L’économie en 2015 : les enjeux pour nos gouvernements

Le regain du secteur manufacturier en Ontario et au Québec compensera-t-il les pertes encourues dans les provinces productrices de pétrole ? À plus long terme, quel pourrait être l’effet du recul pétrolier sur le programme de péréquation ?

Photo: Clement Allard/La Presse Canadienne
Photo: Clement Allard/La Presse Canadienne

Blogue EconomieÀ l’instar des événements sur lesquels nous n’avons aucun contrôle et qui relèvent de la géopolitique internationale, il y a ceux sur lesquels nous pouvons agir et sur lesquels Ottawa et Québec peuvent faire une différence.

Le gouvernement québécois soumettra au printemps un premier budget équilibré depuis l’exercice 2008-2009. L’atteinte de cet objectif en 2015-2016 dépend de deux facteurs : une croissance économique de 2,0 % après inflation et une très grande discipline dans les dépenses gouvernementales.

Premier enjeu : le secteur manufacturier profitera-t-il du recul du dollar canadien, et nos exportations connaîtront-elles la hausse prévue par les économistes ? Pour les 10 premiers mois de 2014, le volume cumulatif des exportations québécoises a bondi de 9,6 %, comparativement à la même période en 2013. Ce dynamisme réussira-t-il à atténuer l’effet des mesures de rigueur adoptées ?

Deuxième enjeu : comment allons-nous favoriser le développement économique du Québec ? Après avoir dit non au gaz naturel, récidiverons-nous avec l’uranium ? Donnerons-nous le feu vert au projet d’oléoduc Énergie Est ? Quel rôle entend-on donner au BAPE dans les décisions de développement économique ? Confond-on l’acceptabilité sociale et l’acceptation sociale ? Toutes ces questions seront débattues en 2015.

Troisième enjeu : quelles seront les conclusions du groupe de travail sur la fiscalité, et quel sort le gouvernement leur réservera-t-il ? Parmi les questions qui seront sans doute soulevées par Luc Godbout et son équipe, il y a les suivantes : doit-on taxer de la même manière les revenus du travail (les impôts des particuliers) et ceux du capital (les impôts des entreprises) ? Doit-on et peut-on abolir (ou diminuer) les taxes sur la masse salariale qui nuisent à la compétitivité et à la création d’emplois ? Quel est l’effet réel des crédits d’impôt à la recherche et au développement et ceux accordés à certains secteurs économiques qu’on juge prioritaires ? Doit-on taxer davantage la consommation que la production ? Voilà d’autres belles questions à débattre.

Quatrième enjeu : le gouvernement a mis sa crédibilité en jeu en maintenant le cap sur l’objectif budgétaire déterminé à l’origine par le précédent gouvernement péquiste. Pour l’atteindre, il entend limiter les dépenses salariales, qui comptent pour 60 % des dépenses de l’État. Les négociations avec les syndicats du secteur public seront ardues, car les positions des deux parties sont très éloignées.

Cinquième enjeu : le gouvernement a décidé de réorganiser les deux principaux ministères pour épargner des coûts. Cela fonctionnera-t-il, et des économies seront-elles réalisées ?

La situation m’apparaît plus simple du côté fédéral. L’équilibre budgétaire devrait lui aussi être atteint en 2015-2016, malgré de nouvelles baisses d’impôts déjà en vigueur, ou qui le seront avec la nouvelle année.

Malgré, aussi, la baisse du prix du pétrole, qui pourrait réduire la croissance dans l’ouest du pays. Selon les économistes de la Banque de Montréal, le pétrole est quatre fois plus important à l’économie canadienne qu’il ne l’est à l’économie américaine. Le pétrole est donc au centre de toutes les préoccupations.

Quelles seront les répercussions du fléchissement du prix du pétrole sur l’économie albertaine et celle du Canada dans son ensemble ? Le regain du secteur manufacturier en Ontario et au Québec, grâce au repli du dollar canadien, compensera-t-il et jusqu’à quel niveau les pertes encourues dans les provinces productrices ?

À plus long terme, quel pourraient être les effets du recul pétrolier sur le programme de péréquation ?

La Banque du Canada s’inquiète des conséquences graves sur l’économie canadienne, mais si elle estime que le risque est pour le moment faible. Il s’agit de « l’incapacité des ménages qui sont dans une situation financière difficile à assurer le service de leurs dettes en cas d’une forte baisse de leurs revenus ou d’une hausse abrupte des taux d’intérêt, ce qui pourrait provoquer une correction des prix des maisons ».

2015 sera avant tout une année électorale au Canada. Le gouvernement Harper fera valoir ses mérites, et il a pris soin de tout dépenser la marge de manœuvre financière de l’État, empêchant du coup les deux principaux partis d’opposition de faire trop de promesses en campagne électorale.

L’histoire nous rappelle toutefois que 10 mois constituent une éternité en politique. Un mois avant les élections d’avril 2014 au Québec, le PQ était favorisé par les sondages et détenait plus de 20 points d’avance sur la CAQ.

* * *

À propos de Pierre Duhamel

Journaliste depuis plus de 30 ans, Pierre Duhamel observe de près et commente l’actualité économique depuis 1986. Il a été rédacteur en chef et/ou éditeur de plusieurs publications, dont des magazines (Commerce, Affaires Plus, Montréal Centre-Ville) et des journaux spécialisés (Finance & Investissement, Investment Executive). Conférencier recherché, Pierre Duhamel a aussi commenté l’actualité économique sur les ondes du canal Argent, de LCN et de TVA. On peut le trouver sur Facebook et Twitter : @duhamelp.

10 commentaires
Les commentaires sont fermés.

Je n’aimerais pas commencer l’année par une note polémique, je dois cependant admettre que je ne comprends pas le sens de phrases telles que : « Quel rôle entend-on donner au BAPE dans les décisions de développement économique ? »

Le BAPE n’exerce pas un mandat exécutif, c’est un organisme consultatif. Les décisions en matière de développement économique appartiennent au gouvernement avec les partenaires économiques et à nuls autres pareils.

Au niveau de l’acceptabilité sociale d’un projet versus son acceptation. Le gouvernement du Québec actuel a su montrer jusqu’à présent qu’il ne gouverne pas en fonction d’une quelconque acceptabilité sociale mais qu’il doit prendre des décisions en vertu des contraintes budgétaires.

Si TransCanada s’est pris les pieds dans le plat avec son projet d’oléoduc Énergie Est, c’est essentiellement parce que sa stratégie de communication est malhabile. Pourtant, ce type de compagnies font affaires avec et ont les moyens de se payer les services d’agences de communications. On peut estimer que si TransCanada vient de changer d’agence précisément. C’est parce qu’ils ont enfin pris conscience qu’on ne gagne pas du soutien populaire par le truchement d’approximations qui équivalent à faire de la désinformation.

Et surtout en n’étant pas capable de présenter à tous (population, spécialistes, politiciens, élus municipaux, etc.) un avant-projet suffisamment détaillé pour être réellement instruit des avantages et les inconvénients que comportent tous projets en relation directe avec l’environnement.

Il ne suffit pas de dire : « Avec ce qu’on va faire, on va créer de la richesse et de l’emploi en masse » pour que tout à coup cela soit. Prendre les gens pour des « plats de nouilles »… ce ne sont pas à proprement parler, des ingrédients optimaux pour générer les conditions d’un réveillon festif !

Tout de même, bonne et heureuse année.

« l’incapacité des ménages qui sont dans une situation financière difficile à assurer le service de leurs dettes en cas d’une forte baisse de leurs revenus ou d’une hausse abrupte des taux d’intérêt, ce qui pourrait provoquer une correction des prix des maisons ». (sic)

C’est exactement la même situation pour le gouvernement québécois d’où les décisions difficiles et la rigueur budgétaire vers lesquelles nous poussent nos élites politiques québécoises.

Dieu merci, en ces temps difficiles, ce ne sont pas les péquistes et leurs alliées naturelles, les grosses centrales syndicales avec lesquelles ils entretiennent des « deals » et des relations incestueuses qui nous gouvernent…

Imaginez Jocelyn Dupuis aux commandes du pauvre Québec!!!

François 1, je l’avoue, vos commentaires sont devenus une drogue pour moi.
Peu importe l’objet de l’article, ce que je veux, c’est savoir ce que vous en penser.
Et surtout, le lien que vous ferez entre le sujet et les méchants péquistes ou vos concitoyens Québécois que vous vous plaisez à infantiliser.

Bref, vous n’émettez aucun commentaire sur le sujet de l’article de l’Actualité.

Pourquoi ne pas terminer vos commentaires par : » ce message a été autorisé par le gouvernement libéral du Québec »
ou par: » hors du parti libéral du Québec, point de salut « .

Ou plutôt: « Ce message commandité par le dogme du think tank de droite, L’institut de Désinformation Économique de Montréal libéral. »

Compte tenu du fait indéniable qu’une grosse partie de la croissance économique repose depuis au moins 10 ans sur la croissance effrénée de l’endettement des ménages et du secteur public notre défi est clair : Comment maintenir notre niveau de vie en renouant avec une croissance viable?

Ce défi est d’autant plus redoutable que nous entrons dans la phase la plus négative du phénomène de vieillissement, celle où des milliers de travailleurs expérimentés quitterons le marché du travail sans être remplacés, ce qui affectera fortement la productivité. L’autre obstacle important est constitué par les rapports de forces qui interdisent presque toute réforme significative qui stimulerait la productivité. On le voit encore aujourd’hui alors que le gouvernement coupe et rationne partout mais se garde bien de toucher à aucune des nombreuses « vaches sacrées» .

Bien sûr les aléas géopolitiques pourront empirer ou atténuer les choses, par exemple un $CAN plus faible diminuera notre pouvoir d’achat mais aidera certaines de nos exportations, tout comme la reprise américaine. La baisse du prix du pétrole pourrait nuire fortement à la croissance Canadienne, des grandes entreprises comme les banques seront affectées et la marge de manœuvre du gouvernement fédéral sera amoindrie. Ce qu’il faut comprendre est que la baisse de la devise n’est pas un outil de développement mais plutôt un tampon pour compenser notre incurie et amortir une chute!

À court terme difficile de prévoir ce qui va arriver toutefois les problème de fond demeurent : Nous vivons au-dessus de nos moyens par rapport à notre productivité, donc soit nous devenons plus productif ou bien nous nous appauvrissons. La mauvaise nouvelle, impossible de devenir plus productifs sans d’abord nous appauvrir. À mon avis cela deviendra un peu plus évident en 2015!

« …des grandes entreprises comme les banques seront affectées et la marge de manœuvre du gouvernement fédéral sera amoindrie. »

Les banques canadiennes n’ont jamais fait autant d’argent.

« …aidera certaines de nos exportations, tout comme la reprise américaine. »

La reprise américaine? Peut être à cour terme. On l’attend depuis SIX ans.

Mais:

« 65 % des enfants américains vivent de charité publique »

« Les programmes fédéraux d’aide à l’enfance concernent :

– le « Medicaid », (26,4 millions de participants)
– le “National School Lunch Program”, (35 millions d’enfants concernés)
– le “Temporary Assistance for Needy Families” (TANF), (2,3 millions d’enfants)
– le “Supplemental Nutrition Assistance Program” (SNAP) (17,3 millions d’enfants)
– et le “Special Supplemental Nutrition Program for Women, Infants, and Children” (WIC) ( 6.,4 millions d’enfants). »

87,4 millions d’enfants. Dans dix ans ce sera une grande partie de la population et ce seront des enfants non instruits, dans la misère.

Les USA sont foutus et par le fait même peut être nous aussi.

http://reseauinternational.net/65-des-enfants-americains-vivent-de-charite-publique/

« Premier enjeu : le secteur manufacturier profitera-t-il du recul du dollar canadien, et nos exportations connaîtront-elles la hausse prévue par les économistes ?

Pour les 10 premiers mois de 2014, le volume cumulatif des exportations québécoises a bondi de 9,6 %, comparativement à la même période en 2013. » ( Pierre Duhamel)

Vous faites la preuve que si le Québec était séparé du Canada il ne souffrirait pas du mal hollandais et les exportations bondiraient continuellement.
/////////

« Après avoir dit non au gaz naturel,… »( Pierre Duhamel)

Vous savez très bien que le gaz de shale ne nous rapportera rien. Pas de redevances, rien sur les permis et nous seront responsables des dégâts comme à Lac-Mégantic.
////////

« Donnerons-nous le feu vert au projet d’oléoduc Énergie Est ?”

Encore une fois feu vert ou pas les pipelines nous ne rapporteront rien, absolument, rien si ce n’est que quelques emplois au terminal où tout est automatisé.
////////////

« À plus long terme, quel pourraient être les effets du recul pétrolier sur le programme de péréquation ?”

Pensez vous que le recul pétrolier durera à long terme?
Les experts s’entendent pour un retour à la normale en juillet.
/////////

« l’incapacité des ménages qui sont dans une situation financière difficile à assurer le service de leurs dettes en cas d’une forte baisse de leurs revenus ou d’une hausse abrupte des taux d’intérêt, ce qui pourrait provoquer une correction des prix des maisons ».

Les ménages du Canada sont en majorité et plus que jamais dans une bonne situation financière. Jamais ils n’ont été aussi riches.
/////////

« …il a pris soin de tout dépenser la marge de manœuvre financière de l’État, empêchant du coup les deux principaux partis d’opposition de faire trop de promesses en campagne électorale. »

Tout les gouvernements font ça.

Bref, votre texte ne veut pas dire grand chose.

La tendance se poursuit. Le Canada et le Québec ont perdu des emplois en décembre alors que les USA en ont créé 250,000.

De toute évidence vous déblatérez sans rien connaitre

Je n’ai pas parlé de ça. Je m’adressait à M. Duhamel.

Mais puisque vous en parlez:

Scoop du New York Post il y a un an: Census ‘faked’ 2012 election jobs report

Les chiffres du chômage US sont truqués depuis 2012

http://nypost.com/2013/11/18/census-faked-2012-election-jobs-report/

Le sont-ils encore?

C’est vous qui faites des prévisions qui ne se réalisent pas depuis bientôt 7 ans. De toute évidence vous faites de la projection.

« De toute évidence vous (youlle) déblatérez sans rien connaitre, » (sic)

C’est une observation, qu’écris-je…une constatation que je partage entièrement avec vous.