L’économie du soleil

S’il faut se fier aux admirateurs de Michael Jackson, qui ont inondé tout l’été le site Web du Cirque du Soleil pour réclamer la venue du spectacle Michael Jackson : The Immortal World Tour dans leur coin de planète, la 31e production devra ajouter des villes à son calendrier de tournée !

Chronique Affaires : L’économie du soleil
Photo : Cirque du Soleil

Le Cirque fait plus de 90 % de son chiffre d’affaires à l’étranger, mais une bonne partie de ses dépenses au Québec. En 2010, il a distribué pour 175 millions de dollars de contrats à environ 3 000 entreprises québécoises.

Comme Bombardier, SNC-Lavalin ou CAE, le Cirque du Soleil fait partie de la poignée de grands « donneurs d’ordres », malheureusement bien peu nombreux. Non seulement leurs activités à l’échelle internationale ont des retombées directes pour les PME québécoises, mais elles leur ouvrent des portes sur d’autres marchés et les poussent à être plus innovatrices et concurrentielles.

Stéphane Mongeau, producteur délégué au Cirque, confirme que l’entreprise privilégie les fournisseurs et sous-traitants québécois. « C’est particulièrement important qu’ils soient proches de chez nous physiquement pour combler certains besoins, comme tout ce qui a trait à l’acrobatie : les harnais, les cordages, les treuils, etc. »

Le Cirque ne fait pas de cadeaux aux Québécois, dit Jean-François Lacroix, vice-président directeur et chef des finances de Solotech, de Montréal. L’entre­prise de 450 employés (600 en période de pointe) a travaillé sur de nombreuses productions du Cirque depuis 1984. Elle s’occupe de l’éclai­rage, de la sonorisation et des projections vidéo du spectacle sur Michael Jackson. « Il faut livrer dans les délais, produire de la qua­lité. La concurrence est très forte [à l’étranger] », souligne Jean-François Lacroix. Même si le Cirque est une grosse machine qui a les moyens de ses idées, il n’en reste pas moins que les budgets sont « serrés ».

« Quand on peut faire affaire avec le Cirque du Soleil, on peut faire affaire avec n’importe qui », assure Martin Ouellet. Dans les années 1990, ce dernier a démarré avec sa conjointe la société Scène Éthique, qui conçoit et fabrique des scènes. Elle a notamment réalisé celle en forme de cœur pour la tournée de Céline Dion (1999) et, récemment, la scène mouvante de l’opéra de Wagner Le ring, monté par Robert Lepage pour le Metropolitan Opera, à New York. « Le Cirque est le plus important de nos clients en raison de ses exigences en matière de qualité. Avec lui, nos scènes sont utilisées de manière intensive ; elles doivent supporter des charges énormes, pendant plus de 10 ans par­fois. Ça nous a obligés à faire de la recherche et du développement », explique Martin Ouellet.

Scène Éthique, petite société de 40 employés située à Varennes, a participé à de nombreuses productions du Cirque. « Si le Cirque n’avait pas été là, on serait peut-être un petit atelier de 10-15 personnes qui aurait vivoté », croit Martin Ouellet.

Solotech a de son côté pris de l’expansion aux États-Unis. Elle a ouvert un bureau à Las Vegas afin de fournir le service après-vente pour les nombreuses productions auxquelles elle contribue. Et elle a récemment acquis une entreprise américaine de sonorisation. Le producteur américain Live Nation a apprécié son travail lors de la tournée de Deli­rium dans les arénas et lui a ensuite attribué des contrats pour les tournées de Cher et de Bette Midler. Solotech a aussi assuré une tournée de Britney Spears. « Le Cirque nous a ouvert des portes, mais il faut aussi que l’on soit autonomes », conclut Jean-François Lacroix.

Depuis 1984, le Cirque du Soleil a créé 31 spectacles.

Il compte 5 000 employés, dont 2 000 à Montréal.

Son chiffre d’affaires était de 850 millions de dollars en 2010.