L’économie Nutella et l’innovation frugale

Décédé il y a quelques jours, l’Italien Michele Ferrero a réussi à bâtir une multinationale à partir d’une idée toute simple, née de la substitution d’un produit cher par un autre bon marché. Sans le savoir, il a peut-être été le pionnier d’une tendance émergente en affaires : l’innovation frugale, explique Pierre Duhamel.

Nutella Shortage Possible As Weather In Turkey Wipes Out 70 Percent Of Hazelnut Crop
Photo : Getty Images

Michele Ferrero, première fortune d’Italie et propriétaire du quatrième confiseur au monde, est décédé samedi. Il est à jamais associé au Nutella, la populaire tartinade au chocolat et aux noisettes, mais il était d’abord un immense entrepreneur et un grand innovateur. Il a peut-être été aussi, sans le savoir, le pionnier d’une tendance émergente en affaires qu’on appelle l’innovation frugale.

Blogue EconomieEn 2013, Ferrero affichait des revenus de 8,1 milliards d’euros. Ses produits sont fabriqués dans 20 usines et vendus dans 160 pays, et l’entreprise compte 21 600 employés. Selon le magazine Forbes, l’homme d’affaires lègue à ses héritiers une fortune de 23,4 milliards de dollars américains.

La grande idée derrière le Nutella appartient à son père. En 1946, au sortir de la Deuxième Guerre mondiale, la fève de cacao est rare et dispendieuse en Italie. Le boulanger Pietro Ferrero, d’Alba, dans le nord de l’Italie, a l’intuition de génie de mélanger le chocolat avec des noisettes, abondantes dans les collines du Piémont. Encore aujourd’hui, un kilo de gianduja, la pâte de noisette et de chocolat à la base du Nutella, est cinq fois moins cher qu’un kilo de chocolat.

Michele Ferrero, qui hérite de l’entreprise alors qu’il n’a que 32 ans, va bâtir une multinationale à partir d’une idée toute simple, née de la substitution d’un produit cher par un autre bon marché.

C’est aussi un travailleur acharné. Pendant cinq ans, il tente de fabriquer une gaufrette à la fameuse pâte chocolat-noisette dans le laboratoire personnel construit dans sa résidence. Ce sera le Rocher, qui compte aujourd’hui pour environ 15 % du marché mondial des pralines, et l’un des produits phares de la marque italienne (avec le Nutella, les œufs Kinder et les bonbons Tic Tac).

Ce qui m’amène à vous parler de l’innovation frugale, un concept mis à jour par Navi Radjou — un consultant d’origine indienne, mais de citoyenneté française, qui travaille dans la Silicon Valley — et Jaideep Prabhu, professeur à l’école de gestion de l’Université de Cambridge, en Angleterre.

Leur livre, Frugal Innovation : How to do more with less, publié ces derniers jours, raconte comment les entreprises découvrent de nouvelles façons plus économes de produire un bien ou un service pour desservir la population des pays émergents, mais aussi celle des pays développés, qui ont vu leurs revenus stagner.

«Il faut créer plus de valeur pour les consommateurs, la société et les actionnaires en réduisant les répercussions sur l’environnement et les coûts financiers», dit Navi Radjou. Dans cette vidéo, Navi Radjou explique en français comment les entrepreneurs réussissent à convertir l’adversité en occasion à saisir.

Dans une présentation en anglais donnée dans le cadre des conférences TED, il énumère plein d’exemples de trouvailles d’ingéniosité qui ont permis la création de produits abordables et de qualité. Ainsi, GE et Siemens ont réussi à fabriquer des appareils médicaux performants pour les pays émergents, mais à 10 % du coût de ceux qui sont vendus pour les pays développés.

L’entrepreneur doit innover. Michele Ferrero et d’autres entrepreneurs nous apprennent que l’innovation consiste aussi à réussir à faire mieux avec moins.

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À propos de Pierre Duhamel

Journaliste depuis plus de 30 ans, Pierre Duhamel observe de près et commente l’actualité économique depuis 1986. Il a été rédacteur en chef ou éditeur de plusieurs publications, dont des magazines (Commerce, Affaires Plus, Montréal Centre-Ville) et des journaux spécialisés (Finance & Investissement, Investment Executive). Conférencier recherché, Pierre Duhamel a aussi commenté l’actualité économique sur les ondes de la chaîne Argent, de LCN et de TVA. On peut le trouver sur Facebook et Twitter : @duhamelp.

3 commentaires
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Il se peut que le Nutella était meilleur à l’origine. Mais aujourd’hui et depuis longtemps, ce produit ne contient que peu de noisettes et de chocolat. Je n’ai pas le produit chez moi, puisque je n’en mange plus mais j’ai déjà vu la composition sur l’étiquette notamment dans l’encadré «Valeur nutritive». On peut y lire que le Nutella est surtout composé de graisse et de sucre et d’une petite, toute petite quantité de noisettes. Un bon beurre d’arachide, notamment bio et sans sucre comme le Compliments (IGA), est bien meilleur pour la santé, puisque 100% arachides.

c’est aussi ce genre d’innovations qui mènent aux 100 000 dérives de l’industrie alimentaire d’aujourd’hui, par exmeple injecter de l’eau dans la viande pour faire + avec -. Donc l’innovation frugale est aujourd’hui très dangereuse et devrait être + contrôlée…