Le surplus budgétaire du Québec s’emballe!

Si les prévisions se confirment, le Québec enregistrera cette année le plus important surplus de son histoire. Une bonne nouvelle pour le gouvernement mais un casse-tête pour François Legault, les surplus budgétaires suscitant bien des convoitises. 

Il s’est écoulé moins de deux mois depuis le dépôt du dernier budget du gouvernement du Québec, et déjà, le portrait des finances publiques ne tient plus. La cagnotte augmente à un rythme sans précédent. Le surplus s’emballe. Le fric déborde. La porte du coffre-fort ne ferme plus. Résultats : le gouvernement Legault a un éventail de possibilités… une tonne de pression politique.

Dans son budget dévoilé le 21 mars dernier, le ministre des Finances prévoyait un surplus budgétaire de 2,5 milliards de dollars pour l’année 2018-19 qui se terminait le 31 mars dernier. Mais voilà, l’économie va bien, le taux de chômage est à un creux historique, sous la barre des 5 %, et le gouvernement n’a pas été en mesure de dépenser toutes les sommes qu’il avait prévues. Le surplus, a annoncé le gouvernement au début mai, ne sera donc pas de 2,5 milliards, mais de 3,6 milliards de dollars, une hausse soudaine de 1,1 milliard!

« Ce ne sont pas nos prévisions économiques qui ne sont pas justes, ce sont des rentrées fiscales imprévues non récurrentes. On apprécie néanmoins cela», a expliqué le ministre Éric Girard lors d’un entretien téléphonique.

Or, ce chiffre devra de nouveau être révisé à la hausse dans les prochaines semaines, de sorte que le surplus 2018-19 sera titanesque. Le plus important de l’histoire du Québec, sans aucun doute.

Selon le simulateur budgétaire de l’Institut du Québec, le surplus dans les coffres du gouvernement devrait atteindre 4,3 milliards de dollars après le versement au Fonds des générations. C’est une projection basée sur leurs meilleures évaluations, puisque la somme pourrait même atteindre, dans le haut de la fourchette des possibilités, quelque 5,5 milliards de dollars.

L’Institut du Québec, un organisme indépendant et sans but lucratif né de la collaboration d’HEC Montréal et du Conference Board du Canada, avait fait une projection des surplus avant le dépôt du budget de mars et il avait frappé dans le mille. Il faut donc prendre cette nouvelle prédiction au sérieux.

D’où provient l’ampleur de ce surplus inattendu? D’un mélange de dépenses moins importantes que prévues et de rentrées fiscales plus abondantes.

Il ne faut toutefois pas trop saliver à la vue de cette cagnotte de 2018-19, puisque le gouvernement ne pourra pas l’utiliser pour diminuer les impôts ou les taxes, ni pour financer de nouvelles dépenses. «Nous sommes au mois de mai, je n’ai aucune capacité à dépenser de l’argent [pour l’exercice qui s’est terminé le 31 mars], a dit le ministre des Finances Éric Girard. Cette somme va réduire la dette du Québec.» Ce qui, en soi, n’est pas une mauvaise chose, le Québec étant fortement endetté.

La somme de 4,3 milliards de dollars, si elle se concrétise, n’est toutefois qu’une parcelle de l’histoire. En réalité, le surplus est bien plus imposant.

À ce montant, il faut ajouter la contribution au Fonds des générations, qui est de 3,1 milliards de dollars.

La Loi sur l’équilibre budgétaire impose au ministère des Finances de calculer le versement annuel au Fonds des générations comme étant une dépense. Or, en réalité, cet argent n’est pas dépensé. Il sert d’actif pour diminuer la dette. C’est un choix politique que d’attribuer de tels montants au remboursement de la dette: un parti pourrait décider de modifier les sommes en cause ou même faire autre chose avec ces montants. Donc, pour avoir une véritable idée de l’ampleur du surplus budgétaire, il faut ajouter ce montant au total.

Si ce chiffre de 7,4 milliards de dollars se concrétise, il sera, et de loin, le plus important surplus de l’histoire du Québec. Le précédent record, établi l’an dernier, en 2017-18, était de 4,9 milliards de dollars. C’est dire si Québec nage dans les surplus.

C’est tout? Pas encore. Si on veut avoir une idée plus précise de l’ampleur du surplus, il faudrait encore ajouter une somme de 1,43 milliard de dollars, qui est cachée dans le document budgétaire de mars dernier. En effet, le gouvernement Legault a choisi d’imputer à l’année financière 2018-19 un montant de 1,43 milliard de dollars de nouvelles dépenses prévues pour les années futures. Sans cette manœuvre comptable, qui permet de diminuer d’autant le surplus cette année, le gouvernement aurait dû l’ajouter.

Évidemment, le trésor d’une année ne signifie pas qu’il va se reproduire dans les années suivantes. Il faut rester prudent, puisqu’un ralentissement économique est si vite arrivé.

Mais les finances publiques sont dans un cycle vertueux. Non seulement les versements au Fonds des générations augmentent, ce qui fait diminuer le ratio d’endettement du Québec, mais la réserve de stabilisation explose. Cette réserve sert à préparer les mauvais jours, comme une récession. Cette cagnotte atteint 9,7 milliards de dollars. Là aussi, c’est du jamais-vu dans l’histoire de la province. Est-ce assez ? Le gouvernement ajoute une « marge de prudence » de 300 millions de dollars par année pour les cinq prochaines années, au cas où…

Pour le Québec, c’est une bonne nouvelle. Les années de vaches maigres sont derrière nous pour un moment et les sacrifices imposés par le précédent gouvernement libéral (que certains ont jugé inutilement sévères, alors que d’autres estiment que c’était justifié) profitent aujourd’hui au parti de François Legault.

Mais politiquement, ces bonnes nouvelles ajoutent une couche de complexité. Les surplus suscitent des convoitises — des autres ministres et de la population — animent les groupes de pression et attirent les critiques de ceux qui estiment que le gouvernement a les moyens d’être plus généreux ou de réagir rapidement aux nouvelles informations dans le débat public.

Par exemple, le gouvernement a certainement les moyens d’ajouter des ressources rapidement à la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ), qui croule sous les dossiers. Près de 3300 enfants sont en attente d’évaluation au Québec. Autant de jeunes qui sont peut-être en détresse, mais la DPJ n’a pas les ressources disponibles pour gérer ces nouveaux cas

Il manque de l’argent pour compléter le projet de tramway à Québec, les chauffeurs de taxi exigent une plus importante compensation financière pour la dévaluation de leurs permis, les riverains inondés lors de la catastrophe de ce printemps vont s’attendre à des indemnisations à la hauteur de leur souffrance… Ainsi de suite.

Un gouvernement qui n’a pas d’argent peut diminuer l’appétit de tout un chacun plus facilement que celui qui a les coffres pleins. Gouverner, c’est faire des choix. Or, c’est politiquement plus compliqué à expliquer à la population si celle-ci a l’impression que le gouvernement, en réalité, n’a pas à faire de choix, et qu’il a les moyens de tout faire. La pression n’est que plus forte. Un beau problème, mais ça reste tout de même un problème. Celui-ci exigera du doigté du nouveau gouvernement dans ses communications avec les citoyens.

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4 commentaires
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L’usage veut qu’en économie, il convienne d’observer la croissance du PIB et de la corréler avec la croissance de la dette. C’est le ratio dette/PIB. Lorsque le ratio du PIB croit plus vite que la dette. Usuellement les revenus du gouvernement croissent proportionnellement, ce qui permet de réduire l’impact du déficit (s’il y en a un) ou cela permet d’obtenir des « surplus » (plutôt ici un anglicisme soit dit en passant), nous pourrions parler « d’excédents budgétaires » ; un État n’a jamais trop d’argent….

Tout cela signifie simplement que les rentrées d’argent se sont avérées supérieures aux prévisions. Si les prévisions budgétaires ont été « trop » conservatrices, cela aura tendance à produire des excédents (en anglais : surplus), voilà tout !

Les données publiées par l’Institut du Québec démontrent bien qu’on n’a pas dépensé assez dans les programmes depuis nombre d’années. C’est ce qu’a démontré quelquefois Pierre Fortin dans ses chroniques. On pointait du doigt les libéraux, mais nous avons la fâcheuse habitude au Québec de vouloir tout gérer au rabais, toutes formations politiques confondues.

Cela ne signifie pas que l’économie s’envole. Le PIB réel de la province continue de s’accroitre faiblement, les perspectives à moyen terme ne sont pas enlevantes. Il demeure un déséquilibre important entre la grande région de Montréal et le reste du Québec à un moment où l’économie virtuelle tire la part du lion.

Le gouvernement du Canada quant-à-lui concentre son attention sur le ratio dette/PIB, certains lui reprochent d’être trop dépensier. Pourtant ce sont ces dépenses faites pour les Canadiens qui contribuent à accroitre le PIB du pays. Ses investissements servent à augmenter le PIB des provinces. Cela contribue de manière significative à réduire leur déficit, et l’État québécois est bénéficiaire de cette conjoncture qui continue depuis trois années maintenant et devrait se poursuivre encore pour au moins un ou deux ans.

Sans entrer dans le détail, il conviendrait de savoir précisément si les facteurs qui génèrent ces excédents sont obtenus par l’augmentation des prix, une amélioration significative du sort (et donc du revenu) des travailleurs, une révolution technologique ou encore un accroissement constant de la productivité ou une conjonction de tout cela…?

Lorsque nous trouverons réponse à toutes ces choses-là, j’imagine que nous devrions savoir où nous nous situons, puis encore ce qu’il reste à accomplir pour dire que nous sommes désormais toutes et tous bien sortis du bois.

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« … il [Institut du Québec] avait frappé dans le mille. » Alex Castonguay

Avec des marges aussi larges, même le bureau d’astrologie, celui qui me dérange à tous les mois, aurait frappé dans le mille.

Quant à la comptabilité créative d’Alex Castonguay pourquoi ne pas ajouter les intérêts sur le passif au titre des régimes de retraite et des autres avantages sociaux futurs inscrits au service de la dette, qui ne demandent aucun décaissement puisque c’est une promesse de payer plus tard des intérêts pour des retraites et avantages sociaux futurs et qui totalisaient pour l’année 2018-2019 : 1,36 milliard, presque autant que le 1,43 milliard souligné dans le texte.

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Il faut donner aux citoyens québécois la base de la justice pour tous : une éducation de grande qualité gratuite pour tous les enfants. Rien de moins, rien de plus.

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