L’équilibre fragile entre les générations

L’indice d’équité entre les générations démontre que de manière générale, jeunes et aînés n’ont pas été en compétition dans les 35 dernières années… mais ont plutôt travaillé ensemble en vue de bâtir une belle société pour tous.

Photo : Getty Images

En 1976, l’homme moyen de 65 ans pouvait espérer vivre environ 13 ans avec un revenu médian après impôt d’environ 13 000 dollars (en dollars de 2011).

Trente-cinq ans plus tard, l’homme moyen de 65 ans peut espérer vivre 19 ans avec un revenu médian de 21 383 dollars — une belle progression.

Blogue EconomieC’est cette progression qui est illustrée par les données de la version «55 ans et plus» de l’indice d’équité entre les générations (IQEG), que j’ai présentée dans mon billet du 20 mai dernier.

Cet indice des 55 ans et plus, par l’utilisation de 25 sous-indicateurs (dont la liste est incluse dans le billet en question), compare principalement les baby-boomers d’aujourd’hui à leurs parents de la génération surnommée grandiose.

Tableau2_91

En plus de nous démontrer que le niveau de vie des aînés du Québec s’est grandement amélioré dans les 35 dernières années, que nous révèle cet indice ?

D’abord, on voit que ce qui est bon pour Pierre est souvent bon pour Paul. C’est-à-dire que pour la plus grande partie de la période couverte par l’indice, le niveau de vie des jeunes et celui des aînés se sont améliorés ou détériorés en tandem.

Ainsi, de manière générale, ces deux groupes n’ont pas été en compétition, mais ont plutôt travaillé ensemble en vue de bâtir une belle société pour tous.

Il y a tout de même une période assez importante qui fait exception à cette règle, soit celle qui va de 1978 à 1983.

Durant cette période de récession et de haute inflation, la qualité de vie des jeunes s’est substantiellement détériorée, alors que la qualité de vie des aînés s’est améliorée.

On y observe que chez les 25 à 34 ans, le revenu médian après impôt (en dollars constants de 2011) a baissé de 17 %, tandis que celui des 55 ans et plus a augmenté de 18 %. C’est une divergence immense en seulement cinq ans — résultat des décisions gouvernementales qui ont déshabillé Pierre pour habiller Paul.

Cette période de cinq ans nous donne donc une leçon importante : il est possible, pour le gouvernement et la société dans son ensemble, de changer rapidement l’équilibre entre les générations.

Par contre, je dirais qu’en 1978, l’idée de prendre des jeunes pour donner aux aînés était potentiellement bonne.

Pourquoi ? Parce qu’à ce moment-là, les aînés étaient souvent laissés dans des niveaux de pauvreté inacceptables après leur retrait du marché du travail. L’aîné médian avait un revenu de 13 100 dollars, alors que le jeunot médian recevait 27 331 dollars, soit plus que le double !

Tableau 2_9

Aujourd’hui, la situation n’est plus du tout la même. Le ratio du revenu des 55 et plus sur celui des 25 à 34 ans, tel qu’illustré par le graphique ci-dessus, est passé de 47 % en 1978 à 71 % en 2011.

Considérant que le coût de la vie, chez les aînés, est généralement beaucoup plus bas que chez les jeunes, et que les experts leur recommandent généralement de planifier un revenu d’environ 60-70 % de leur revenu de travail en prévision de leur retraite, ce ratio semble être signe d’une belle équité entre ces générations.

D’autres indicateurs formant l’indice indiquent que la balance a même potentiellement déjà commencé à pencher en direction des aînés. Par exemple, le pourcentage des 25 à 34 ans qui connaissent un épisode de dépression majeure à chaque année — estimé à 6,1 % par Statistique Canada — est pour le moins inquiétant. Chez les 55 ans et plus, on parle plutôt de 2,4 %.

En conclusion, donc, le niveau de vie de toutes les générations progresse généralement ensemble, mais cela n’est pas toujours le cas. En période de crise, les décisions du gouvernement peuvent amener un changement rapide de l’équilibre entre les générations.

Considérant qu’on semble trouver en ce moment une certaine équité entre les aînés et les jeunes, les Couillard, Leitao, Coiteux, Godbout et Robillard devront tous réfléchir soigneusement aux répercussions des grandes décisions budgétaires et fiscales qu’ils devront prendre au cours des prochaines années. Pierre Moreau, les maires et les syndicats de la fonction publique devront faire de même pour leurs décisions quant aux fonds de retraite.

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Alexis Gagné est analyste stratégique à la Fondation Chagnon, qui vise à prévenir la pauvreté en misant sur la réussite éducative des enfants du Québec. Les opinions exprimées ici sont purement les siennes.

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