Les adieux de Standard Life et les enjeux pour le Québec

La Caisse serait-elle en train d’aider une société torontoise à priver Montréal d’un siège social d’importance ?

Photo: Jeff J Mitchell/Getty Images
Photo: Jeff J Mitchell/Getty Images

Blogue EconomieAprès 180 ans au Canada, l’assureur-vie écossais Standard Life vend ses activités canadiennes à Manuvie pour 4 milliards de dollars. C’est à la fois une mauvaise et une bonne nouvelle.

C’est une mauvaise nouvelle, car Montréal perd le siège social canadien d’une société étrangère dans un secteur où il y en a peu. Standard Life était toujours restée fidèle au Québec, d’où elle a bâti sa division canadienne, qui compte 2 000 employés. Elle gère un actif de 52 milliards de dollars pour ses 1,4 million de clients et est spécialisée dans les régimes d’épargne collective et les produits d’investissement.

La division canadienne était très rentable, et la maison mère d’Édimbourg savait qu’elle obtiendrait un bon prix en la mettant sur le marché. Elle ne s’est pas trompée.

Certains pourraient sourciller en notant que la Caisse de dépôt et placement du Québec vient d’investir 500 millions de dollars dans Manuvie pour l’aider à financer la transaction. Cela porte à un milliard le placement de la Caisse dans le troisième plus important assureur-vie en Amérique du Nord. Elle en devient le huitième plus gros actionnaire, avec 2,4 % des actions.

La Caisse serait-elle en train d’aider une société torontoise à priver Montréal d’un siège social d’importance ?

Voyons les choses d’un autre point de vue. Pour les Écossais, la décision de vendre était irrévocable. C’est leur entière décision et leur privilège absolu. Par ailleurs, Manuvie aurait certainement pu trouver d’autres capitaux si la Caisse n’y avait pas investi. Pour la Caisse, Manuvie reste un bon investissement, et elle croit ainsi disposer d’un meilleur levier pour assurer la suite des choses. Car la partie reste à jouer pour Montréal et le Québec.

Manuvie veut accroître sa présence au Québec, et sa transaction lui en donne l’occasion. Elle s’engage aussi à conserver à Montréal des emplois de grande qualité, des emplois spécialisés ainsi que des postes de haute direction dans tous ses secteurs d’activité. Elle promet aussi de maintenir la très grande majorité des emplois au Québec, assurant également qu’au total, elle emploiera ici plus de personnes que la Standard Life en employait.

Je me méfie toujours de ces engagements de communiqué de presse. Je note quand même que le mot «synergie» ne s’y trouve pas et que l’on parle plutôt de se servir de l’expertise acquise dans les produits financiers sophistiqués à Montréal pour développer davantage les marchés internationaux. La Caisse de dépôt me semble bien placée, en tout cas, pour rafraîchir la mémoire des dirigeants de Manuvie si l’amnésie les gagnait.

Il était question, l’été dernier, que Standard Life se départisse de son immeuble de la rue Sherbrooke Ouest pour devenir locataire d’un projet immobilier piloté par la division immobilière de la Caisse au 900, boulevard de Maisonneuve Ouest. On parlait alors d’un nouvel immeuble de 28 étages. La nouvelle direction québécoise de Manuvie pourrait-elle éventuellement s’y loger et rendre ce projet possible ? Je spécule, mais je trouve que le renforcement des activités de Manuvie à Montréal crée aussi des occasions d’affaires, et qu’on aurait tort de ne voir que les aspects négatifs.

La partie n’est donc pas jouée pour Montréal.

Pour ceux que cela intéresse, Standard Life fera de Boston son quartier général pour le continent nord-américain et établira à Toronto un bureau pour desservir ses clients institutionnels étrangers.

Manuvie est présente dans 13 pays, dont les États-Unis, la Chine et le Japon, et ses fonds gérés étaient de 600 milliards de dollars en 2013. Montréal perd un allié écossais et gagne un partenaire canadien aux grandes ambitions.

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À propos de Pierre Duhamel

Journaliste depuis plus de 30 ans, Pierre Duhamel observe de près et commente l’actualité économique depuis 1986. Il a été rédacteur en chef et/ou éditeur de plusieurs publications, dont des magazines (Commerce, Affaires Plus, Montréal Centre-Ville) et des journaux spécialisés (Finance & Investissement, Investment Executive). Conférencier recherché, Pierre Duhamel a aussi commenté l’actualité économique sur les ondes du canal Argent, de LCN et de TVA. On peut le trouver sur Facebook et Twitter : @duhamelp.