Les 69 mots tabous chez General Motors

Un document rendu public par les autorités américaines révèle les 69 mots que General Motors ne souhaitait jamais voir inclus dans une note d’entreprise ou un rapport interne.

General Motors a reçu une facture salée de la part des autorités américaines, la semaine passée. Le constructeur automobile, qui a mis plus d’une décennie avant de révéler l’existence d’une défectuosité du commutateur d’allumage dans des millions de véhicules – problème lié au décès d’au moins 13 personnes – devra s’acquitter d’une amende record de 35 millions de dollars.

Comme si cela ne suffisait pas pour GM, cette affaire continue de faire les manchettes par ricochet. La National Highway Traffic Safety Administration, qui a déclassifié des documents dans le cadre de l’entente conclue, a dévoilé au grand jour une présentation datant de 2008, dans laquelle l’entreprise détaille pour ses ingénieurs les étapes du processus de rappel des véhicules et de documentation des défaillances techniques. « Pour chaque chose que vous dites ou faites, demandez-vous comment vous réagiriez si cela était rapporté dans un journal ? » indique la présentation. « Soyez factuel, et pas fantaisiste, dans vos écrits. »

Ironie du sort : le document, maintenant public, mentionne tous les termes que GM ne souhaitait jamais voir inclus dans une note d’entreprise ou un rapport interne. Cette liste permet de relever certaines tendances dans la politique de communication de l’entreprise, qui rejette toutes « spéculations » et  « opinions », ainsi que les « mots avec une connotation émotionnelle ».

À bien regarder les 69 termes qui peuplent la liste de mots tabous, on s’aperçoit que toute notion d’immuabilité est ainsi proscrite, comme le témoigne l’interdiction des mots « toujours » et « jamais ». Pour ne pas inquiéter les clients, certaines expressions inquiétantes ont été écartées. C’est le cas de « catastrophique », « dangereux », « panne », « épouvantable », « horrible », sans oublier le pire de tous, « problème ».

Dans la même lignée, les mots « Cobain », « Hindenburg » et « Titanic » sont soigneusement évités, sûrement à cause du destin funeste auquel ils renvoient.

Plus surprenant : General Motors s’est senti obligé de bannir l’utilisation de termes sombres, morbides, voire carrément glauques, tels que : « apocalyptique », « asphyxiant », « cataclysmique », « catastrophique », « chaotique », « décapitant », « éviscérant », « génocide », « empalant », « lacérant », « mutilant », « potentiellement défigurant », « suffocant » ou encore « suicidaire ». Oubliez également les discussions sur la « combustion spontanée » avec un représentant de GM.

Voici la liste complète (en anglais) :

GM-Tabous

Pour ne pas laisser les employés dans un flou artistique complet, la présentation suggère des expressions qui permettent habilement de tourner autour du pot sans jamais mettre le pied dedans. Ainsi est né le savoureux « n’accomplit pas ce pour quoi il a été conçu », qui remplace le sévère « défectueux ».

Retrouvez l’intégralité de cette présentation sur le blogue Corporate Intelligence.

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On peut bien s’y opposer mais notre société a aussi choisi de bannir certains mots jugés trops explicites afin de les remplacer par d’autres jugés moins offensants.
aveugle par non-voyant;sourd par déficient auditif et bien d’autres…

Ayant un produit GM impliqué dans le dernier rappel, j’ai reçu 3 lettres qui répêtent la même rengaine. J’appelle le concesssionnaire pour me faire répondre « les pièces ne sont pas arrivées ». Quel service lent pour régler un problème potentiellement fatal (13 morts au E.U déjà). Quelle belle idée pour un méga recours collectif. Certainement dernier produit GM à vie pour moi!