L’équité entre les générations – Le pouvoir des femmes

Nous devons faire plus, beaucoup plus, avant d’atteindre l’égalité entre les femmes et les hommes — autant que pour l’égalité entre les générations.

Blogue EconomieAyant suivi avec intérêt les débats des chefs durant la campagne électorale, je suis fière d’avoir vu deux femmes et deux hommes débattre de l’avenir du Québec.

Malgré cette percée des femmes dans la sphère politique, les Québécois viennent néanmoins d’élire une Assemblée nationale plus masculine (et probablement plus âgée et plus blanche, mais je n’ai pas encore de données sur ces critères). Vous auriez voulu une Assemblée représentant plus équitablement les Québécois ? Too bad.

Concentrons-nous quelques instants sur la proportion des femmes élues. 28 % des députés élus sont des femmes, soit exactement la même proportion que nous avions en 2002 — et un peu plus qu’en 2007 —, alors qu’elles représentent un peu plus de 50 % de la population. (À noter : 8 membres du Conseil des ministres sur 26 [31 %] sont des femmes, mais ces 8 ministres géreront moins de 10 % des dépenses de programme du gouvernement du Québec.)

Députés

 

Pourquoi les femmes sont-elles sous-représentées à l’Assemblée nationale ? En tant qu’économiste, j’ai regardé les chiffres et soulevé quelques théories.

Premièrement, si nous nous limitons aux 4 partis principaux, 35 % des candidats aux dernières élections étaient des femmes. Cette proportion tombe à 30 % si nous enlevons Québec solidaire.

Cependant, après avoir compté tous les votes, seulement 28 % des députés élus sont des femmes. Si les gains suivaient la proportionnalité de candidates au sein des partis, ce pourcentage aurait évidemment dû se situer entre 30 % et 35 %. Pourquoi cet écart ?

Est-ce que les partis proposent plus souvent des candidatures féminines dans les circonscriptions où le parti n’est pas le favori ? Ou y a-t-il d’autres facteurs qui expliquent la candidature des femmes dans des circonscriptions difficiles ?

J’ai fait une analyse statistique des candidatures, et le facteur le plus déterminant est ce que je vais appeler le «trailblazer effect» (j’aurais aussi pu choisir le «ghetto effect»).

Il arrive en effet fréquemment que les partis mettent une femme en candidature dans les circonscriptions dans lesquelles des femmes sont déjà élues. Le parti en question est aussi un facteur important et statistiquement significatif.

Je n’ai pas découvert, par ailleurs, l’effet de «femme sacrifiée», c’est-à-dire que les femmes sont autant choisies que les hommes pour représenter les partis dans les circonscriptions concurrentielles. [1]

Revenons maintenant à la question d’équité entre les générations et à l’équité entre hommes et femmes.

L’indice québécois d’équité entre les générations (IQEG) ne permet pas d’examiner en profondeur l’équité entre hommes et femmes et pour moi, une vraie équité entre générations devrait porter plus d’importance à l’équité entre les sexes à travers les générations. Propos féministes ? Absolument.

Ainsi, j’en profite pour mettre ici en relief ces enjeux avec les mêmes données que celles utilisées pour l’IQEG, mais revues sous un angle féministe. Regardons donc trois mesures de d’équité entre les sexes dans le temps.

1) Pouvoir salarial : L’écart salarial femmes-hommes — pour ceux et celles qui travaillent à temps plein — s’est réduit au Québec. (Bravo !)

2) Pouvoir politique : Le partage de représentation à l’Assemblée nationale s’est légèrement amélioré, mais nous sommes loin d’être à parité.

3) Pouvoir corporatif : La composition des conseils d’administration des entreprises publiques au Québec (qui sont choisies dans le Spencer Stuart Board Index) s’est aussi améliorée, mais nous avons encore un bout de chemin à faire. (Ratio simple du nombre de femmes sur les C.A. divisée par le nombre d’hommes sur les C.A.)

Voici ces trois mesures présentées sous forme de graphique (notons qu’une société parfaitement égalitaire serait à 1) :

Pouvoir

 

Félicitations aux Québécois pour le chemin parcouru. Mais nous devrons faire plus, beaucoup plus, avant d’atteindre l’égalité entre les femmes et les hommes, autant que pour l’égalité entre les générations.


[1] Les effets marginaux prédits avec une régression logistique où la variable dépendante (choix de femme-candidate ou homme-candidat) est expliquée par le parti politique, la compétitivité de la circonscription, la présence d’une femme qui siège déjà comme députée, le parti du député(e) existant(e), et la quantité d’autres femmes-candidates dans la circonscription.

 

* * *

À propos de l’auteure

Laura O’Laughlin est économiste principale chez Groupe d’analyse. Elle est l’une des créatrices du premier Indice québécois d’équité entre les générations (IQEG). Toute opinion exprimée dans ce texte ne représente que ses opinions personnelles.

Dans la même catégorie