Fusion Tim Hortons-Burger King : le Whopper fiscal à l’érable

Burger King compte devenir une société canadienne une fois qu’elle aura avalé Tim Hortons, et ce, dans le seul but de profiter des impôts corporatifs plus bas au Canada qu’aux États-Unis.

Photo: Sean Kilpatrick/La Presse Canadienne
Photo: Sean Kilpatrick/La Presse Canadienne

Blogue EconomieBurger King serait en train d’avaler Tim Hortons, la plus grande chaîne de restaurants au Canada. La nouvelle entité aurait 18 000 restaurants dans une centaine de pays et deviendrait la troisième chaîne de restauration rapide au monde, derrière McDonald’s et Subway.

Cette nouvelle en cache plusieurs, et l’on pourrait facilement faire un combo avec tous les éléments de cette mégatransaction.

Premier ingrédient : la concentration

Burger King avait besoin de conquêtes pour élargir son royaume. Tim Hortons est plus rentable que son prédateur. Son modèle d’affaires est plus efficace, car Tim Hortons fait entièrement reposer sur ses franchisés le risque d’affaires. Surtout, son produit vedette est le café, une boisson de plus en plus populaire, et dont la marge bénéficiaire est élevée. Le potentiel de croissance de Tim Hortons est excellent, pourvu qu’on lui donne les munitions pour s’implanter sur de nouveaux territoires.

Deuxième ingrédient : la mondialisation

Burger King est une entreprise américaine détenue par un fonds d’investissement brésilien, 3G Capital Management. C’est ce fonds qui vient d’acheter H.J. Heinz avec Warren Buffett et qui était présent dans InBev quand le géant mondial belgo-brésilien a acheté Anheuser-Busch et sa fameuse Budweiser.

Tim Hortons est une chaîne canadienne, mais qui a appartenu (de 1995 à 2006) à Wendy’s, une autre chaîne américaine de hamburgers. Tim Hortons est sans doute un symbole canadien, et l’on trouve ses restaurants partout au pays, mais on ne peut pas dire que sa citoyenneté canadienne soit historique et stratégique.

Nous parlons ici d’un mariage entre deux géants mondialisés de la bouffe rapide.

Troisième ingrédient : payer le moins d’impôts

Cette transaction va considérablement énerver le gouvernement américain, qui parle de mener la vie dure à ce que l’on appelle l’inversion. C’est un stratagème d’évitement fiscal de plus en plus utilisé par des compagnies américaines faisant affaire à l’étranger.

Burger King compte en effet devenir une société canadienne une fois qu’elle aura avalé Tim Hortons, et ce, dans le seul but de profiter des impôts corporatifs plus bas au Canada qu’aux États-Unis. Grosso modo, en tenant compte des impôts corporatifs des différents niveaux de gouvernement, le taux d’imposition est de 40 % aux États-Unis et de 26,5 % au Canada.

Certains législateurs américains sont furieux, d’autant que Burger King a profité d’exemptions fiscales suite à son achat par le fonds brésilien, qui a financé sa prise en l’endettant au maximum. Une fois la maison en ordre, elle s’enfuit au Canada pour profiter d’un plus faible taux d’imposition sur ses ventes réalisées à l’étranger.

C’est le même stratagème utilisé par la pharmaceutique américaine Valeant lorsqu’elle a acheté la société ontarienne Biovail. Valeant a depuis installé son siège social à Laval.

D’un point de vue canadien, c’est la preuve que de bas taux d’imposition corporatifs stimulent l’économie et créent des emplois.

Mais on comprend pourquoi il y a des Américains qui ne digèreront pas cette transaction.

* * *

À propos de Pierre Duhamel

Journaliste depuis plus de 30 ans, Pierre Duhamel observe de près et commente l’actualité économique depuis 1986. Il a été rédacteur en chef et/ou éditeur de plusieurs publications, dont des magazines (Commerce, Affaires Plus, Montréal Centre-Ville) et des journaux spécialisés (Finance & Investissement, Investment Executive). Conférencier recherché, Pierre Duhamel a aussi commenté l’actualité économique sur les ondes du canal Argent, de LCN et de TVA. On peut le trouver sur Facebook et Twitter : @duhamelp.

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Bashing contre Burger King de la part des gauchistes québécois diplômés en sciences molles pas de maths dans…3…2…1…

Hier, Burger King ne payait pas d’impôts au Canada. demain, ils en paieront et les pauvre Québec en profitera par la bande (merci au système de la péréquation CANADIENNE!!!).

BRAVO aux lois CANADIENNES qui font en sorte que les grosses sociétés envisagent maintenant sérieusement de venir s’établir ici et ainsi créer des emplois stables et surtout permanents et à hauts salaires. Obama est en train de faire connaissance avec la courbe de Laffer à ce que je vois.

Cependant, ceci étant dit, je serais très…très surpris que Burger King (ou toute autre société d’importance) vienne s’établir au Québec.

Cette histoire illustre très bien le fait que les USA ont cruellement besoin d’un remaniement fiscal.

Et aussi (parmis bien d’autres choses) le fait qu’Obama est probablement le pire président de l’ère moderne des E-U. Sans aucun doute le plus passif et le plus lâche.

Votre commentaire démontre votre faible connaissance des institutions américaines et de sa géographie. Son nom l’indique les État-Unis sont composés d’états qui, eux aussi, ont des lois fiscales indépendantes de l’administration fédérale. Vous attribuez à Obama toutes les misères américaines, comme si le Congrès américain n’existait pas et était responsable de rien.

Bravo aux investisseurs. Je partage leur enthousiasme pour les possibilités d’expansion et de profitabilité de la nouvelle entreprise.

Loin de créer des emplois au Canada, il est prévisible qu’à moyen terme on coupe des postes pour obtenir des économies d’échelle, e.g. : présentement on a un camion qui livre des marchandises chez Burger King et un autre au Tim Horton’s du même quartier. Dans l’avenir on en aura seulement un pour servir les deux restaurants… un fournisseur de sucre, un fournisseur de café, un fournisseur de graisse, un site web commun, des campagnes publicitaires communes…

Quant aux emplois bien payés, les dirigeants de Burger King demeureront aux USA, où l’impôt des particuliers demeure bien moins élevée qu’au Canada. La nouvelle compagnie sera incorporée au Canada, possiblement un casier postal dans un bureau d’avocat canadien qui représente l’entreprise. Je m’attends plutôt à ce que certains canadiens chez Tim Horton’s déménagent en Floride…

Le fisc canadien imposera les revenus que Burger King génère à l’extérieur des USA, moins les exemptions pour tenir compte des impôts locaux payés par l’entreprise partout dans le monde.

Pour ce qui est d’Obama, il n’est pas le créateur du fouilli qu’est le US Tax Code. On observe le phénomène d’inversion depuis une vingtaine d’années. Mais il a certainement raté une belle occasion de faire une réforme qui s’impose depuis longtemps.

Et surtout, felicitations aux détenteurs du titre de Tim Horton’s.

http://quotes.wsj.com/CA/THI