Le vrai problème de Nicolas Marceau

Pourquoi les finances publiques du Québec sont-elles toujours sur la corde raide et que nos ministres des Finances ont tant de difficulté à présenter des budgets sans déficit ? Pourquoi cette dette publique monstrueuse qui hypothèque notre présent et notre avenir ?

Le budget présenté mardi par le ministre des Finances, Nicolas Marceau, montre bien la situation précaire des finances publiques québécoises. Pour équilibrer le budget de l’État au terme de l’année budgétaire 2013-2014, dans 16 mois, le gouvernement doit aller chercher encore plus d’argent dans nos poches, diminuer son train de vie et prier le ciel pour que la croissance économique soit au rendez-vous. La moindre défaillance dans l’allocation des crédits et le moindre ralentissement de l’économie peut tout faire déraper. La marge de manoeuvre du nouveau ministre est plus étroite que jamais.

Plusieurs raisons expliquent la situation dans laquelle nous nous trouvons.

1. Notre dette publique est la plus élevée au Canada. La dette brute représente 55 % de la taille de notre économie. Cet endettement s’explique en premier lieu par des années de déficits accumulés où nos gouvernements ont trop dépensé par rapport aux revenus tirés des taxes et impôts. À cette insouciance, il faut ajouter l’imprévoyance, car l’État n a pas mis suffisamment d’argent de côté pour respecter ses obligations futures envers ses pensionnés. On ajoute par-dessus cette pile les investissements en infrastructures, lesquels on été particulièrement nombreux ces dernières années en raison du danger que présentaient certains ouvrages et d’une volonté politique de stimuler l’économie en temps de récession.

Cette dette de 183 milliards de dollars nous coûtera 8,6 milliards en intérêt en 2013-2014, ce qui en fait le troisième poste budgétaire de l’État. Pourtant, certains semblent trouver que ce n’est pas suffisant et qu’il faudrait continuer d’accumuler les déficits.D’autres, tout aussi optimistes, pensent que les taux d’intérêts resteront bas de toute éternité et que le Québec n’a pas à se soucier d’une éventuelle hausse des taux qui ferait bondir le service de la dette.

2. Certains croient que le gouvernement ne retire pas suffisamment d’argent des poches des contribuables et des entreprises. Il suffirait de ponctionner davantage les contribuables plus aisés et les corporations pour que le problème disparaisse.

On oublie que le Québec prélève déjà plus d’impôts et de taxes que l’Ontario, le Canada, les États-Unis, la moyenne des pays du G-7 et d’une bonne partie des pays de l’OCDE. Le Québec ne vit pas en autarcie et il doit tenir compte de ce qui se passe chez ses voisins. Il ne faut pas en faire un enfer fiscal qui pourrait pousser les contribuables plus aisés et les corporations hors de nos frontières et qui n’aura rien d’attrayant pour ceux qui seraient tentés de s’établir chez nous.

3. On dit aussi que le Québec dépense trop par rapport à ses moyens. En 2008, l’État québécois dépensait en services 26 % de plus que l’Ontario, même si le PIB par habitant de la province voisine était de 14 % plus élevé. Le Québec offre des programmes uniques au Canada (services de garde, congés parentaux, assurance-médicaments), même si son PIB par habitant (la richesse crée par chaque citoyen) est au septième rang au pays.

Ces services, il faut les payer. Ils expliquent en partie la taxation élevée et la dette accumulée.

4. C’est maintenant une évidence, le Québec dépense mal. Chaque jour, la commission Charbonneau nous montre les méfaits de la corruption et de la collusion sur le coût des travaux publics. L’heure est au grand ménage. Malheureusement, l’addition sera corsée.

5. L’économie québécoise tourne au ralenti. Voilà un facteur sous-estimé et extrêmement préoccupant. Malgré la dizaine de milliards de dollars investis chaque année dans les infrastructures, malgré les milliards de dollars alloués en crédits d’impôts et autres subventions aux entreprises, malgré le boom minier, malgré des années fastes pour la construction domiciliaire, l’économie québécoise roule deux fois moins vite que l’économie canadienne. Notre sortie de crise a été plus rapide et plus réussie que celle de nos voisins grâce aux milliards investis, mais nous ne semblons plus capables de suivre le rythme.

En matière de finances publiques, cela a un impact considérable. Une croissance plus forte augmente automatiquement les revenus fiscaux. Les coffres de l’État se remplissent lentement quand l’économie ne va pas vite.

Voilà, le grand problème de Nicolas Marceau. Le Québec a vécu quelques années sur les stéroïdes de l’investissement public et il doit aujourd’hui compter sur l’investissement privé et la consommation.

C’est là qu’on s’aperçoit de l’impact des restrictions et autres mesures budgétaires sur l’économie. Les hausses successives de la TVQ ont diminué le pouvoir d’achat des citoyens et la rentabilité des commerçants et de leurs fournisseurs. Les hausses d’impôts auront leur même impact. Ce n’est jamais neutre.

Le ministre des Finances doit bien choisir son traitement. S’il prescrit trop de taxes pour régler son problème budgétaire, il risque de se trouver avec une économie encore plus faible qui lui procure trop peu de revenus.

 

17 commentaires
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Vous résumez de façon satisfaisante les problématiques auxquelles sont confrontés les membres de la société québécoise. Observer les faits avec objectivité contribue à rechercher et trouver un ensemble de dispositions et de processus qui devraient permettre de faire progresser la société québécoise dans le respect des valeurs de tous.

Il importe en effet que le Québec occupe la position qu’il mérite dans l’économie canadienne et aussi dans le monde. Des finances publiques en ordre sont un des aspects essentiels qui permet de restaurer la confiance pour créer un climat général qui pousse les investisseurs à investir et les entrepreneurs à entreprendre. Car la gageure est moins dans le montant des impôts et des taxes qui doivent être versés et plus dans la certitude que les sommes transférées le sont à bon escient, lorsqu’elles contribuent sûrement à produire ce que les anglo-saxons appellent le « common good » et les américains le « public wealth », ce bien à la fois public et commun qui bénéficie à tout un chacun.

Je partage votre analyse de la situation.

À mon sens et suite à mes expériences où j’ai vu l’antagonisme des forces fédéralistes contre le Québec venir nous priver de développements économiques majeurs, dont un entre autre d’une valeur de 40 milliards, qui étalé sur 25 ans devait créer environ 200 mille emplois. L’équivalent du pacte automobile pour l’Ontario.
On m’a laissé entendre qu’il y en aurait d’autres qui auraient subi le même sort.

Alors, je partage entièrement votre solution pour se sortir d’un tel bourbier. Par contre, j’en suis arrivé à la conclusion que la seule façon de réussir, c’est de quitter la communauté fédérale canadienne.
Plus on attend, plus ce nous sera difficile.

Le vrai problème de Nicolas Marceau est qu’on a un système capitaliste où les dépenses sont toujours trop grandes et les revenus toujours trop faibles, du moins pour les économistes.

Le vrai problème réside donc dans la nature même du capitaliste qui n’en a jamais trop (la preuve? le PIB augmente et les gens s’appauvrissent), pour qui la « loi du marché » est divine, le profit est roi et le capital sacré.

Le Québec a des richesses mais elles ne sont pas redistribuées équitablement.

Vous n’expliquez pourquoi on capote autour du déficit zéro, qu’il faut à tout prix atteindre le déficit zéro alors qu’en Ontario on trouve normal d’avoir un déficit de 14G et qu’à Ottawa, on vient d’annoncer que le déficit est rendu à 26G

Pourquoi deux poids deux mesures avec le Québec?

«Vous n’expliquez pourquoi on capote autour du déficit zéro, qu’il faut à tout prix atteindre le déficit zéro alors qu’en Ontario on trouve normal d’avoir un déficit de 14G et qu’à Ottawa, on vient d’annoncer que le déficit est rendu à 26G

Pourquoi deux poids deux mesures avec le Québec?»

L`Ontario trouve normal d`avoir un déficit de 14 milliards ? Quel farce. Avez vous vu les dernières coupures et les gels de salaires ?

Et au fédéral on fait des coupures parce qu`on trouve rigolo d`avoir un déficit ?

Au Québec, à part les coupures chez Hydro(par attrition), c`est moins pire qu`en Ontario et au gouvernement fédéral en fait de coupures mais pour combien de temps encore vue que la dette du Québec est la plus importante au Canada ?

Les finances publiques occidentales sont exsangues car les impôts des corporations (je sais, je sais il ne faut surtout pas regarder vers eux) sont trop bas. l’argent se trouvent là, parfaitement détourner grâce aux prix de transferts et nous on continue de ne pas vouloir regarder dans cette direction.

@jackwood

Je ne dis pas qu’au fédéral et en Ontario ils se foutent de leur déficit. Je dis que ces déficits, au Québec, chez la droite québécoise, chez Gesca et cie, ne suscitent aucune hystérie voire une indifférence totale, alors que le moindre déficit au Québec les fait monter dans les rideaux.
Deux poids, deux mesures

M Duhamel,

Mais qu’est que vous faîtes de spécial pour attirer sur votre forum tous ces commentateurs qui pensent que la situation financière du Québec est pas si pire, voire bonne?

Mauvais Karma?

La dette du Québec est environ équivalente à celle de l’Ontario alors que notre économie est seulement la moitié de la leur. En plus nous sommes moins productifs et beaucoup plus taxés, zéro marge, c’est nous ça, alors que les programmes en place exigent constamment des hausses de dépense plus élevées que la croissance simplement pour se perpétuer, clairement intenable.

Quelle épaisseur de lunette ça prend à ces gens pour comprendre qu’on a un sérieux problème.

Pourquoi le PQ a-t’il fait un budget Bachand? Parque quand on a trop de dettes on perd notre liberté de décider, d’autres décident pour nous… Le budget du PQ est comme ceux des libéraux: Un budget de sociaux démocrates dans la m… Regardez Hollande en France, la même chose.

Comme vous dîtes en fin de compte l’économie du Québec est incapable de supporter tout ça. C’est ça la simple vérité et le véritable problème de N. Marceau.

Votre analyse est juste. Je me pose quand même une question: Est-ce que l’alternance de partis fédéraliste/péquiste ne nous a pas nuit depuis 1976? Je crois que d’une certaine manière, oui. Lorsqu’un parti vise la souveraineté, il faut absolument mettre des politiques en place afin d’y accéder, ce qui à mon avis n’est pas nécessairement bénéfique pour une province telle que le Québec qui est toujours déchirée sur tout et qui saute d’une branche à l’autre. C’est comme si à chacune des élections on repart à Zéro.

@ Mathieu #7,

Belle rengaine ca les impôts aux entreprises trop bas. Mais comme une entreprise n’est pas une personne physique, afin qu’une personne physique soit payée, l’entreprise doit émettre des dividendes. Ce sont ces dividendes qui sont imposées aux particuliers (à un taux moindre étant donné que l’entreprise a déjà payé des impôts)

Le revenus des entreprises est donc imposée une fois au niveau de l’entreprise et une fois au niveau du particulier. L’addition de ces deux impôts tente à rendre un revenu d’entreprise semblable à un revenu de salaire.

Est-ce qu’il y a des trous dans notre fiscalité? Oui, mais un impôts trop élevé encouragera toujours les gens à rechercher des échappatoires. Il n’y a pas de solution magique à notre maladie économique actuelle. Désolé de vous décevoir.

Encore une fois des faussetés! Si en effet la grille d’imposition est la plus élevée au Québec, les impôts payés par les Québécois sontb parmi kles plus bas en Amérique du Nord en raison de tous les crédits d’impôts disponibles.
Il faut cesser de dramatiser cette question d’impôts et toujours mentionner cette vérité de l’impôt réellement payé.
En plus, les garderies à 7$ représentent un investissement dont le rendement de 50% est inégalé par aucun autre en raison de l’arrivée sur le marché du travail de toutes ces femmes qui paient des impôts et qui participent au PIB. Alors, SVP, un peu d’honnêteté. La moitié de l’information est l’équivalent d’une désinformation.

Merci

Nous sommes rendu dans cette situation :

« “There are two ways to conquer and enslave a country. One is by the sword. The other is by debt.”

John Adams

Prédictions, les services « gratuits » seront graduellement coupés mais les impôts vont demeurer pour payer les folleries du passé.

@ Gilles (# 13):

À la lecture de vos commentaires, on se demande bien pourquoi il n’y pa pas de vague d’immigration vers le Québec, soudainement devenu un véritable paradis terrestre…

SVP enlevez vos lunettes roses et devenez un peu plus réaliste et honnête intellectuellement.

Selon vous, plus nous sommes taxés au Québec et…moins nous sommes taxés grâce aux crédits d’impôt. Z’avez des statistiques là-dessus? Des chiffres pour appuyer votre affirmation? Un lien? Quelque chose?

Pour ce qui est des « extraordinaires avantages » des garderies à $7, il y a longtemps que votre argument a été passé à la déchiqueteuse:

http://www.lapresse.ca/debats/nos-collaborateurs/martin-coiteux/201204/17/01-4516304-la-multiplication-des-pains.php

Extrait:

« Pourtant, si on y regarde de plus près, on ne trouve aucune accélération de la tendance à la hausse du taux d’emploi dans le cas des femmes québécoises âgées de 25 à 44 ans. Une telle accélération n’a été observée que pour les femmes âgées de 15 à 24 ans, celles-ci étant moins susceptibles que les premières d’utiliser les services de garde.

Plus important encore, les tendances observées au Québec pour chacun des deux groupes d’âge ont été presque identiques au Nouveau-Brunswick, en Nouvelle-Écosse et à Terre-Neuve. Pourtant, ces provinces n’ont jamais imité le modèle québécois des garderies.

Comment expliquer, par exemple, que les femmes âgées de 15 à 24 ans de ces trois provinces aient connu le même rebond de leur taux d’emploi que celui observé au Québec à partir de 1997? C’est que 1997 n’a pas été uniquement l’année du lancement du programme québécois des garderies; 1997 a été également l’année du lancement de la réforme fédérale de l’assurance emploi. Cette réforme aurait poussé un plus grand nombre de jeunes, incluant des femmes, à se trouver un emploi. Visiblement, c’est au Québec et dans les provinces de l’Atlantique que ses effets ont été les plus probants.

En somme, le taux d’emploi des femmes âgées de 25 à 44 ans n’a fait que suivre la tendance haussière stable observée simultanément dans trois provinces de l’Atlantique, tandis que celui des femmes âgées de 15 à 24 ans semble avoir réagi au Québec comme dans ces mêmes provinces à une réforme commune de l’assurance emploi. Comment peut-on alors attribuer 70 000 emplois bruts au seul programme des garderies? »

Fin de l’extrait.

@ Gilles,

Vos informations sont erronées. Malheureusement, vous êtes celui qui fait la désinformation.
Premièrement, les crédits d’impôts sont disponibles dans les autres provinces également. Le problème c’est qu’ils favorisent une catégorie de population uniquement. Si je me souviens bien, il a été démontré que le seul moment où il est fiscalement avantageux de vivre au Québec par rapport à l’Ontario est lorsque deux québécois sont mariés et ont un ou plusieurs enfants de 1 à 5 ans. La raison est simple, c’est que ces parents se font subventionner les services de garde de leurs enfants par l’ensemble des québécois.

Concernant ces mêmes garderies à 7$, l’argument qu’il amène des femmes sur le marché du travail a été réfuté à plusieurs reprises tellement qu’il est ridicule qu’il soit encore utilisé. Il n’y a pas plus de femmes sur le marché du travail au Québec qu’ailleurs au Canada. En fait, selon statcan la moyenne des femmes au travail est inférieure au Québec que la moyenne canadienne (56% vs. 58%). De plus, l’économiste Martin Coiteux explique qu’il s’agit d’un programme d’un le coût est bien supérieur aux bénéfices.

@ Jacques Marceau (# 16):

« La raison est simple, c’est que ces parents se font subventionner les services de garde de leurs enfants par l’ensemble des québécois. » (sic)

…ET par le reste du Canada via la péréquation.

Voilà…la correction est faite.