Les AAA en voie d’extinction?

L’agence Standard and Poor’s ne retient plus qu’une poignée de compagnies au sommet, ExxonMobil ayant perdu à son tour son AAA le mois dernier.

L’agence Standard and Poor's ne retient plus qu’une poignée de compagnies au sommet, ExxonMobil ayant perdu à son tour son AAA le mois dernier. (Photo: Gene J. Puskar/AP)
L’agence Standard and Poor’s ne retient plus qu’une poignée de compagnies au sommet, ExxonMobil ayant perdu à son tour son AAA le mois dernier. (Photo: Gene J. Puskar/AP)

Le débat entre les A, les B et les C ne se limite pas qu’à la télévision. Dans le monde des affaires aussi, les grandes entreprises se battent pour obtenir leur A — ou plutôt leurs A.

Mais les compagnies cotées AAA, le summum de la cote accordée par les agences de notation, sont une espèce en voie de disparition. L’agence Standard and Poor’s ne retient plus qu’une poignée de compagnies au sommet, ExxonMobil ayant perdu à son tour son AAA le mois dernier.

Aux États-Unis, rapporte le Financial Times, seulement deux entreprises détiennent toujours le Saint-Graal de la notation, soit Johnson & Johnson et Microsoft. Il y a 25 ans, on en comptait… 98! Au Canada, seule Imperial Oil conserve la note parfaite.

La principale raison? La même que celle pour laquelle une banque vous refuserait un prêt: le taux d’endettement. Depuis 2008, les grandes entreprises ont ajouté plus de 4000 milliards de dollars à leur passif pour verser des dividendes plus généreuses à leurs actionnaires, et surtout, pour financer des acquisitions.

L’exemple de la multinationale Bayer, qui tente de mettre la main sur Monsanto pour 62 milliards de dollars américains, en est un exemple patent. Déjà très endettée, Bayer voudrait financer l’acquisition en s’endettant davantage et en émettant de nouvelles actions.


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Rappelons que les agences donnent des notes aux grandes entreprises, mais aussi aux banques et aux États. Bref, à tout ce qui émet des titres de dettes. Ce qu’elles notent, c’est la capacité à rembourser les dettes.

Quand il y a décote, les agences donnent le signal que l’investissement perd de son intérêt. Les sociétés décotées devront souvent emprunter à des taux plus élevés, parce que le risque de défaut de remboursement apparait plus important. Souvenez-vous de Lucien Bouchard, parti plaider devant les agences de crédit à New York pour qu’elles maintiennent la cote du Québec.

Les Standard and Poor’s, Fitch et Moody’s de ce monde restent néanmoins controversés. D’une part, ce sont des entreprises privées, payées pour émettre un avis. Elles pourraient donc avoir des intérêts financiers à maintenir la cote d’un État ou une entreprise qui sont aussi leurs clients.

Par exemple, Standard and Poor’s possède et gère l’indice boursier S&P 500. Elle fait donc des profits sur les transactions boursières, ce qui a souvent alimenté les accusations de conflits d’intérêts.

Mais la plus grande tache au dossier des agences demeure la crise financière de 2008, où elles avaient accordé des AAA à plusieurs nouveaux produits financiers risqués, dont les fameux papiers commerciaux adossés à des actifs, qui ont causé des centaines de milliards de dégâts à travers le monde, dont 40 milliards de dollars à la Caisse de dépôt et placement du Québec.


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Des réformes financières ont été adoptées depuis, qui obligent notamment les agences à évaluer les produits financiers à l’aveugle, sans connaître l’émetteur.

Le rôle politique des agences de notation a aussi été décrié. Pendant la crise européenne en 2011, elles ont été accusées de précipiter des pays comme la Grèce dans le gouffre en émettant des avis très négatifs. Ceux-ci ont pesé sur la valeur des obligations des gouvernements visés, et ainsi, aggravé la crise. L’idée d’une agence de notation publique et indépendante a émergé, mais elle a fait long feu.

Toujours en 2011, en plein débat sur le relèvement du plafond de la dette américaine, Standard and Poor’s avait abaissé la cote des États-Unis, ce qui n’était pas arrivé depuis 1917. Beaucoup y ont vu un geste éminemment politique, parce que les États-Unis sont loin d’être incapables d’assumer leurs obligations.

L’influence de ces agences est-elle toujours aussi grande? On peut en douter. Depuis les nombreuses critiques émises en 2011, les banques centrales ont regagné une certaine indépendance face à leur avis dans le choix de leurs politiques monétaires. 

Et la raréfaction des AAA n’est pas tant le symptôme d’entreprises moins performantes que de critères d’avant-crise. Les taux d’intérêt historiquement bas favorisent l’endettement, tant chez les particuliers que chez les géants mondiaux.

Or, quand les taux recommenceront à augmenter, comme on l’attend de la part de la Réserve fédérale américaine cet été, les grandes entreprises seront-elles toutes rétrogradées dans les bas-fonds du classement des agences, parce que le poids de leur endettement augmentera? Si c’est le cas, le débat sur l’influence des agences de notation reprendra de plus belle.

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Voici enfin un article qui pose bien l’accent sur le rôle des agences de notations et qui établisse la réalité de la « crise de l’endettement » qui n’est pas l’apanage seulement des États et des simples particuliers qui sont étranglés tout en étant littéralement soumis au système en raison précisément de leurs dettes.

Les grandes entreprises, la plupart assurent leur croissance non plus par la croissance de leur chiffre d’affaire à l’interne, l’amélioration de leur productivité, elles préfèrent plutôt le jeu des fusions et autres acquisitions. Tout cela a un prix et le cas de l’offre de Bayer pour Monsanto est encore un de ces exemples extrêmes complètement insensés qui ont en plus a pour effet de détruire la concurrence et les bienfaits de la libre entreprise. — Lorsqu’un petit nombre de joueurs toujours en réduction prennent le contrôle d’un marché, s’instaurant tels de véritables cartels.

Les agences de notations travaillent sur plusieurs paramètres sur des termes différents ; ce sont toutefois les études sur le long terme qui donnent le ton pour assurer une note stable dans le temps. Le fait de perdre un petit a (ou un gros A tout dépendant des agences) ou obtenir un a- à la place d’un a, tout cela affecte peu les taux d’intérêts. Puisque ce ne sont pas les agences de notations qui accordent le crédit.

Un préteur regarde d’abord ses intérêts stratégiques. Ce qui affecte le taux de crédit, ce sont aussi les assurances. Ici encore les taux pratiqués par les assureurs dépendent également des secteurs, des biens et autres garanties dont disposent les entreprises qui empruntent. Tout dépend de ce qui est emprunté et pourquoi ?

La vogue des acquisitions est appréciée des prêteurs car cette simple opération permet de booster automatiquement la valeur des entreprises. Un exemple emblématique de cette vogue est celui Patrick Drahi qui par le biais de sa holding d’investissement Next LP, s’est hissé en un rien de temps parmi les premiers opérateurs mondiaux en services de télécommunication. — Son nom apparait d’ailleurs dans les Panama Papers… mais il va de soi qu’il n’a rien à se reprocher 🙂

Une légère décote ne devrait pas affecter la capacité d’emprunter, ni les taux préférentiels qui sont obtenus par diverses entreprises, c’est le cas d’Exxon Mobil Corporation.

L’usage voulait que les marchés aient la capacité de s’autoréguler, la croissance mondiale de toutes choses ait en théorie la capacité d’absorber toutes les charges notamment en résorbant naturellement l’endettement. Rien n’indique hélas, compte-tenu de l’état des finances mondiales, que cet « âge d’or paradigmatique » ne soit pas définitivement chose du passé. Pour autant qu’il n’ait jamais réellement existé.

Si bien que tôt ou tard, pour relancer la croissance, l’investissement et même les taux d’intérêts, il faudra considérer la possibilité d’effacer toutes sortes de dettes. Après tout une dette, ce n’est jamais qu’une suite de chiffres adossés à un ensemble de formes aux valeurs relatives.

Ainsi seront récompensés ceux qui ont appris comment dépenser sans compter et non les gagnes petits qui tout comme moi n’ont appris rien d’autre que de se contentent de vivre perpétuellement exclusivement selon leurs moyens….