L’embarras du choix !

Une conjonction de facteurs fait que les emplois prometteurs sont plus nombreux que jamais.

Emplois 2012 : l'embarras du choix !
Ill. : C. Lepage

Les urgences des hôpitaux débordent, les ponts et passages supérieurs nous tombent sur la tête, et les changements climatiques menacent de faire disparaître de 25 % à 50 % des espèces qui peuplent la planète. Pour les étudiants qui chauffent les bancs des cégeps et des universités, ce sont là d’excellentes nouvelles ! Car les secteurs de la santé, de la construction et de l’environnement auront besoin de milliers de paires de bras ainsi que de méninges bien aiguisées pour s’attaquer à ces problèmes dans les années qui viennent.

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Votre ado rêve plutôt de devenir directeur de banque, pompier, concepteur Web ou boucher ? Dormez sur vos deux oreilles. Il ne risque pas de chômer bien longtemps.

« Les jeunes auront l’embarras du choix une fois leur diplôme en poche », déclare Louis-Philippe Tessier-Parent, économiste à la Direction de l’analyse et de l’information sur le marché du travail, à Emploi-Québec. « Les perspectives sont favorables dans à peu près tous les domaines. »

Selon les dernières projections de son équipe, 740 000 emplois seront disponibles au Québec d’ici 2014. Le tiers environ, soit 240 000 emplois, seront créés pour répondre à la croissance économique. Les 500 000 autres postes seront laissés vacants par des travailleurs qui accrocheront leurs patins pour partir à la retraite. Un tsunami gris qui fait souffler un vent d’optimisme chez les jeunes. Sur un horizon de cinq ans, les perspectives d’emploi dans quatre professions sur cinq recensées par Emploi-Québec sont jugées « acceptables », « favorables » ou « très favorables ».

La crise de la dette aux États-Unis et dans quelques pays d’Europe, qui fait planer le spectre d’une nouvelle récession, pourrait-elle noircir le tableau ? Louis-Philippe Tessier-Parent ne le croit pas. « Nos projections sur cinq ans résistent généralement bien aux soubresauts de l’économie », dit-il. Bien sûr, il peut y avoir des périodes de turbulence, surtout dans des domaines comme le tourisme, l’aérospatiale ou les mines, qui sont fortement liés au comportement de l’économie. Sur cinq ans, toutefois, on a généralement le temps de redresser le cap.

Les nouvelles ne sont pas seulement bonnes pour les chercheurs d’emplois. Les employeurs y trouveront aussi leur compte. Car Emploi-Québec estime que le nombre de travailleurs qui deviendront disponibles d’ici 2014 répondra quasi parfaitement à la demande. Plus de la moitié des 740 000 postes offerts seront occupés par des étudiants qui décrocheront leur diplôme, 15 % seront pourvus par des immigrants qui poseront leurs pénates au Québec et 7 % iront à des travailleurs actuellement au chômage. La hausse du taux d’activité – qui se manifeste lorsque des personnes qui ne sont pas sur le marché du travail décident de l’investir – devrait faire le reste.

Encore faut-il arrimer les besoins spécifiques des employeurs aux choix de carrière des étudiants. Il ne sert à rien de former des centaines d’opé­rateurs de machines à coudre industrielles, d’ouvriers en exploitation forestière ou de journalistes par les temps qui courent. « L’adéquation entre la formation et les besoins du marché du travail, c’est le grand défi », dit Louis-Philippe Tessier-Parent.

Sans surprise, c’est dans le secteur de la santé et des services sociaux que la demande croîtra le plus vite. Selon Emploi-Québec, 39 000 postes devront être pourvus d’ici 2014… et ce, sans compter le remplacement des travailleurs qui partiront à la retraite. Tous les métiers de la santé recensés par Emploi-Québec présentent des perspectives « favorables » ou « très favorables », à l’exception des assistants dentaires, pour qui les perspectives sont tout de même jugées « acceptables ».

Il faudra évidemment des omnipraticiens, des médecins spécialistes, des pharmaciens et des ambulanciers pour soigner la population vieillissante, mais également une foule de technologistes à l’expertise pointue, que ce soit dans le domaine des analyses de laboratoire, de la radiothérapie, de l’échographie, de l’électroencéphalographie, de la réadaptation physique ou de l’inhalothérapie.

Depuis quelques années, l’Ordre des inhalothérapeutes du Québec multiplie les campagnes de séduction auprès des jeunes. On organise régulièrement des tournées dans les écoles secondaires pour faire connaître ce métier, qui permet aux finissants d’être dans le feu de l’action, à la salle d’urgences ou aux soins intensifs, quand un patient se retrouve en détresse respiratoire. « Notre profession est encore jeune, mais on s’attend à subir les premières vagues de départs à la retraite d’ici quatre ou cinq ans », dit Josée Prud’Homme, directrice générale de l’Ordre. Le vide, estime-t-elle, se fera surtout sentir dans le sous-secteur de l’assistance anesthésique, où travaillent souvent les inhalothérapeutes d’expérience. Heureusement, la campagne de séduction commence à porter ses fruits. Au cours des trois dernières années, trois nouveaux cégeps ont commencé à offrir le programme de formation en inhalothérapie.

Le deuxième secteur qui connaîtra une forte création d’emplois d’ici 2014 sera celui des ser­vices professionnels, scientifiques et techniques, qui regroupe autant les ingénieurs que les avocats ou les concepteurs graphiques. On s’attend à ce que 35 600 nouveaux postes soient ouverts.

À l’intérieur de cette catégorie fourre-tout, les technologies de l’information (TI) représentent l’une des sphères les plus prometteuses. « Après l’éclatement de la bulle Internet, au début des années 2000, on a pensé qu’on avait eu affaire à un pétard mouillé », se souvient Patricia Richard, directrice générale des contenus aux Éditions Jobboom, qui, depuis 14 ans, supervise la réalisation d’une grande enquête annuelle sur les perspectives d’emploi et la production du guide Les carrières d’avenir. « Les jeunes se sont mis à bouder les formations en TI, et aujourd’hui, on se retrouve avec un manque de main-d’œuvre. En fait, l’éclatement de la bulle n’a pas rasé l’industrie. Il a simplement permis de faire un grand ménage et de repartir sur des bases plus solides. »

 

Aux traditionnels programmeurs informatiques, analystes ou concepteurs graphiques viennent désormais se greffer des experts nouveau genre, à savoir les spécialistes des réseaux sociaux, que les grandes entreprises commencent déjà à s’arracher. Ces créatures hybrides qui évoluent entre le monde des relations publiques, du marketing et du Web alimentent les pages Facebook, les comptes Twitter ou les réseaux internes des entreprises. La profession n’existe pas encore dans les banques de données d’Emploi-Québec. « Mieux vaut commencer à s’y intéresser, parce que le créneau est là pour de bon », estime Michelle Blanc, auteure du livre Les médias sociaux 101 (un deuxième, Les médias sociaux 201, paraîtra cet automne). « Pour l’instant, c’est un domaine où beaucoup de monde s’improvise expert. On peut sérieusement nuire à une marque si on prend ces nouveaux outils de communication à la légère. »

Toujours dans le secteur des services professionnels, scientifiques et techniques, Emploi-Québec promet un avenir radieux aux ingénieurs, tout spécialement à ceux qui auront choisi le génie civil, profession qui était pourtant au point mort il y a une quinzaine d’années. Le Plan québécois des infrastructures, qui s’échelonne jusqu’en 2013, prévoit l’injection de milliards de dollars pour retaper les ponts et les routes, les hôpitaux et les écoles. « Les investissements se pour­suivront au-delà de 2013, assure Luc Bourgoin, économiste à l’Association de la construction du Québec. Juste avec le pont Champlain et l’échangeur Turcot, on a de quoi s’occuper pour un bon bout de temps ! » C’est sans compter les mégachantiers du Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM) et du Centre universitaire de santé McGill (CUSM), la construction du complexe énergétique de la Romaine et l’ouverture de nouvelles mines dans le Nord-du-Québec.

Ces grands travaux apporteront de l’eau au moulin des assembleurs de charpentes d’acier, grutiers, mécaniciens de machinerie lourde et autres corps de métiers de la construction. « On prévoit toutefois un ralentissement du côté résidentiel », poursuit Luc Bourgoin. Les charpentiers-menuisiers, briqueteurs, plâtriers, carreleurs et compagnie risquent de trouver les temps plus difficiles.

De nouvelles routes, des ponts et passages supérieurs réaménagés, ça signifie plus de voitures et de gaz à effet de serre. Le domaine de l’environnement devrait connaître de beaux jours. « Les spécialistes de l’efficacité énergétique et des énergies de substitution seront tout particulièrement recherchés », prévoit Dominique Dodier, directrice générale de l’organisme EnviroCompétences. Il peut s’agir autant de conseillers en gestion environnementale que d’ingénieurs ou de techniciens en génie mécanique, électrique ou chimique. Les biologistes, chimistes ou géologues qui s’attaquent aux problèmes environnementaux connaîtront aussi leur lot de possibilités.

Le troisième secteur destiné à connaître une forte croissance, après celui de la santé et celui des services professionnels, scientifiques et techniques, est celui du commerce de détail. Emploi-Québec estime que 28 300 nouveaux emplois y seront créés d’ici 2014. Le secteur de la finance, des assurances, de l’immobilier et de la location arrive en quatrième position, avec 18 000 nouveaux postes.

L’avenir semble si prometteur que Patricia Richard, des Éditions Jobboom, n’hésiterait pas à orienter un jeune vers les sciences sociales ou les arts. « L’industrie du jeu vidéo recrute des titulaires de doctorat en musique ! souligne-t-elle. Mais c’est certain que si on étudie en sociologie, il faut envisager cela comme une for­mation de base qui va mener vers autre chose. »

Elle-même raconte avoir été découragée par un certain palmarès des emplois, publié par le magazine L’actualité lorsqu’elle était adolescente. « On écrivait qu’il ne fallait surtout pas aller en journalisme, dit-elle. C’était mon rêve ! J’ai persisté et décroché mon diplôme à l’UQAM, en pleine crise économique, au début des années 1990. » Le magazine ne s’était pas trompé. La jeune journaliste a trimé dur, mais a réussi à vivre de la pige et a fini par retomber sur ses pieds. « Dans mon temps, on nous conseillait d’user de stratégie pour choisir un métier. Aujourd’hui, les jeunes ont de la chance. Ils peuvent y aller avec leur cœur. »