécessaire pour des question d’architecture des limites à la hauteur des nouveaux édifices, ou des règles particulières pour limiter la pollution atmosphérique à l’intérieur de ses limites territoriales, la ville a le droit et le devoir de soupeser comme vous le faites dans votre article les jours et les contres du projet 15-40 et de l’approuver ou non suite à cette analyse s’il peut être clairement un PLUS pour la collectivité et de ne pas l’autoriser s’il est aussi clairement démontrable que les chances qu’il ait l’effet contraire sont grandes.

Le HIC dans ce cas particulier c’est que le maire de la ville défusionnée de Mont Royale, qui semble être le seul à avoir légalement le contrôle sur cette la décision de laisser ou no se réaliser ce projet sur son territoire, ne tient compte de toute évidence qu’aux intérêts de sa ville (entrées de fonds potentielles en taxation) et ferme les yeux sur les impacts possibles de ce projet sur ses voisins.

Le fusionnement de toutes les municipalités de l’ïle avait entre autre pour but d’éviter ce genre de situation (conflit d’intérêt entre des villes voisines), mais nous le savons la décision politique partisane du PLQ d’autoriser les projets de défusionnement lorsqu’il a pris le pouvoir en 2003 a permis ce qui arrive maintenant. En fait cette décision du PLQ a probablement été la pire du règne du gouvernement Charest, celle qui a le plus fait reculer le Québec, si on oublie le frein qu’il a mis durant quelques années avant d’autoriser l’enquêtes sur la collusion / corruption dans la construction au Québec.

Comment va maintenant se terminer cette affaire ? Est-ce que le Québec va laisser un investisseur privé planifier indirectement des grands pans du développement futur de l’Ile de Montréal surtout s’il s’avère vrai que les villes nord américaines qui ont choisit de vivre une aventure semblable peuvent valider comme ça semble être le cas que ce fut un fiasco pour elles.

Est-ce que le gouvernement provincial pourra raisonner le maire qui ne veut pas tenir compte des intérêts de ses voisins, le PLQ pourra-t-il, a-t-il même la volonté politique d’agir comme arbitre dans ce cas là de façon à ce que le choix de Mont Royale ne vienne pas brimer durablement ses voisins. Au mieux les maires des villes mitoyennes trouveront un terrain d’entente. J’ai hâte de voir la suite.