Les banquiers se réveillent !

En tant que gardiennes de la stabilité économique, et dotées d’une certaine indépendance par rapport au pouvoir politique, les banques centrales considèrent qu’il est de leur devoir de sonner l’alarme, voire de passer à l’action, en matière de lutte aux changements climatiques. 

Photo : Daphné Caron

La Suède a encore frappé ! Après Greta Thunberg et sa pancarte, c’est au tour de respectables banquiers suédois d’insuffler un peu d’espoir dans la lutte contre les changements climatiques. 

La Banque de Suède vient en effet de faire la preuve qu’il se passe quelque chose d’étonnant dans l’univers feutré des banques centrales. Ces institutions de l’ombre, qui fixent les taux d’intérêt et surveillent l’inflation, se sentent une responsabilité de plus en plus grande de s’impliquer pour sauver l’environnement. 

La banque centrale suédoise a annoncé en fin d’année qu’elle avait liquidé son portefeuille d’obligations de l’Alberta. Plus question de financer le pire émetteur de gaz à effet de serre au Canada. Elle a tourné le fer dans la plaie en soulignant qu’elle continuerait d’investir au Québec et dans les autres provinces au bilan carbone plus honorable. 

Les protestations du gouvernement albertain n’ont pas tardé, même si ce coup d’éclat a eu peu d’incidence sur les finances de la province. Celle-ci demeure riche et solvable, et bien d’autres prêteurs sont encore disposés à lui faire crédit. 

Le premier ministre albertain, Jason Kenney, redoute par contre ce que les environnementalistes appellent de tous leurs vœux, et au plus vite : que le geste isolé de la Banque de Suède fasse boule de neige. Très peu d’investisseurs majeurs sont actuellement prêts à renoncer complètement au pétrole, mais le vent pourrait tourner rapidement. 

Pourquoi ces grands banquiers se sentent-ils ainsi concernés ? C’est simple, ils ont la trouille ! L’urgence climatique est indéniable, mais les gouvernements se montrent incapables de prendre les mesures requises pour freiner la folle ascension des émissions de gaz à effet de serre. En tant que gardiennes de la stabilité économique, et dotées d’une certaine indépendance par rapport au pouvoir politique, les banques centrales considèrent qu’il est de leur devoir de sonner l’alarme, voire de passer à l’action.

Il faut remercier le Canadien Mark Carney, ancien gouverneur de la Banque du Canada, pour cette prise de conscience. Il est une star dans son domaine. Il a aidé le Canada à essuyer sans trop de dégâts la crise financière de 2008, avant d’être nommé à la tête de la Banque d’Angleterre, où il tient depuis 2013 la barre de la politique monétaire avec adresse, malgré le chaos provoqué par le Brexit.

Mark Carney a sonné le réveil en 2015, dans un discours prononcé devant la vénérable industrie de l’assurance britannique, en plein cœur de la City de Londres. Son message peut se résumer ainsi : les gouvernements, les entreprises et les investisseurs sont trop myopes pour se rendre compte que les changements climatiques font courir un risque énorme au système financier international. Plutôt que de leur parler d’environnement, il leur a parlé d’argent. Et ça a marché. 

Divers groupes de travail internationaux se sont attelés à la complexe tâche de marier la science économique avec la science du climat pour créer les outils capables d’élargir le champ de vision. Le chantier est loin d’être achevé, mais Mark Carney sait trouver les bons mots pour motiver ses pairs. « La chose la plus importante à faire, dit-il, c’est de déplacer les capitaux de l’endroit où ils sont aujourd’hui à l’endroit où ils doivent être demain. Les entreprises qui ne s’adaptent pas, y compris celles du secteur financier, vont tout simplement faire faillite. »

Mark Carney quittera sous peu la Banque d’Angleterre afin de devenir envoyé spécial des Nations unies pour le financement de l’action climatique. Un poste où, on peut l’espérer, il aura accès aux leaders de la planète, sans le devoir de réserve des gouverneurs des banques centrales. 

On lui souhaite le plus grand succès !

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Si sans surprises les plus grandes capitalisations boursières sont les GAFAM (Google, Amazon, etc.), ce sont encore les compagnies qui œuvrent dans les hydrocarbures qui sont celles qui dégagent parmi les meilleures marges de profits. Les grandes banques parmi les plus rentables (on peut penser à JP Morgan Chase ou Bank of America) continuent-elles d’investir dans ce qui soutient leur rentabilité.

Plusieurs banques chinoises qui sont devenues aussi parmi les plus rentables au monde, investissent-elles encore dans les énergies fossiles, on peut penser à China National Petroleum. Quant-aux grandes banques européennes, elles ne sont pas en reste et l’entrée prochaine en bourse de Saudi Aramco fait baver les investisseurs.

De plus en plus de clients des banques réclament-ils des placements plus éthiques, plus écologiques, brefs : des placements plus verts. Si ce n’est que l’offre reste encore marginale, certains fonds supposés éthiques qui plus est, peuvent contenir dans leur composition des placements qui n’ont rien de vert.

Si bien sûr des actions comme celle Tesla ont vu leur situation s’améliorer significativement en 2019 (très bonne année boursière pour tous), il n’en reste pas moins que l’investissement pour réduire significativement les gaz à effet de serre, tout cela est insuffisant. C’est une des raisons pour laquelle, qu’on le veuille ou pas, les économies mondiales font encore pour la plupart du « sur place » en termes de réductions. La récente COP25 ne fit que mettre l’emphase sur l’incapacité des nations de prendre des engagements et de les tenir.

Un possible rôle des banques centrales dans la lutte aux changements climatiques est effectivement à suivre, après tout, ce sont elles qui injectent les liquidités nécessaires au maintien et au développement des échanges commerciaux. Elles pourraient donc (tout dépendamment de leurs mandats) influer positivement sur une croissance verte, procéder à une sorte de discrimination positive à fin de dispenser en priorité les liquidités vers toutes les initiatives qui font du bien à la planète.

Nous connaissons l’entregent de Mark Carney et nous ne pouvons que souhaiter qu’il mette son expertise pour convaincre les acteurs étatiques et financiers pour faire en sorte que les capitaux se déplacent dans la bonne direction. Mais n’oublions pas que c’est à nous de savoir vers qui nous devons également déplacer et remettre notre argent. Et pourquoi pas d’ailleurs investir directement ?

Après tout, certaines des entreprises parmi les plus en vue n’ont-elles pas commencées dans des demi-sous-sols, des garages ou quelques locaux où l’on entrepose les poubelles ?

Cher Monsieur Drouginsky.

Merci pour ce complément d’information.

Permettez-moi de partager quelques classiques sur l’absurdité d’une économie en croissance dans un monde fini.

« Quiconque croit qu’une croissance exponentielle peut durer toujours dans un monde fini est ou un fou, ou un économiste. » – Kenneth E. Boulding

Les arguments scientifiques imparables du physicien Tom Murphy de l’université de Californie à San Diego. Une bonne traduction française: http://bit.ly/2Zdm00Q Le texte original en anglais: http://bit.ly/37Y3NFB

Scientifiquement vôtre

Claude COULOMBE

« D’abord ils vous ignorent. Ensuite ils vous ridiculisent. Et après, ils vous attaquent et veulent vous brûler. Mais ensuite, ils vous construisent des monuments. » – Nicholas Klein 1919 (parfois faussement attribué à Gandhi)

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