Les 1 000 dollars de la CAQ et le recyclage libéral

Coupure de taxes suggérée par la CAQ, relance du Plan Nord pour le Parti libéral… «Les deux partis ont lancé de bonnes idées, mais je reste dubitatif», dit Pierre Duhamel.

EconomieLe contraste était saisissant ce matin quand j’écoutais, à la télévision, les conférences de presse simultanées de la CAQ et du Parti libéral, jeudi matin.

J’avais l’impression d’avoir, d’un côté de mon écran, le Parti du resserrement des dépenses publiques et, de l’autre, celui de l’augmentation des recettes grâce à une plus forte croissance économique.

François Legault et le député Christian Dubé s’engagent donc à geler le niveau d’emploi dans l’appareil gouvernemental et les organismes d’État pour équilibrer le budget du Québec dès l’an prochain, tout en abolissant progressivement la taxe scolaire et la taxe santé pour ceux qui gagnent moins de 45 000 dollars.

En agissant ainsi, un gouvernement piloté par la CAQ pourrait d’un seul coup faire le ménage dans la fonction publique et remettre l’équivalent de 1 000 dollars dans les poches des contribuables.

Du côté libéral, Philippe Couillard et son nouveau trio d’experts font le pari de la croissance économique et reprennent un engagement (datant de 2012) de Jean Charest en promettant la création de 250 000 nouveaux emplois.

Tant qu’à recycler, on veut aussi relancer le Plan Nord, rétablir le budget originalement dévolu aux projets d’infrastructures et utiliser les surplus d’électricité pour conserver ou attirer des entreprises. On y va aussi d’une autre recette bien connue — et qui a toujours produit d’excellents résultats — en instaurant un crédit d’impôt à la rénovation domiciliaire.

A priori, j’aime mieux le plan de la CAQ, car on a assurément un meilleur contrôle sur les dépenses que sur les entrées d’argent, qui dépendent finalement de nombreux facteurs.

Le Plan Nord, par exemple, est une merveilleuse idée, mais sa réalisation dépend quand même beaucoup de la demande mondiale pour les métaux et donc, en bout de piste, de l’économie chinoise. Voilà bien une chose sur laquelle le gouvernement québécois n’a aucun effet !

Il faut continuer d’investir dans nos infrastructures, mais il fallait mettre de l’ordre et établir plus nettement les priorités que ne l’avait fait le gouvernement Charest.

C’est à l’équipe libérale de nous expliquer ce qu’elle ferait différemment cette fois-ci et de mieux mesurer les répercussions de ces investissements massifs sur la dette du Québec. C’est bien beau de vouloir générer des emplois, mais nous ne serons pas plus avancés si l’État se trouve encore plus fauché.

Les libéraux doivent maintenant soumettre des chiffres et établir un cadre budgétaire sensé — et meilleur que celui de ses adversaires. D’après moi, ce sera un test décisif pour sa crédibilité économique, indépendamment du respect que m’inspire son équipe.

Du côté de la CAQ, je reste quand même perplexe. On nous promet des gains d’efficience, comme si cela allait de soi. Il aura fallu au moins huit ans pour que l’informatisation du dossier santé se réalise. Nous avons une machine administrative lourde, complexe et syndiquée mur à mur, et où les gains de productivité sont difficiles, surtout avec l’augmentation de la clientèle.

La CAQ pense résoudre le problème en ne remplaçant pas les employés de l’État qui exercent des fonctions administratives et en affectant des ressources là où les services aux citoyens sont offerts.

Vaste chantier que celui-là, et je crains que les gains potentiels se matérialisent plus tard que prévu. La promesse de ces coupures de taxes de 1 000 dollars par contribuable me fait tellement penser à l’engagement du PQ d’abolir la taxe santé il y a 18 mois.

Les deux partis ont lancé de bonnes idées, mais je reste dubitatif.

* * *

À propos de Pierre Duhamel

Journaliste depuis plus de 30 ans, Pierre Duhamel observe de près et commente l’actualité économique depuis 1986. Il a été rédacteur en chef et/ou éditeur de plusieurs publications, dont des magazines (Commerce, Affaires Plus, Montréal Centre-Ville) et des journaux spécialisés (Finance & Investissement, Investment Executive). Conférencier recherché, Pierre Duhamel a aussi commenté l’actualité économique sur les ondes du canal Argent, de LCN et de TVA. On peut le trouver sur Facebook et Twitter : @duhamelp.

 

 

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« Nous avons une machine administrative lourde, complexe et syndiquée mur à mur, et où les gains de productivité sont difficiles, surtout avec l’augmentation de la clientèle. » Monsieur Duhamel veut sans doute dire des gains en efficacité, parce que s’il veut voir une augmentation de la productivité dans la fonction publique, le gouvernement devrait augmenter les salaires. Ce n’est sans doute pas ce qu’il avait en tête.

Personnellement, j’ai toujours estimé que le Plan Nord tel qu’il nous avait été présenté, qu’il était mal ficelé car trop contingent comme vous le précisez à la demande de produits miniers. En revanche, j’ai toujours estimé et ce bien avant que le gouvernement Charest nous arrive avec son Plan, que l’avenir et le développement du Québec se joue au nord du 40ième parallèle. Ce qui signifie en d’autres termes un projet (j’aime mieux le terme de projet à celui de plan) plus ambitieux fondé sur un ensemble de développements incluant la croissance et l’implantation de la population.

À titre d’exemple, la Sibérie pourrait bien, si la tendance se maintient être avant la fin de ce siècle la région la plus peuplée de Russie. Les russes ont compris que de développer un style de vie nordique allait générer de multiples retombées autres que la seule exploitation de leurs ressources. Tout en relevant toutes sortes de défis technologiques.

Si un tel projet était susceptible de voir le jour, à condition qu’il soit cohérent. L’avenir et le développement du Québec pourrait être assuré pour longtemps. Mais pour se faire, cela prend des gens visionnaires et dans le présent au Québec, ils n’existent soit pas ou encore on ne les emploie pas !

Personnellement, je pense qu’l faut en effet investir dans nos infrastructures. Par exemple on nous abreuve d’un SLR (train léger su rail) avec le nouveau Pont Champlain, si ce n’est que cet investissement n’est toujours pas budgété. Il y a effectivement des choix importants à faire en termes d’infrastructures et personnellement j’aime mieux un déficit public contrôlé pour réaliser de bons projets que pas de déficits du tout avec toutes sortes d’équipements mis en veilleuse qui coûteront d’autant plus chers qu’ils sont sans cesse reportés à toujours plus tard.

Quant à moi, je ne pense pas que l’abolition de la contribution de santé soit actuellement une priorité. Dans le meilleur des cas, elle pourrait être rééchelonnée ou réaménagée. De la même façon la taxe scolaire est moins problématique que les frais afférents, tels les frais de garde ou de transports qui sont exigés aux parents et qui peuvent varier drastiquement d’une Commission à l’autre. Quant à la réduction du nombre de fonctionnaires par le truchement de la simple attrition, c’est une vieille astuce, utilisée dans plusieurs municipalités (entre autre) laquelle a rarement apportée les résultats et les bénéfices escomptés.

Mieux vaudrait offrir des incitatifs financiers aux fonctionnaires qui souhaiteraient quitter. Dans une perspective de redéploiement de l’entrepreneurship notamment, ceci peut être une opportunité pour d’ex-fonctionnaires qui seraient séduits par un réel épanouissement dans une seconde carrière.

Avez-vous remarqué? Pas un mot du Parti québécois en économie. Pas un seul!!!

C’est sûr qu’avec leur brochette de candidats comédiens et leur troupeau de travailleurs sociaux que le Parti québécois est plutôt faiblard et médiocre dans ce domaine. Surtout lorsque l’on constate à quel point ce parti socialiste a saccagé notre économie.

Mais comment peut-il en être autrement lorsque l’on n’a que des lologues et des illettrés économiques dans son parti…

Le Québec entre dans une période de déflation ou de quasi-déflation qui va durer des années. Cette déflation sera alimentée par la démographie, faiblesse du secteur privé et par l’inévitable austérité à venir dans les secteurs publics, soit sous forme de taxes ou de coupures de services. Des années de vaches maigres et un appauvrissement généralisé assuré, tous les scénarios sont envisageables, du « slow motion train crash » à la crise sanglante, le tous assaisonné de troubles sociaux variés…

Dans ces conditions TOUTES les promesses de TOUS les politiciens sont à prendre avec suspicion.

Ce qui doit déterminer notre choix à savoir qui sera le plus capable de naviguer dans ces eaux troubles en limitant autant que possible les dégâts et surtout sans empirer la situation.

La CAQ? Certes ils ont raison quand ils sonnent l’alarme mais leur solutions laissent songeur et surtout ils manquent d’expérience pour faire face à ce qui s’en vient. De plus voter pour la CAQ c’est un choix stratégique douteux qui risque de faire passer le pire…

Le PQ? Vous pouvez compter sur eux pour faire passer l’austérité sur le dos des contribuables et des receveurs de services, leurs amis fonctionnaires syndiqués seront généralement épargnés, au pire envoyés en retraite anticipé. Pour le reste le PQ est un épouvantail démographique et économique qui rajoute de l’huile sur le feu! Un gouvernement péquiste à ce stade de notre histoire serait certainement néfaste, voire catastrophique!

Le PLQ? Le moins pire des choix. Certes ils peuvent être corrompus et désespérément passifs mais au moins leur instincts économiques sont moins suicidaire que ceux du PQ et ils ont l’expérience pour gérer dans une période qui s’annonce pour le moins compliquée.

Perte de 26,000 emplois au Québec en février (en plus des 76,000 perdus en janvier!):

http://affaires.lapresse.ca/economie/macro-economie/201403/07/01-4745457-perte-de-26-000-emplois-au-quebec-en-fevrier.php

Extrait:

« Au Québec, le nombre de personnes en emploi a baissé de 26 000 en février, ce qui a entraîné une augmentation de 0,3 point de pourcentage du taux de chômage, celui-ci passant à 7,8 %. Cette baisse de l’emploi succède à une légère tendance à la hausse amorcée en septembre 2013. »

Fin de l’extrait.

BRAVO au plan « Priorité Emploi » du P.Q. de Pauline Marois!!!

Pendant que le taux de chômage demeure stable ou diminue au Canada, il AUGMENTE au Québec!!!

Franchement!!! Je ne peux croire que quelqu’un d’intelligent et de suffisamment informé en vienne à considérer à voter pour ces incompétents…

Québec, RÉVEILLEZ-VOUS!!!

Je n’ai jamais cru la promesse de Marois concernant la taxe-santé, comme je ne croyais pas les baisses d’impôt de 4 milliards « promises » par Charest en 2003. Quatre décennies c’est suffisant, il me semble, pour se rendre compte que les promesses du PQ/PLQ ne veulent rien dire.