L’équité entre les générations – Des progrès, vraiment ?

L’indice québécois d’équité entre les générations (IQÉG) fournit un portrait assez satisfaisant de la situation des jeunes, et la mise en évidence des 27 indicateurs constitue un de ses principaux intérêts. Mais l’indice laisse une fausse impression de progrès…

Blogue EconomieComme le présente Jonathan Trudel dans son article de L’actualité, deux visions se sont affrontées chez les groupes de «sages» qui ont tenté de définir l’équité pour constituer le nouvel indice sur l’équité entre les générations (IQÉG) :

  1. Le partage entre les générations est équitable si les générations précédentes lèguent une société meilleure aux nouvelles générations ;
  2. L’équité est atteinte si les ressources, les revenus, les emplois et les positions de pouvoir présents actuellement dans la société sont partagés de façon équitable.

La réponse à la première question (à savoir : le partage entre les générations est-il équitable ?) me semble être clairement non. En effet, une multitude d’informations suggèrent que des effondrements sont à l’horizon, tant sur les plans écologique que social, et que le legs est fortement en doute.

L’intérêt de l’indice, qui montre une progression quant à la deuxième vision, se trouve d’autant diminué.

Finalement, l’IQÉG, dans sa première version, est un indice synthétique avec 27 indicateurs qui sont jugés de valeur égale — et dont aucun n’est vraiment capable d’influer sur le résultat global de façon importante.

L’indice fournit un portrait assez intéressant des relations entre les jeunes de 25 à 34 ans et les autres parties de la population pendant la période 1976-2011 : il y a eu une progression positive et constante depuis 20 ans.

Il est probable que l’indicateur le plus frappant de l’ensemble soit celui portant sur le taux de satisfaction générale à l’égard de la vie chez les jeunes (figure 1). Celui-ci transcrit les résultats de l’Enquête sociale générale de Statistique Canada conduite 8 fois pendant la période — des résultats qui montrent un déclin presque constant depuis 1990, et presque une image à l’envers de celle fournie par l’indice lui-même, qui montre une grande inquiétude des jeunes face à leur avenir.

Figure 1

graphique-a

Voilà le défi et le dilemme qui sont associés à ce nouvel indice. Celui-ci fournit un portrait assez satisfaisant de la situation des jeunes en elle-même, et par rapport aux autres couches de la société. Aussi, la mise en évidence des 27 indicateurs constitue un des principaux intérêts de l’indice, qui regroupe et qui met en relation ainsi un ensemble d’enjeux souvent traités de manière isolée.

Mais il laisse une fausse impression de progrès.

Les trois indicateurs de l’indice qui touchent à l’environnement se noient dans l’ensemble [a]. En ce qui a trait à l’économie écologique, par exemple, une telle approche pour tenir compte de ces enjeux est défaillante de toute façon.

Les enjeux pour la civilisation actuelle ne peuvent être conçus comme une sorte d’équilibre entre les facteurs environnementaux, sociaux et économiques, comme on entend souvent lors de discours sur le développement durable. Notre avenir, comme société, se fera en fonction d’écosystèmes en santé et de ressources naturelles offertes en quantités suffisantes pour répondre aux besoins de l’humanité.

L’annexe touchant la soutenabilité de l’apparent progrès porte sur quatre enjeux : le réchauffement climatique et l’épuisement des ressources naturelles ; la dette publique ; les finances publiques à l’avenir ; l’épargne pour la retraite.

Dans le document de présentation, les auteurs de l’IQÉG font référence aux travaux de l’équipe de Luc Godbout, de la Chaire en fiscalité et finances publiques de l’Université de Sherbrooke, pour cerner de sérieux problèmes en ce qui a trait aux finances publiques, et ce, dans un avenir assez rapproché. J’avais déjà analysé ces travaux, soulignant leurs liens avec le modèle économique qui ne tient pas compte des facteurs externes.

En ajoutant le coût de ces facteurs, suivant mes travaux sur l’indice de progrès véritable, l’envergure de ces problèmes sérieux est doublée. L’article dans L’actualité cite Godbout :

Je ne veux pas avoir l’air de tenir des propos apocalyptiques… mais si les gouvernements ne prennent pas des mesures maintenant pour faire face au problème, et qu’ils continuent de gérer à la petite semaine, année après année, pour résorber les déficits, les prochaines générations devront payer plus d’impôts pour obtenir moins de services.

L’ajout fourni par mes calculs, où les coûts des changements climatiques dominent, l’obligerait bien à admettre que les projections concernant l’avenir sont en effet «apocalyptiques».

À cet égard, une autre sorte de graphique peut être lue pour refléter ce qui semble être presque de l’angoisse chez les jeunes. Il s’agit de la pyramide des âges, la distribution de la population par tranche de 5 ans.

Seulement au Québec, pendant la période couverte par l’IQÉG, la population s’est accrue de 27 %, soit 1 669 000 personnes, dont la satisfaction des besoins exige (et exigera) davantage de tout par rapport à la population antérieure.

C’est la situation que ceci suggère — reflet de celle à l’échelle planétaire, qui fournit le contexte pour l’annexe de l’IQÉG sur la soutenabilité, la dépendance des indicateurs eux-mêmes à des phénomènes de fond qui doivent être identifiés séparément pour avoir une idée de la capacité à maintenir les tendances à l’avenir.

Figure 2

Figure 2

[b] 

La figure 2 présente un portrait qui couvre implicitement un ensemble de facteurs fondamentaux dans l’effort de cerner l’équité intergénérationnelle et, surtout, sa soutenabilité.

L’énorme accroissement de la population, partout sur la planète, entre 1946 et 1964 — la génération des baby-boomers — coïncide avec une augmentation correspondante des ressources consommées par ces mêmes populations, tout comme celle des effets de cette consommation et de ces activités économique et sociale sur les écosystèmes de la planète.

L’IQÉG, l’article de L’actualité et les travaux de Godbout et al soulignent le coût de la baisse de natalité dans les générations suivant les baby-boomers, de même que celui du «vieillissement démographique». Ces phénomènes auront des répercussions directes et majeures sur bon nombre des indicateurs du nouvel indice.

La croissance démographique est clé pour la croissance du PIB. Vue en fonction de la question de la soutenabilité non résolue par l’IQÉG, la pyramide des âges dans les sociétés riches comme la nôtre montre la voie en soulignant la nécessaire réduction de la population et de sa consommation de ressources, ainsi que les effets de celle-ci sur les écosystèmes planétaires.

Contrairement à la quasi-unanimité des commentateurs, le phénomène du vieillissement démographique qui marque notre société est probablement celui qui me donne le plus d’espoir pour l’avenir de la société québécoise. Nous savons déjà que le portrait fourni par l’IQÉG n’est pas soutenable — nous sommes bien trop loin pour pouvoir maintenir les tendances tracées par l’IQÉG —, mais au moins, la survie devient plus gérable ainsi.


[a] En fait, les deux indicateurs sur les changements climatiques s’annulent, ce qui fausse leur représentation de l’enjeu. Ce serait le sujet d’un autre article.

[b] Statistique Canada (tableau CANSIM 051-0001) et ISQ (2009)

 

* * *

À propos de l’auteur

Harvey L. Mead œuvre pour l’intégration de l’environnement dans la planification du développement depuis 45 ans, au Québec, au Canada et à l’échelle internationale. Président-fondateur de Nature Québec, il était premier sous-ministre adjoint au Développement durable en 1990-1991 et premier commissaire au Développement durable en 2007-2008, postes qu’il a occupés à des moments charnières comme précurseur. En 2011, il a publié L’indice de progrès véritable du Québec : Quand l’économie dépasse l’écologie, un ouvrage qui démontre les faiblesses du PIB comme indicateur du développement et qui fournit les pistes pour un nouveau paradigme.

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Comment concevoir contrecarrer une idéologie dominante qui consiste à entretenir et à développer une AVIDITÉ croissante chez notre population.? Ce qui permet à une frange d’ultra-riches, de plus en plus restreinte, d’assouvir LEUR propre avidité….

La technique consistant à encourager, chez la classe moyenne supérieur et chez la classe aisée, la croyance de pouvoir accéder à leur CLUB SÉLECT et de pouvoir enfin profiter (tous) des bienfaits d’une consommation débridée !!! (le bonheur, quoi…)

Le HIC…. C’est WARREN BUFFET qui disait: Une guerre de classe est en cours depuis 20 ans… et c’est ma classe qui a gagné !!!

Enfin, la croissance infinie du PIB dans le temps, garante d’un certain » progrès » , devenant une solution pour règler les difficultés provenant d’une consommation croissante de produits de consommations…. par une population dont on souhaite voir la croissance se stabiliser, ou mieux, diminuer carrément….

Est-ce que nous en viendrons à envisager à nouveau les solutions d’un certain Révérend Thomas Robert Malthus : des programmes de contrôle de la population et leurs dérives potentiolles…???

Bel héritage…

Nous voyons aujourd’hui les tristes résultats des politiques gauchistes dans toute leur splendeur et qui ont mené le pauvre Québec à sa ruine.

L’inéquité entre les générations n’est qu’un des nombreuses injustices qu’a engendré cette utopie gauchiste de « redistribution de la richesse ». On a fini par redistribuer la pauvreté!

LA solution? Revenir au bon vieux système capitaliste qui a fait et continue de faire ses preuves partout dans le monde.

Récompenser les efforts et donner la LIBERTÉ au peuple.