L’économie en 2013 : le passage étroit

L’économie du Québec est à l’image de l’économie mondiale. Chaque année on anticipe le pire, mais on parvient quand même à trouver un étroit corridor qui sauve la mise. Je crois qu’il en sera ainsi cette année encore.

Les économistes s’attendent à une faible croissance, inférieure à celle de l’ensemble du pays. Au moins, on ne parle pas de récession et le marché de l’emploi continue d’étonner. Le ministre des Finances croit avoir la situation budgétaire sous contrôle grâce à une ponction supplémentaire chez les mieux nantis et à un régime minceur dans le secteur public. Ce sera une année pleine d’écueils, mais je n’anticipe pas de dérapages dramatiques.

Les Québécois n’ont pas vraiment diminué leur consommation en 2012, mais leur taux d’épargne est lamentable et l’endettement des ménages est considérable. Tout est sous contrôle parce qu’une large partie de cet endettement (77 %) s’explique par les crédits hypothécaires. Nous nous trouvons néanmoins face à un édifice dont les fondations reposent sur le maintien de la valeur des résidences, les bas taux d’intérêts et la vigueur du marché de l’emploi.

Regardons plus attentivement ces trois piliers de nos finances personnes et de l’économie du Québec.

Des économistes se chamaillent depuis plusieurs années sur l’existence ou non d’une bulle immobilière.

Posez-vous plutôt ces simples questions. Qui achètera votre maison quand vous déciderez de la vendre ? La proportion des personnes âgées entre 45 et 64 ans n’a jamais été aussi élevée que maintenant, ce qui a favorisé le boom immobilier et l’appréciation du prix des résidences. Dans 10 ans, le nombre de personnes âgées entre 45 et 64 ans sera moindre en nombre absolu que maintenant.

Deuxième question bête : ces personnes – moins nombreuses – auront-elles les mêmes revenus que vous aviez quand vous avez acheté votre résidence, compte tenu de l’inflation, des impôts plus élevés et des tendances lourdes de l’économie ? Troisième question : peut-on raisonnablement présumer que les taux d’intérêts resteront aussi bas pendant de nombreuses années ? Bref, les acheteurs potentiels auront-ils les moyens d’acheter au prix que vous aimeriez leur vendre ?

Si vous répondez oui à ces trois questions, vous avez une nature décidément optimiste. À plus court terme, je ne crois pas que l’immobilier nous créera de grands soucis. Je suis néanmoins préoccupé parce que que le présent et l’avenir d’un grand nombre de Québécois dépendent de la performance de ce marché.

Les taux d’intérêts devraient se maintenir au niveau actuel, à moins que le prochain gouverneur de la Banque du Canada décide de serrer la vis. L’économie m’apparaît trop fragile et la conjoncture trop incertaine pour qu’on se remette à jouer avec les taux. Ces taux miracles font le bonheur des emprunteurs, mais le malheur des épargnants. Les premiers ont plus de poids parce que leur décrochage peut malmener l’économie à plus court terme. Ne nous créons toutefois pas d’illusions, car ces taux sont en train de saboter nos retraites.

Le marché de l’emploi reste une autre variable fondamentale. Le Québec affiche un taux de chômage de 7,1 % en décembre 2012, ce qui est tout à fait honorable. Je ne comprends pas comment une économie crée tant d’emplois quand la croissance est si faible, mais les chiffres sont là.

Je ne vous propose pas une explication générale, mais j’ai regardé d’un peu plus près les données dans la région de la Capitale nationale, qui se réjouit d’un faible taux de chômage.

De décembre 2010 à décembre 2012, le taux de chômage y est passé de 5,2 % à 4,5 %, un taux que je qualifierais « d’albertain ». Combien y-a-t-il d’emplois de plus dans cette région depuis deux ans ? Intuitivement, je me disais que le chiffre devrait être appréciable compte de cette baisse substantielle. Et bien non, car on ne compte que 5 800 emplois de plus dans cette région depuis deux ans. Pendant cette période, il n’y a eu que 3000 personnes de plus actives sur le marché du travail. Voilà ce qui a fait baisser le taux de chômage.

Le taux d’activité – les gens qui sont sur le marché du travail ou à la recherche d’un emploi – est plus bas aujourd’hui qu’il y a deux ans à Québec, ainsi que le taux d’emploi – le pourcentage de la population qui a un emploi.

On remarque la même chose au niveau de l’ensemble du Québec : tout est merveilleux à première vue, mais les taux d’activité et d’emploi n’ont pas bougé depuis deux ans. Bravo, car le Québec maintien des emplois et en ajoute un certain nombre. Malheureusement, le pourcentage de gens qui contribuent au marché du travail en proportion de la population des 15 à 64 ans n’augmente pas.

Voilà qui décrit bien l’économie québécoise en 2013 : ce n’est pas la catastrophe, mais ça ne bouge pas vite.

 

 

 

 

13 commentaires
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Bonjour et encore bonne année. – Oui ! Je pense en effet que vous posez des questions pertinentes. Le prix de vente des biens immobiliers et surtout la capacité de payer ces biens pour la clientèle des années et de la décennie à venir est d’autant plus pertinente que la valeur foncière des biens est devenue finalement le seul investissement productif et le seul capital ou bas de laine des québécois.

Hormis quelques constructions exceptionnelles, la qualité de la plupart des objets édifiés est passable et quoiqu’on en dise, leur durée effective de vie est somme toute limitée. Sans compter les changements de mode de vie prévisible des gens.

Ce qui peut laisser place à un certain optimisme, c’est que cette tendance à sur évaluer les biens immobiliers qui pour moi sont des objets comme les autres, est une tendance quasiment mondiale. Aussi, la valeur de ces biens au Québec est relativement raisonnable par comparaison à des biens équivalents ailleurs dans le monde.

On sait encore que le prix de vente des maisons est intrinsèquement lié à son financement. Au Japon notamment, certains crédits peuvent durer 100 ans. On se repasse les crédits de générations en générations. Cela signifie que les personnes dans le futur pourraient continuer d’acheter ces biens malgré le prix de vente élevé, même avec des taux d’intérêts supérieurs, à condition qu’on étende d’autant la période nécessaire à l’amortissement.

Cette tendance a été inversée par le ministre des finances Jim Flaherty ; on pourrait toutefois l’assouplir au besoin.

Un autre aspect est celui du plein emploi et de la régularité du revenu. En réunissant les conditions du plein emploi, surtout lorsque c’est convenablement rémunéré, on favorise les constructions domiciliaires à condition de conserver un prix bas pour les terrains. Cela finalement devrait permettre de maintenir le marché.

Enfin, je pense que les villes et les divers paliers de gouvernements devraient se préoccuper plus de logements sociaux. L’accessibilité universelle favorise aussi la santé du marché immobilier tout en évitant de créer deux classes d’individus dans cette société : Les mal-logés qui ne dépensent pas assez (ou toujours trop pour se loger) et les biens-logés qui risquent de se condamner à vie à ne vivre qu’à dépend du crédit.

Votre analyse sur taux de chômage illustre bien le côté peu fiable de cette statistique. C’est en effet important de se demander pourquoi le taux change (il peut s’agir d’une augmentation de l’emploi mais aussi de la diminution de la population active). Je crains beaucoup une érosion de la valeur dans l’immobilier, beaucoup de projets sont en développement, plusieurs quartiers prennent de l’âge et ne sont plus à la page. La maison de banlieu « ordinaire » a-t-elle un avenir avec le vieillisement de la société?

Bonjour, bon retour et surtout bonne année,

Possible en effet que le Québec trouve encore une fois le « passage étroit » pour maintenir (économiquement) la tête hors de l’eau.

Mais la situation est inquiétante car force est de constater que le principal moteur de croissance de l’économie ces dernières année fut l’endettement des ménages et l’endettement public, et encore cela suffit à peine…

Il est clair que cette fuite en avant devra forcément s’arrêter un jour (le dernier budget du PQ approuvé par Wall street est un indice que ce jour est imminent)

(Certains comme M. Drouginsky suggèrent qu’on pourrait repeser encore sur la pédale du crédit facile par exemple en facilitant davantage les prêts hypothécaires, possible mais ça ne ferait que retarder et exacerber le problème, sans compter que le marché immobilier Canadien deviendrait de plus en plus déséquilibré par rapport au marché américain, ce qui est insensé et mauvais pour l’économie du pays. De toute façon ça pourrait aussi ne pas fonctionner, je ferais remarquer à M. que le Japon est encore loin d’être remis de sa bulle immobilière des années 90!!!)

Bref il n’y a pas de miracle à attendre ici, le seul « passage étroit » possible serait que la course à l’endettement qui stimule la demande intérieure ne s’arrête pas trop brusquement. Pour ma part je ne parierait pas trop fort là dessus, la demande immobilière est déjà en chute libre depuis six mois (vrai aussi ailleurs au pays) et ce n’est qu’une question de temps avant que les prix ne suivent. Lorsque que ça deviendra clair pour tout le monde c’est là qu’on verra si l’avalanche peut être évitée ou pas. Mais même sans une crise violente l’économie alors privée d’un de ses principaux moteurs sera durement touchée. Je prévois une année 2013 difficile, la première d’une série qui pourrait être longue.

Un mot sur les taux d’intérêts, au bout du compte ce sont les marché obligataires qui décident, certes les banques centrales soucieuses de noyer l’endettement calamiteux des états dans l’inflation convergeront pour garder les taux relativement bas, mais les investisseurs et fonds de pension qui perdent de l’argent année après année ont aussi leur mot à dire et les taux finiront inexorablement par remonter. Possiblement pas dès cette année, mais ce n’est qu’une question de temps ce fait indéniable associé au vieillissement laisse présager un « bear market » très long pour l’immobilier Canadien….

Donc, le mois dernier, les emplois créés depuis juillet étaient un leurre et maintenant, ils sont réels mais insuffisants?

Le problème avec l’économie, c’est qu’il y aura toujours quelque chose qui ne tournera pas rond. L’alberta a ses problèmes, la chine a ses problèmes et le Québec aussi. La question qu’il faut se poser est plutôt: « Qui est le mieux placé pour régler nos problèmes? » Est-ce nous en prenant nos propres décisions ou bien des gens de l’extérieur que nous ne choisissons pas à ottawa?

« dans la région de la Capitale nationale ». Vous vouliez dire Ottawa, ou la capitale provinciale? Ne jouez pas le jeu des activistes PQistes qui sèment la confusion, avec leurs « parcs nationaux » à double sens et leurs « capitales nationales » à double sens.

La ville de Québec se « victoriarise ». Comme la capitale de la CB, Québec attire de plus en plus de vieux qui y viennent pour l’incroyable qualité de vie (4e meilleur maire au monde!) et… la proximité des hôpitaux.

@ Monsieur Brasseur (# 3) :

Merci de me mentionner et d’abord bonne et heureuse année.

En pratique je n’ai pas suggéré qu’on augmente encore la marge de crédit des ménages en particulier les cartes de crédit. Comme vous, je pense que les taux d’intérêt vont rester bas pendant encore quelques temps puis qu’ils vont progressivement augmenter au cours des années.

Simplement, je pense qu’il est pratiquement impossible d’avoir simultanément un prix élevé pour les biens immobiliers, des perspectives d’emploi et de stabilité d’emploi encore incertains et des taux d’intérêt élevés.

Jusqu’à voici encore très peu de temps, il était possible de financer l’achat d’un logis sur des termes de 35 voire 40 ans. Désormais, il est réduit à 25 ans. Je suggère simplement que ce temps puisse être modulé dépendamment qu’il s’agit d’un premier achat ou d’une résidence principale et ce pour permettre à des ménages qui peuvent payer mais avec un budget limité, d’accéder à la propriété. On peut aussi envisager des mesures fiscales, dépendamment du revenu ou encore des subventions. Mais je croix, corrigez-moi si je me trompe, que vous n’êtes pas un grand amateur de gestion de programmes sociaux….

Ma suggestion par conséquent me semble plutôt raisonnable.

@hono

On parlait du parc national, entre Québec et Chicoutimi, bien avant la création du PQ

Quant au fond de la question, si on parle de 660 nations autochotones au Canada, on peut tout à fait parler de nation québécoise.

«le pourcentage de gens qui contribuent au marché du travail en proportion de la population des 15 à 64 ans n’augmente pas.»

Les données de l’Enquête sur la population active de Statistique Canada montrent pourtant que le taux d’activité des 15-64 est passé de 77,3 % à 77,7 %. Le taux d’emploi? de 71,1 % à 71,6 %. On peut trouver cette hausse insuffisante, mais cela n’en demeure pas moins une hausse.

«mais les taux d’activité et d’emploi n’ont pas bougé depuis deux ans.»

De fait, ceux de la population adulte totale (15 ans et plus) deux ont très légèrement diminué (de 0,3 et 0,2 point de pourcentage respectivement). Mais, cela n’est que la conséquence du vieillissement de la population, comme le montre la hausse de ces indicateur chez les 15-64, hausse encore plus forte du côté des 25-54 (hausses de 0,7 et 0,8 points). Depuis le temps qu’on nous parle vu vieillissement, il faudrait en tenir compte quand il produit ses effets!

Vous avez tout à fait raison. Je vais davantage tenir compte du groupe des 15 – 64 ans dans mes prochains textes sur le sujet.

«Je vais davantage tenir compte du groupe des 15 – 64 ans dans mes prochains textes sur le sujet.»

Bravo!

Et comme la croissance démographique de ce groupe est la plus forte chez les 55-64 (moins actifs que les plus jeunes) et que l’activité des 15-24 est souvent liée à la fréquentation scolaire (dans ce sens, une hausse de l’activité n’est pas nécessairement une bonne nouvelle), il est toujours bon de compléter l’analyse en jetant un coup d’oeil vers les 25-54, que Statistique Canada appelle «le principal groupe d’âge actif» sur le marché du travail.

ca vient d’un autre journaliste

http://www.lapresse.ca/le-soleil/opinions/chroniqueurs/201301/11/01-4610605-le-renversement-demographique.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=cyberpresse_B22_chroniqueurs_255095_section_POS1

Québec) C’est la meilleure nouvelle économique pour Québec depuis les fusions municipales et la diversification de l’économie locale: la population de la région métropolitaine de Québec augmente, et désormais plus vite que celle de Montréal et de la moyenne du Québec.

Les chiffres restent modestes: 7500 personnes de plus chaque année entre 2006 et 2011. Mais pour la première fois en 15 ans, son taux d’accroissement (6,5 %) dépasse celui de Montréal (5,2 %), du Québec (4,7 %) et même du Canada (5,2 %).

À ce rythme, on devrait atteindre 800 000 en 2016. Loin des projections des années 60, au plus fort du baby-boom.

Mais le choc démographique semble avoir été évité. On ne voit plus de déclin dans un avenir prévisible.

Plus de 7500 bébés sont nés en 2011, un sommet en 10 ans. Il y a plus de femmes dans le groupe d’âge le plus fécond, et le taux de natalité s’est accru.

Québec attire aussi plus de citoyens en provenance du Canada et de l’étranger (4000 par an). Plus aussi des autres régions du Québec, avec un solde de plus de 3000 en 2010-2011.

Québec a longtemps perdu des citoyens au profit de Montréal. (solde négatif de 850 en 2001-2002). L’écart s’est progressivement rétréci, et la tendance vient de s’inverser: un solde positif de 200 pour Québec en 2010-2011.

Des chiffres modestes là aussi, mais qui témoignent de la vitalité de Québec. Et peut-être de la lourdeur des déplacements à Montréal qui pèsent sur la qualité de vie.

Le faible taux de chômage, 5,1 % en décembre, contribue aussi à l’attractivité de Québec.

Contrairement à une perception répandue, la migration régionale n’est pas le fait de retraités de l’est du Québec venus rejoindre leurs enfants ou profiter des hôpitaux et des services du centre-ville.

L’Institut de la statistique du Québec rapporte que les 15-24 ans comptent pour plus de 40 % de ces arrivants, contre 5 % pour les 65 ans et plus.

Sur la Rive-Nord, la proportion de jeunes grimpe à 70 %. Ils sont sans doute attirés par les cégeps et les universités, comme le sont les jeunes de Québec vers Montréal.

Les 15-24 ans sont le seul groupe d’âge où le solde migratoire Québec-Montréal est négatif.

Il y a un lien direct entre démographie et économie, rappelle Joëlle Noreau, économiste principale chez Desjardins.

Une population en hausse, c’est plus de personnes à nourrir, plus de services, de logement, de transport, de construction, de consommation.

En ce début 2013, Québec devrait donc pouvoir se réjouir que sa population augmente.

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@ jack2 (# 12):

Normal, on engage encore plus de fonfons au Québec; donc le Village en porfite!