Les 5 pièges des subventions

Les subventions et l’aide publique aux entreprises créent aussi beaucoup de problèmes, et leurs répercussions ne sont pas toujours nettes.

Photo : iStock
Photo : iStock

Le gouvernement du Parti québécois ne compte pas les milliards quand il s’agit de dynamiser l’économie québécoise et de faire du Québec un endroit attrayant pour les investissements. Depuis quelques semaines, les annonces de programmes, de politiques et d’investissements se multiplient, comme si on était en campagne électorale…

La logique est la suivante: l’action musclée du gouvernement va susciter des investissements et créer des emplois. En retour, ces investissements et emplois accroîtront les revenus fiscaux de l’État.

Hélas, cela ne fonctionne pas toujours ainsi. Les subventions et l’aide publique aux entreprises créent aussi beaucoup de problèmes, et leurs répercussions ne sont pas toujours nettes.

1. On attire des entreprises avec du miel

Le Québec n’a pas bonne réputation en Amérique du Nord aux chapitres fiscal et réglementaire. Les impôts personnels sont élevés, et les taxes sur la masse salariale le sont également beaucoup. Dans le secteur des ressources naturelles, le gouvernement souffle le froid depuis son arrivée aux affaires, ce qui s’ajoute à une conjoncture internationale pourrie.

Pour compenser un environnement qu’il rend plus difficile, le gouvernement se fait plus généreux que les autres juridictions. Cela coûterait bien moins cher de rassurer d’emblée les investisseurs et d’alléger l’ensemble de leur fardeau réglementaire et fiscal.

2. Le gouvernement choisit les entreprises et les secteurs qui méritent d’être soutenus

Les différents gouvernements ont choisi d’aider certains secteurs en particulier, jugeant qu’ils étaient plus stratégiques et structurants pour l’économie. Dans la même logique, le gouvernement actuel veut que les entreprises les plus susceptibles de croître rapidement soient identifiées et soutenues de façon particulière.

Les fonctionnaires (ou, même, un comité formé de spécialistes) sont-ils les mieux habilités à choisir ce qui va fonctionner et ce qui ne marchera pas? Même les meilleurs investisseurs se trompent régulièrement quant à l’avenir d’une entreprise.

Je me souviens de ce grand expert qui avait déclaré, il y a 25 ans à la télévision, que cela n’avait aucun sens qu’un «dépanneur» bénéficie des avantages fiscaux accordés aux investisseurs dans le cadre du Régime épargne actions (RÉA). Si cela avait relevé de son bon jugement, une telle monstruosité ne se serait jamais produite. Ce dépanneur indigne de bénéficier du programme gouvernemental affiche aujourd’hui des revenus de 35 milliards de dollars. Vous avez bien reconnu Alimentation Couche-Tard.

3. L’argent donné aux uns provient de celui qui est perçu chez les autres

D’où proviennent les milliards de dollars versés sous formes de crédits d’impôts aux entreprises qu’on décide de chouchouter? Il n’y a qu’un seul endroit: des poches des contribuables et des autres entreprises. Les commerces, par exemple, ont rarement droit aux bontés particulières de l’État. Ces PME, confrontées à une concurrence féroce, doivent casquer davantage pour aider des entreprises souvent plus grandes et mieux établies qu’elles.

Je ne suis pas l’adversaire de toutes les subventions et programmes d’aide, car elles sont quelquefois nécessaires et les retombées des investissements sont réelles. Le Québec fait néanmoins du zèle en matière de subventions, et cela ne se reflète pas dans les calculs du PIB et du PIB par habitant, pas plus que dans les statistiques sur le marché du travail ni celles sur le niveau des revenus.

4. La cannibalisation des emplois

Pauline Marois annonce la venue à Montréal d’une entreprise américaine de jeux vidéos et la création de 200 emplois grâce aux généreux crédits d’impôts accordés par le Québec. Wow ! s’exclame la foule en délire, stupéfaite par l’efficacité de ce programme formidable.

Ce que l’on ne sait pas, c’est que cette entreprise va aller piger quelques dizaines d’employés à plusieurs de ses concurrents déjà actifs à Montréal. Ce grand joueur américain pourrait avoir des contacts privilégiés avec des géants de l’industrie du cinéma et il pourrait enlever des contrats à des entreprises locales déjà bien implantées. Il a aussi les moyens de payer un peu mieux sa main-d’oeuvre. Le Québec applaudit et subventionne grassement le nouveau joueur, mais il se tire aussi dans le pied…

5. Les accros des subventions

Vancouver était la grande rivale de Montréal pour l’industrie des jeux vidéos, jusqu’à ce que le gouvernement de Colombie-Britannique mette fin à ses propres crédits d’impôts. Que se passe-t-il? Les studios quittent le Pacifique pour le Saint-Laurent, me raconte un joueur de l’industrie.

Un jour, il y aura un gouvernement au Québec qui décidera de serrer la vis, à moins que l’état des finances publiques ne conduise à une révision en profondeur des programmes d’aide. Ce jour-là, ces studios qui nous aiment tant migreront vers Los Angeles, Dublin ou Memphis, à la recherche d’un gouvernement qui leur promet ciel et monde. Ils quitteront Montréal, comme ils ont auparavant quitté Paris ou d’autres villes.

Bref, je ne suis pas sûr que tous ces programmes soient si structurants et inscrits dans la durée. J’ai peur que nous entretenions une industrie qui vit sur le bras des deniers publics et qui n’ont aucune fidélité.

Laisser un commentaire

Il n’y a pas de programme miracle. Un environnement social stable et une fiscalité équilibrée sont les meilleurs attraits pour les investisseurs ou entrepreneurs. Leur grande préoccupation est la gestion du risque. Ils (les investisseurs) vont là où le niveau de risque est acceptable, eu égard au rendement désiré. Pour les entrepreneurs « locaux », un bon régime d’épargne-action est une source de capitaux que notre gouvernement devrait remettre en selle.