Le Québec, le paradis du moteur

Mon récent commentaire sur l’opposition de la ville de Gaspé à l’exploitation pétrolière sur son territoire a suscité la colère de plusieurs Gaspésiens.

Tout compte fait, je n’aurais pas du faire le lien direct entre la pauvreté de la région et le refus des autorités municipales. C’était blessant et cela nous détournait du véritable enjeu : la relation trouble et compliquée entre les Québécois et les hydrocarbures.

D’un côté, on trouve ça sale et polluant. On ne veut pas de puits dans sa région, sa ville et évidemment près de son terrain. On ne veut pas non plus d’oléoducs, même si les études disent qu’ils sont plus sûrs que le transport du pétrole par bateau ou par train.

On rêve plutôt à un autre type de développement et on souhaite que le charme de nos campagnes et forêts demeure intact. On adore aussi les militants et artistes qui viennent nous dire que ces projets sont inutiles et que leurs promoteurs sont malveillants.

Voilà le côté bonne conscience des Québécois. De l’eau clair, de l’air pur et de l’argent généré par magie par les gouvernements.

Il y a aussi un côté obscur et un appétit considérable pour les produits pétroliers. Oui, fermez-vous les yeux, mais le Québec est le aussi le paradis du moteur.

Il y a plus de motos au Québec qu’en Ontario. Presque deux fois moins de monde qu’en Ontario, mais autant de vroum-vroum sur nos routes. Il y a aussi plus de véhicules hors-routes – pensez aux motoneiges et au motodunes (VTT) – qu’en Ontario. Déjà le calme bucolique de nos campagnes en prend pour un coup.

En 2009, on comptait 7,2 millions d’immatriculations de véhicules pour une population totale de 7,8 millions. C’est-à-dire que l’équivalent de 92,5 % des Québécois de tous les âges avaient un véhicule immatriculé.  La proportion n’était que de 79,7 % en Ontario et de 86,2 % pour l’ensemble du Canada.

Les émissions de gaz à effet de serre sont moindres au Québec que chez ses voisins, mais cela s’explique essentiellement par le chauffage électrique. Quand il s’agit de faire ronronner des moteurs, le Québec ne donne pas sa place. Cela ne nous empêche pas de faire la leçon aux autres et de jouer aux prompts et justes défenseurs de la planète.

L’essence et le diésel nous en consommons beaucoup. Nous l’importons à gros prix, surtout d’Afrique du nord. Ce pétrole serait, aux yeux de nos écolos patentés, beaucoup plus propre que le pétrole albertain. En effet, tout le monde sait que les régimes politiques de nos fournisseurs actuels sont tous irréprochables. Quant au pétrole québécois, mieux vaut en rêver.

Après Gaspé, les mêmes opposants viendront nous dire qu’on ne peut pas dénaturer la péninsule gaspésienne. Que le transport du pétrole par terre, sous terre ou sur le fleuve est d’un danger extrême et qu’il faut y renoncer.

Anticosti ? C’est le paradis terrestre et on va perturber l’existence tranquille des quelques centaines de personnes qui y vivent. Et les chevreuils ! Avez-vous penser aux chevreuils ? Le golfe du Saint-Laurent ? Y pensez-vous !!!??? Nous allons spolier un écosystème d’une immense fragilité.

Non, du pétrole et du gaz, ce n’est pas pour nous… sauf quand il s’agit de l’acheter.

10 commentaires
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«Le mythe du Québec vert», comme l’a dit François Cardinal. Vous avez raison, monsieur Duhamel.

Je suis persuadé que l’humanité court un grand danger: surpopulation, effet de serre, épuisement des ressources, pollutions diverses, extinctions des espèces…

Mais nous Québécois sommes hypocrites: la logique élémentaire voudrait, si l’exploitation du pétrole et du gaz nous inquiète tant, que nous réduisions notre consommation d’énergie fossile, et c’est loin d’être le cas.

Nos «chars» nous sont aussi précieux que leurs «guns» le sont à beaucoup d’Américains.

Vous avez en effet très mal abordé le sujet et dieu merci vous, vous en êtes rendu compte. De dire que ce sont telle ou telle autre ville qui fait vivre Gaspé et ses environs ce n’était pas très diplomate. Lorsque vous faites allusion au nombre de voitures au Québec, il va de soi que l’on ne peut faire autrement que d’avoir une voiture dans les régions éloignées car les services d’autobus urbains comme ils y en existent dans les grands centres. En région, il n’y en a pas à cause du nombre moins élevé d’individus. Je comprends que ce serait une bonne façon de rentabiliser la ville de Gaspé et beaucoup d’autres villes environnantes. Tout dépends de la manière dont est mené le projet concerné. Va-t-il apporté plus d’emploi aux gens des régions ainsi que les retombés ou est-ce des gens de l’extérieur qui vont encore et toujours avoir la main mise sur tout ce qui se rapporte au région. On n’a qu’à faire référence au Plan Nord !! Pour ma part, les retombés économique sont beaucoup moindre que ce que le gouvernement avait laissé entendre. En embauchamnt des gens des autres villes et parfois assez éloigné, qui retourne à la maison avec les poches remplies ?? Ceux de la Côte-Nord ou ceux de toutes les autres régions. Ils ne faut pas oublié que si le taux de chômage est si élevé c’est peut-être parce que l’embauche première n’est pas octroyé à ceux habitants leur propre région. Alors d’après vous, il est où le problème majeur ???

J’aime bien lire les points de vue divergeant du mien, c’est bénéfique pour le développement d’un esprit critique. Cependant, j’ai l’impression qu’avant d’écrire ce billet et le précédent, il vous manquait de nombreux éléments importants qui ont été soulevés dans les commentaires. Malgré l’information qui vous a été livrée, vous n’en faites toujours aucune mention dans cette deuxième partie.

Faits importants dans le dossier: M. Roussy, le maire de Gaspé, n’est pas contre toute forme d’exploitation pétrolière sur le territoire de Gaspé. Les balises ont été instaurées afin que celle-ci se fasse dans le respect des citoyens et de leurs sources d’eau potable. Ainsi, l’exploitation est autorisée à plus de 10 km du centre-ville de Gaspé, laissant un immense territoire disponible. Aussi, M. Roussy a tenté d’établir un dialogue avec Pétrolia pour obtenir des réponses quant aux impacts environnementaux du projet. Cependant, ses demandes sont demeurées sans réponse. Alors, peut-on dire que Pétrolia a été de bonne foi dans le dossier ?

Finalement, je suis heureux de voir que vous avez réalisé que votre billet intitulé « Gaspé, ou la conception paroissiale du bien commun » a été blessant pour de nombreux gaspésien. Par contre, je ne vois toujours pas d’excuse à la population. « Mes propos ont été blessants, c’est tout. »

Lorsqu’on consulte les statistiques que vous nous soumettez, vous constaterez que le Québec est la paradis des petites voitures, par conséquent des véhicules éco-énergétiques. D’autre part, si certaines personnes qui détiennent plusieurs véhicules, incluant des véhicules récréatifs ou des motos ; tous ces véhicules ne fonctionnent pas en même temps, mais usuellement un seul à la fois. Bien des motos qui ne circulent qu’aux beaux jours sont plus éco-énergétiques que bien des gros chars. De plus, les québécois sont les plus sensibilisés au Canada sur les véhicules hybrides et les véhicules électriques. Plus les prix seront compétitifs et plus ces véhicules trouveront d’acheteurs ici.

Quant à moi, je trouve que d’aimer les « moteurs » est une bien belle chose et si je n’en possède qu’un, c’est seulement faute de moyens. Devrais-je me sentir coupable ? Que notre excellent pétrole (le Brent) provienne en grande partie de la mer du Nord (20%) ; bien qu’il soit exact que désormais la plus grande part provienne d’Algérie (environ 28%), environ 10% d’Afrique de l’Ouest et un peu plus de 20% de diverses provenances notamment du golfe Arabo-persique ; cette diversification des approvisionnements résulte essentiellement du courtage en énergie, puisque jusqu’en 2006 la plus grande part de nos achats provenait essentiellement du Royaume-Uni et de la Norvège.

Cela signifie simplement que ce pétrole venu d’Afrique et d’Orient est à toutes fins pratiques, facturé sensiblement en-dessous du cours du Brent de Londres, ce qui a pour effet de faire mousser globalement toute la chaîne de commissions, puisque vous payez votre essence sur la base du cours officiel.

On pourra préciser que depuis 2006 toujours, le Québec a réduit sa dépendance au pétrole de près de 20% et que cette tendance devrait se maintenir les années suivantes. Il n’y a donc pas un lien direct de causalité entre le nombre des véhicules immatriculés et la consommation nette de produits pétroliers de toutes sortes.

D’autre part, la remise en service du pipeline Sarnia-Montréal devrait balancer nos importations nettes par un apport plus conséquent (actuellement seulement 10%) du pétrole léger provenant de l’Alberta. Compte-tenu du fait qu’on et loin d’être sûr que cette pénurie d’énergie tant attendue ne se produise avant quelques décennies (même que d’ici la fin de ce siècle on pourrait avoir surabondance de toutes formes de produits d’énergie). Tout cela contribue à rendre un peu moins urgente la production de pétrole québécois, ce qui laisse amplement le temps aux compagnies d’ici de faire la preuve de leur savoir-faire, leur respect de l’environnement et leur sens aigu de générer des projets qui servent l’économie et non pas une recherche absolument aveugle de profits.

M. Duhamel, « l’admission » est appréciée, la « commission » le serait encore plus….venez nous voir….Le contact avec la réalité ne peut être remplacé par des pensées abstraites.

Mr.Duhamel,dans votre tour d’ivoire pourriez vous me chiffré les redevences de pétrolia pour la région de gaspé et de l’ile anticosti?Croyez vous sérieusement que le Québec en a pour son argent avec pétrolia?Connaissez vous l’entente secrète entre hydro-québec et pétrolia sur anticosti?

Si la population d’une municipalité ou même d’une région ne veut pas de l’exploitation pétrolière sur son territoire, c’est bien de son affaire.

Ceux qui stigmatisent ou ridiculisent une telle prise de position agissent avec bassesse et hargneusement.

Au lieu de mettre au pilori ces populations, on devrait les écouter et tenter de comprendre leur position. Peut-être que tout le monde en sortirait gagnant.

Une chose est certaine, le pétrole n’est pas ressource renouvelable. Les stocks mondiaux de pétrole sont loin d’être éternels. Plusieurs experts indiquent même que nous atteindrions sous peu, si ce n’est déjà fait, le point où mondialement et pour une même unité de temps, on trouve moins de nouvelles sources de pétrole que la quantité qui est consommée. En clair, les stocks de pétrole encore enfouis diminuent.

Conséquemment, le prix du pétrole continuera, avec des fluctuations évidemment, à grimper. Donc pouvant dans le temps compter sur de meilleurs prix, l’industrie pétrolière devrait être en mesure de faire l’exploitation pétrolière plus proprement car elle aurait plus de ressources financières à consacrer pour mettre en place des méthodes plus « écologiques ».

La Gaspésie et la société québécoise n’ont donc rien à perdre à attendre. Si le pétrole est bien là, avec le temps il ne peut que prendre de la valeur. Seuls ceux qui courent après les profits immédiats sont impatients de repartir les poches pleines.

«Comme le dit un jour un homme d’esprit, le cannibalisme fit place au capitalisme lorsque l’homme se rendit compte qu’il était plus rentable d’exploiter son prochain que de le manger.»
[Lytle W. Robinson]

On semble oublié qu’il ne s’agit pas seulement d’énergie, mais également – et surtout – de sources de revenu pour rénover nos infrastructures vieillissantes et payer notre super forfait « tout inclus » du gouvernement ! Sans parler de la dette… Lorsque l’on parlera de la nécessité de couper les programmes, l’opinion publique changera spontanément. Peut-être au désespoir de ceux qui habitent les régions concernées.

Ah oui, le discours écolo; qui donc oserait se prononcer contre la Vertu?

Puisque vous souhaitez dévier le débat de l’intransigeance des habitants des grandes villes vs ceux des régions, qu’avez-vous donc à proposer à une majorité de Québecois qui, n’habitant pas le plateau Mont-Royal, ne peuvent pas prendre le métro pour se rendre au travail…

La dépendance au pétrole est sûrement un problème, mais est-ce vraiment logique de prendre des raccourcis que nous pourrions regretter encore davantage?

@ Denis Drouin (# 8):

Presque toute ressource prend de la valeur avec le temps.

Une chance que notre province a été gérée par des gens plus intelligents que vous car nous n’auriona jamais exploité nos ressources tel que le bois, les fourrures, l’électricité, les mines, etc…

Vous écrivez, comme c’est devenu une habitude chez vous, n’importe quoi et sans réfléchir.