Les 13 perles cachées du budget fédéral

Lorsqu’un gouvernement dépense 339 milliards de dollars par année et a besoin de plus de 500 pages pour l’expliquer, il est inévitable que des nouveautés passent sous le radar. Voici donc 13 éléments du budget fédéral 2019 qui n’ont pas retenu l’attention dans les premières heures mais qui valent quand même le détour.

Photo : La Presse canadienne

1

Construire un pont coûte cher, mais le détruire aussi. La société de la couronne Les Ponts Jacques Cartier et Champlain Incorporée a reçu le mandat de déconstruire l’ancien pont Champlain, à Montréal, lorsque le nouveau tronçon sera ouvert à la circulation. Ottawa estime que la facture pour détruire l’ancienne structure s’élèvera à 426 millions de dollars. Marteaux inclus.

2

Il y a parfois des annonces cachées dans un budget, que seuls certains intervenants aux yeux de lynx peuvent décoder. Par exemple, les patrons et employés du Chantier Davie, sur la Rive-Sud de Québec, ont reçu de bonnes nouvelles. Ottawa achètera trois nouveaux traversiers de grande capacité pour les provinces atlantiques — on souhaite notamment remplacer le MV Madeleine qui relie le Québec à l’Île-du-Prince-Édouard. Or, selon mes sources fédérales, seulement trois chantiers maritimes ont la taille et le savoir-faire pour réaliser ces contrats de plusieurs dizaines de millions de dollars chacun : Chantier Davie, Irving à Halifax et Seaspan à Vancouver. Mais les deux derniers roulent actuellement au maximum de leur capacité, très occupés par les contrats militaires du fédéral et ceux de la Garde côtière canadienne. Chantier Davie sera donc en fort bonne posture pour remporter les appels d’offres des trois traversiers.

3

L’abonnement numérique à votre magazine favori vous coûtera moins cher! Ottawa instaure un crédit d’impôt de 15 % à l’achat d’un abonnement numérique à des médias canadiens, sources vitales d’informations en démocratie. Le crédit d’impôt ne pourra dépasser 75 $ par année (il faudrait alors dépenser plus de 500 $ d’abonnement par année pour dépasser ce plafond…) Une bonne raison de plus pour encourager L’actualité, déjà disponible au prix fort abordable de 3,99 $ par mois. (Eh, pourquoi s’en priver!)

4

Le système de paie Phoenix des employés fédéraux est officiellement devenu le plus important dérapage informatique de l’histoire du gouvernement fédéral. Avant, le fiasco rivalisait avec la mise en place du registre fédéral des armes à feu. Plus maintenant. Ottawa injectera 545 millions de dollars dans les cinq prochaines années pour tenter de régler les problèmes de ce nouveau système conçu par IBM et qui n’a jamais bien fonctionné. Une somme qui s’ajoute au milliard de dollars déjà englouti depuis trois ans. Avec une facture finale estimée à 1,5 milliard de dollars — et il ne s’agit que d’une estimation — le dérapage financier de Phoenix dépasse largement celui du défunt registre des armes à feu, qui a coûté 1,045 milliard de dollars à Ottawa, selon le rapport de la vérificatrice générale du Canada.

5

Ottawa offrira un rabais de 5000 $ à l’achat d’un véhicule électrique de moins de 45 000 $ — désolé si vous aviez en tête d’acheter une coûteuse Tesla. Une somme qui s’ajoute à l’incitatif déjà offert par le gouvernement du Québec. Le gouvernement mentionne dans son budget que les voitures propulsées à l’hydrogène sont admissibles à la réduction. Or, il n’en existe aucune à moins de 45 000 $ au Canada… Meilleure chance la prochaine fois.

6

Si vous êtes travailleur autonome ou gestionnaire d’une flotte de véhicules dans une entreprise, le gouvernement a pensé à votre volonté de verdir vos déplacements. À l’acquisition d’un véhicule électrique, 100 % du coût d’achat pourra être considéré comme une dépense admissible dès la première année — jusqu’à une valeur maximale de 55 000 $ par voiture. Pour une PME imposée à 15 %, ça représente environ 8200 $ de réduction d’impôt, soit plus que la déduction de 5000 $ pour les particuliers. Pour une entreprise de grande taille imposée à 26 %, c’est plus de 14 000 $ de rabais par auto. Un incitatif certain à changer tranquillement la composition du parc de véhicules.

7

Le Canada a bien l’intention de se faire voir en grand à l’Exposition universelle de Dubaï, qui aura lieu en 2020. Une somme de 40 millions de dollars sera investie pour vanter les mérites du pays aux visiteurs de cette foire. Avouez que vous ne saviez pas que les expos universelles existaient encore…

Pour ne rien manquer de l’actualité politique, écoutez Esprit politique, un balado animé par Marie-France Bazzo, avec Alec Castonguay, Philippe J. Fournier et Mathieu Charlebois… et un invité différent à chacun des épisodes !

8

La valeur des maisons et condos a monté en flèche au pays depuis une décennie, de sorte que les membres d’un couple qui se séparent ou divorcent ont souvent bien de la difficulté à racheter la part de l’autre dans la propriété ou à s’acheter seuls une nouvelle demeure. Il sera maintenant permis d’utiliser le régime d’accès à la propriété (RAP) en puisant dans ses REER pour y arriver, même si le RAP a déjà été utilisé une première fois dans le passé. Il sera permis de puiser 35 000 $ — et non plus seulement 25 000 $ — dans ses REER pour acheter une nouvelle propriété ou racheter la part de l’autre dans la demeure existante. Peut-être un mal de tête de moins dans une séparation qui n’en manque généralement pas…

9

La Cour fédérale a tapé sur les doigts d’Ottawa l’an dernier, affirmant que dans le dossier du pipeline TransMountain, en Colombie-Britannique, le gouvernement n’avait pas suffisamment consulté les groupes autochtones le long du parcours. Il y a un prix à relancer les consultations, que le budget dévoile : 55 millions de dollars. Salée, la facture.

10

On a beaucoup parlé du Service des poursuites pénales du Canada depuis quelques semaines, dans la foulée de l’affaire SNC-Lavalin et de la sortie de l’ancienne ministre de la Justice, Jody Wilson-Raybould. Le budget leur accorde une somme supplémentaire de 89 millions de dollars pour «remplir leur rôle et leurs responsabilités». Une façon de demander pardon?

11

Le 1 % le plus fortuné au pays a reçu une mauvaise surprise dans le budget fédéral. Ottawa limitera les avantages fiscaux reliés aux options d’achat d’action, dont profitent la plupart des dirigeants des sociétés côtés en Bourse. Au-delà de 200 000 $, il ne sera plus possible de profiter d’une déduction fiscale de 50 % sur le profit réalisé lors de la vente des actions. Ça semble compliqué? Peut-être. Mais c’est de gros dollars qu’il est question ici. En 2017, 2330 personnes gagnant plus de 1 million de dollars ont reçu 1,3 milliard de dollars en déductions liées aux options d’achat d’actions. À terme, le gouvernement pense pouvoir récupérer plus de 500 millions de dollars par année avec ce changement. À noter : les start-up, ces jeunes entreprises en démarrage qui ne paient pas de gros salaires, mais préfèrent donner des actions lors du démarrage de l’entreprise, ne sont pas touchées par cette mesure.

12

Les étudiants-chercheurs et les étudiants au postdoctorat qui reçoivent des subventions de recherche du gouvernement fédéral pourront maintenant prendre un an de congé de maternité ou de paternité, plutôt que six mois. Les Québécois vont dire «il était temps!».

13

Pourquoi ne pas terminer cette liste avec la marijuana? Le cannabis pourra dorénavant être taxé en fonction de sa teneur en THC, le composé psychoactif principal du cannabis, soit la substance qui donne le «buzz» aux consommateurs. Cette refonte ne touchera pas le cannabis frais ou séché, actuellement en vente dans les succursales de la SQDC, mais touchera les produits comestibles (en vente plus tard cette année), les extraits et les huiles. Une flexibilité qui permettra de réduire la taxe d’accise sur les produits faibles en THC, notamment les huiles, et au contraire, augmenter la facture sur les produits plus concentrés en THC. Ajoutez « ici » votre blague favorite de muffin ou de brownies au pot.

 

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10 commentaires
Les commentaires sont fermés.

En ce qui concerne le rabais sur les véhicules électriques, quand peut-on s’attendre à avoir plus de détails (par exemple, est-ce que les hybrides rechargeables seront admissibles comme au Québec)? Et quand le programme sera-t-il en vigueur? En attendant les réponses, cette annonce risque de refroidir les consommateurs qui prévoyaient acheter sous peu cette catégorie de voiture. Dommage que nous n’ayons eu droit qu’à une annonce aussi imprécise…

en ce qui concerne les autos électrique ,es que sa vas être rétroactif pour tout l’année 2019, parce que j’attend la réponse , et les concessionnaire perdre des ventes pour tout les autos , parce que les gens attende pour prendre une décision , es qu’il y as des personnes responsable près de Mr Trudeau pour lui renouveler là mémoire , les élection s’en vienne et sa peut lui aider beaucoup pour remporté la victoire ,tout le Québec pense `l’environnement , quois vienne

Si Ottawa a le moyen de payer 426 millions pour détruire un pont, il a aussi le moyen de payer 559 millions pour sauver le Pont de Québec

D’accord et qui en a profité le plus?? Les trains sans aucun doute mais le CN/CP sont absents lorsqu’il faut mettre des $$

Effectivement! Question impérative; il est prioritaire de réparer et peinturer le pont de Québec qui a un urgent besoin de rénovations que de détruire un vieux pont qui ne servira plus!!! Logique!

Beau travail de synthèse rapide et efficace! Vous êtes une équipe qui trime dur, ça se voit, ça se lit.
Une bonne nouvelle pour nos médias au point 3 et aussi nos concitoyens. N’hésitez pas à placarder cette nouvelle partout. L’information, c’est important pour ne pas devenir imbécile, mais de l’information de qualité (comme vous le faites), c’est important pour ne pas devenir imbécile heureux.

Pourquoi le fédéral fait-il construire des traversiers au Canada alors qu’une compagnie d’état, BC Ferries, les fait construire à l’étranger à bien meilleur prix, à qualité égale ? BC Ferries va généralement en soumissions et elle a déterminé que faire construire des traversiers au Canada coûtait trop cher par rapport à ses besoins. Alors, elle a fait construire des traversiers en Pologne et, si je ne me trompe pas, en Allemagne. Ces traversiers font maintenant partie du réseau des traversiers de BC Ferries (le plus grand au Canada et un des plus grands dans le monde à cause de la situation géographique de la côte ouest où il y a une myriade d’îles et où il faut traverser des fiords où un pont coûterait trop cher) et fonctionnent bien.

Il semble que le prix de la construction de traversiers au Canada soit prohibitif et la même chose s’applique aux navires de la marine canadienne: Un pays scandinave, la Suède je crois, a fait construire des navires militaires modernes et innovateurs à une fraction des coûts que ces navires vont coûter au gouvernement fédéral pour les faire construire au Canada. Pourquoi ces écarts si grands entre les chantiers maritimes du Canada et ceux d’ailleurs? Est-ce que les contribuables canadiens sont d’accords avec cette politique de favoriser les chantiers locaux, quel qu’en soit le prix à payer? Est-ce que les chantiers maritimes canadiens pourraient être plus compétitifs? Dépendent-ils de la générosité des gouvernements pour charger plus cher? Comme on sait que le fédéral n’est pas à l’abri de la corruption (libérale ou conservatrice) est-ce là le facteur qui fait que les enveloppes brunes augmentent les prix de la construction de navires au pays?

A mon avis M.Castonguay, la perle cachée plus plausible que jamais est que le manque de leadership de Justin Trudeau lui a fait perdre l’ effet supposément » WOW! » de son budget emprunter sur notre carte de crédit ! À la veille des élections il devra faire le ménage dans son caucus !