Le triple séisme japonais

C’est le plus gros tremblement de terre de l’histoire du Japon et l’un des cinq plus violents de l’histoire mondiale. Des villes côtières ont été balayées par des vagues de 10 mètres provoquées par le tsunami qui a suivi le séisme. Les morts seront nombreux et les dégâts considérables. C’est une tragédie humaine.

Les tremblements de terre ne demandent jamais la permission avant de frapper, mais disons que le timing de celui-là est particulièrement mauvais avec une économie mondiale chancelante, un marché du pétrole en folie et des États fragilisés par leur lourd endettement, particulièrement le Japon. On commence à craindre les répercussions en chaîne de ce séisme sur l’économie mondiale.

Quelles pourraient-être ces répercussions ? Elles pourraient être de trois ordres.

Le prix du pétrole

On sait qu’une raffinerie près de Tokyo est en flamme et on rapporte une explosion dans un complexe pétro-chimique. Le prix du baril de pétrole est à la baisse aujourd’hui parce que le Japon devrait normalement importer moins de pétrole brut avant la remise en activité de la raffinerie de Cosmo Oil.

Ce qu’on ne sait pas, c’est l’impact de la perte de 220 000 barils par jour de pétrole raffiné sur le marché japonais. Quand la raffinerie pourra-t-elle reprendre ses activités ? Le Japon peut-il se passer de tout ce pétrole ? Faudra-t-il l’importer ? Y a-t-il sur le marché une telle quantité de pétrole raffiné pouvant compenser ce qui était raffiné près de Tokyo ? Quel sera l’impact sur le marché japonais et le marché mondial ?

Souvenez-vous de la hausse du prix de l’essence après les ravages causées par Katrina sur les raffineries de pétrole (et pas seulement les plateformes en mer) du golfe du Mexique.

Ce séisme s’ajoute à une situation déjà tendue dans les pays arabes qui a fait enflammer le cours du pétrole.

Les dommages civils et industriels

Quel sera l’impact du séisme sur les capacités de l’industrie japonaise et les infrastructures permettant l’exportation de ce qu’elle produit ? On sait que des chemins de fer et des ports ont été endommagés et que des usines de Toyota et de Sony ont été touchées. Les dégâts seraient considérables, mais non insurmontables.

La région touchée n’est pas la plus industrielle du pays et le Japon a sans doute les immeubles les plus solides au monde. Il y aura forcément un impact sur la production, qui sera sans doute compenser par ce qui sera dépensé pour  la reconstruction.

Les impacts financiers

Il est encore trop tôt pour faire le bilan, mais on parle assurément de dizaines de milliards de dollars de dommages. Les assureurs en paieront une partie, mais l’État devra acquitter le gros de la facture pour tout ce qui touche l’hébergement des réfugiés et la santé publique ainsi que la reconstruction des infrastructures.

Or, le Japon est un pays hyper-endetté qui a déjà besoin cette année de 2 500 milliards de dollars pour refinancer sa dette. Les intérêts sur sa dette représentent déjà 27 % des recettes de l’État. Les Japonais sont les plus grands détenteurs de cette dette, mais leur taux d’épargne est de plus en plus faible.

Si le Japon doit aller sur les marchés étrangers pour financer sa dette, il devra payer beaucoup plus cher que ce qu’il offre aux épargnants japonais comme rendement. Voilà pourquoi l’analyse Dylan Grice de la Société Générale (une banque française) prévoyait il y a quelques mois que le Japon fera faillite en 2019, peut-être même avant.

Le séisme ajoutera énormément de pression sur les finances publiques japonaises. On s’inquiète de l’impact d’un défaut de paiement de la Grèce ou de l’Irlande, mais les conséquences d’une « faillite » de la troisième économie mondiale seraient colossales et systémiques.

Il est aussi possible que les entreprises et investisseurs japonais, les troisièmes plus importants détenteurs de titres de dettes américains, rapatrient une partie de leurs capitaux pour reconstruire leurs usines ou leur pays. Cela aura un impact sur les États-Unis qui devront peut-être offrir de meilleurs rendements sur leurs obligations et bons du Trésor. Ce qui rendra encore plus difficile le rétablissement des finances publiques américaines.

Bref, il est trop tôt pour poser un jugement éclairé sur les répercussions du séisme. Mais si le battement d’ailes d’un papillon peut causer une tornade à l’autre bout du monde, il ne faut pas sous-estimer l’impact d’un séisme à l’autre bout du monde.

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«Les intérêts sur sa dette représentent déjà 27 % des recettes de l’État.»

Au Québec, c’est 7 milliards sur un budget de 66 milliards. Mais on en connait qui en capote un coup sur la dette. Y’en dorme pas!

Je me tue à la dire: la dette au Québec, y’a rien là!(on vend Hydro-Québec, pis pouf la dette, y’en reste plus). C’est une invention de la droite fédéraliste pour faire peur au monde

Merci pour le chiffre japonais, je l’ignorais

Le 220k bpd de Cosmo Oil aurait été gérable, compte tenu de la capacité de raffinage de plus de 4M bpd du Japon.

Toutefois, la situation semble beaucoup plus grave selon cette dépêche de Reuters qui fait état d’arrêts de production totalisant 1,4 M bpd ou 31% de la capacité totale du pays. Épeurant.

@ Rod (# 2):

« Au Québec, c’est 7 milliards sur un budget de 66 milliards. Je me tue à la dire: la dette au Québec, y’a rien là! » (sic)

Le Québec est l’endroit en Amérique le PLUS endetté mais « y’a rien là! »…

Continue mon Rod. Tu l’as l’affaire!!!

Il est clair depuis longtemps que le Japon se dirige vers une crise. Le problème fondamental du Japon c’est que sa productivité augmente trop lentement par rapport à sa dette et pour soutenir les fastes dépenses des politiciens (me semble qu’on a déjà vu ça…). Comme vous dîtes, jusqu’à présent le pays a pu financer son énorme dette à l’interne mais de plus en plus il devra allez à l’extérieur et ça coûtera probablement plus cher.
Il est évident qu’une crise majeure est envisageable au Japon et cela aurait des conséquences partout sur la planète, d’ailleurs comme les prix des matières premières seraient sûrement affectés le Canada serait aux premières loges.
Parlant du Canada il roule sur deux moteurs actuellement, premièrement l’endettement (insoutenable) des ménages qui supporte la consommation et l’immobilier résidentiel – qui ensemble doivent bien compter pour les trois quarts de l’économie – et deuxièmement les commodités dont les prix sont probablement irraisonnables et gonflés par la spéculation. Les ressources forment un secteur pas si grand que ça de l’économie mais qui soutient le dollar et notre pouvoir d’achat
En fait le Canada (et particulièrement le Québec) fait face à un problème évident qui risque éventuellement de nous sauter au visage: notre faible productivité. Bien que ce problème soit masqué par l’endettement des ménages et l’inflation dans les commodités, il faudra tôt ou tard faire face à la musique.
Il semble bien que les circonstances et les aléas du marché se soient alignées ces dernières années pour favoriser et protéger le Canada, espérons qu’on en viendra pas à faire face à une situation inverse, une sorte de tempête parfaite. Le risque existe et il est important.

J’ai fait un commentaire il y a trois jours sur la question des raffineries. 72 heures plus tard, les problèmes de Cosmo Oil sont bien pâles en comparaison de la bombe à retardement de Fukushima I. On dépasse la simple catastrophe naturelle ici.