Le REEE fait des petits

En améliorant le régime enregistré d’épargne-études (REEE), Ottawa et Québec donnent un solide coup de pouce aux jeunes qui veulent faire des études.

« Quand je serai grand, je serai “courseur”“courseur” à pied ! » À six ans, Maxime Devinat a bien le temps de changer de plan. Quoi qu’il choisisse, ce petit brun aura les moyens de faire des études postsecondaires : depuis cinq ans, ses parents cotisent pour lui à un régime enregistré d’épargne-études (REEE).

Mathieu Devinat et sa conjointe versent une vingtaine de dollars par mois dans le REEE de Maxime, un régime collectif du Plan fiduciaire canadien de bourses d’études — mieux connu sous le sigle CST, pour « Canadian Scholarship Trust ». Ils en font autant pour son frère de trois ans. « Nous voulons payer le baccalauréat de nos enfants », dit le papa de 37 ans, professeur adjoint à la Faculté de droit de l’Université de Sherbrooke.

De plus en plus de parents, grands-parents, parrains et marraines cotisent ainsi à des REEE. L’actif augmente de 20 % par année au pays depuis 2000. Il atteignait près de 23 milliards de dollars en juin 2007, selon le ministère des Ressources humaines et du Développement social du Canada. Près de trois millions de jeunes Canadiens y sont inscrits (les inscriptions ont connu une hausse moyenne de 10  % par an), dont 515 000 au Québec — 29 % des enfants de moins de 18 ans, contre près de 36 % en moyenne dans l’ensemble du Canada.

Le REEE est attrayant en bonne partie grâce à la subvention canadienne pour l’épargne-études, créée en 1998. Le fédéral verse 20, 30 ou 40 cents pour chaque dollar investi, selon les revenus des parents (et jusqu’à un maximum de 7 200 dollars au 18e anniversaire de l’enfant). Les cotisants, eux, n’ont plus, depuis l’an dernier, à se limiter au plafond annuel de 4 000 dollars et peuvent, au total, investir 50 000 dollars plutôt que 42 000 comme par le passé. Depuis 2007, le Québec contribue aussi avec son Incitatif québécois à l’épargne-études, crédit d’impôt équivalant à 50 % de la subvention fédérale.

Les cotisations au REEE ne sont pas déductibles de l’impôt comme le sont celles faites au REER. Mais les intérêts ne deviennent imposables qu’au moment où l’étudiant du postsecondaire (université, cégep, écoles offrant des programmes d’études professionnelles) perçoit ses « paiements d’aide aux études ».

D’autres types d’épargne existent (voir « Quatre autres façons de financer les études »). Mais le REEE est de loin le plus efficace, selon les planificateurs financiers consultés.

« Si, de la naissance de l’enfant à ses 18 ans, on cotise 25 dollars par semaine à un REEE, avec un rendement de 7 %, on amasse au moins 60 500 dollars », calcule Nathalie Lemelin, planificatrice financière à la vice-présidence Gestion des avoirs de Desjardins. Soit près de 25 000 dollars de plus qu’avec un compte d’épargne au même taux d’intérêt. Or, on estime que quatre années d’études coûteront en 2022 près de 50 000 dollars si l’étudiant vit chez ses parents, 80 000 s’il vit ailleurs. C’est deux fois plus qu’actuellement.

Conscients de cette hausse probable, Jacques et Nicole Guérard, de Sorel, ont tenu à cotiser tôt au REEE de leur unique petite-fille, Charlotte, deux ans. Chaque soir, grand-papa vide ses poches et dépose les pièces de un ou de deux dollars dans une tirelire de verre en forme de canard. « Nous versons ainsi de 600 à 700 dollars par année, dit Jacques Guérard, ancien mécanicien de 64 ans. Les parents ajoutent aussi une somme. »

Le concept du REEE a beau être séduisant, on doit avoir les moyens d’y cotiser, rappelle cependant Édith St-Hilaire, conseillère budgétaire à l’ACEF (Association coopérative d’économie familiale) Rive-Sud de Québec. « Des gens y cotisent et peinent ensuite à payer le solde de leur carte de crédit », déplore-t-elle. Elle prépare d’ailleurs des ateliers sur le sujet, qui seront donnés au printemps dans les ACEF du Québec. « Il faut d’abord évaluer sa capacité d’épargne. » Et magasiner…

Au Canada, selon l’administration fédérale, près d’une cinquantaine de banques, caisses populaires, fondations, sociétés de fonds communs de placement et maisons de courtage offrent ce véhicule de placement. Dans le REEE individuel (un seul enfant bénéficiaire) ou familial (bénéficiaires ayant un lien de sang ou d’adoption avec le souscripteur), l’argent est investi en fonction de la tolérance au risque du souscripteur (parent, grand-parent, etc.). « On suggère aux gens de cotiser à leur REER et de déposer le remboursement d’impôts dans un REEE », dit Marie-Christine Marcoux, planificatrice financière à la Banque nationale du Canada.

Dans le cas du REEE collectif — spécialité des fondations —, les sommes cotisées par tous les clients sont mises en commun et investies dans des placements dit « sûrs », des obligations des gouvernements fédéral et provinciaux, par exemple. « Le REEE collectif est sans tracas », dit Bruno Therrien, planificateur financier et directeur régional du Groupe Investors, à Sherbrooke. « Mais vous n’avez aucun contrôle sur les types de placement. »

Le régime collectif est plus flexible que par le passé. Il permet désormais, comme le REEE individuel, de changer de bénéficiaire si l’enfant ne fait pas d’études postsecondaires. Mais les conditions peuvent être plus nombreuses, selon Édith St-Hilaire. Par exemple, si le nouveau bénéficiaire est plus âgé que l’ancien, le souscripteur doit augmenter ses versements pour compenser la différence de cotisation entre les groupes d’âge.

Dans certains régimes collectifs, si on abandonne le REEE avant terme, on peut transférer dans son REER, sans être imposé, les intérêts générés par le capital et la subvention. Mais dans la plupart des cas, adieu intérêts. « Ceux-ci sont redistribués entre les autres bénéficiaires », dit Isabelle Grenier, vice-présidente aux affaires juridiques et aux ressources humaines de la Fondation Universitas du Canada.

Mathieu Devinat a opté pour le REEE collectif, mais il n’est pas trop inquiet. « Je serais prêt à parier que mes enfants iront au moins au cégep », dit-il. Près d’un mois après l’entrevue, son fils Maxime espérait toujours devenir « “courseur” à pied ». « Mais j’ai aussi décidé de devenir joueur de soccer ! » dit le garçon.