Le dollar : tout et son contraire

Contrairement à la médecine, l’économie n’est pas vraiment une science et l’activité humaine ne se réduit pas à une série de données et d’équations. L’interprétation de ces chiffres n’est jamais tout à fait neutre, dit Pierre Duhamel.

L’économie, c’est un peu comme un patient dans une salle de soins intensifs.

Comme à l’hôpital, tous les signes vitaux sont suivis de près et interprétés. Comme pour le corps humain, il existe des mesures pour toutes les activités, et de savants docteurs se penchent sur le sujet pour chercher à comprendre ce qui se passe — et quels traitements pourraient corriger une situation jugée malsaine ou anormale.

Mais contrairement à la médecine, l’économie n’est pas vraiment une science, et l’activité humaine ne se réduit pas à une série de données et d’équations.

L’interprétation de ces chiffres n’est jamais tout à fait neutre et dépend, au moins en partie, des valeurs et des convictions de l’expert. Il me semble qu’un cardiologue ne s’interroge pas longtemps sur la nature d’une maladie coronarienne, alors qu’un économiste a le choix entre plusieurs bonnes réponses pour expliquer ou justifier un phénomène particulier.

Ces jours-ci, le dollar canadien prend une sacrée débarque sur le marché des devises. Après avoir reculé de 7 % en 2013, il a perdu 2 % depuis le début de l’année. Il pourrait même glisser sous les 92 cents vendredi si les données sur le marché de l’emploi sont inquiétantes.

Cette baisse inquiète certains économistes. Pour eux, un dollar fort est l’équivalent d’une bonne pression sanguine et d’un bas taux de cholestérol. Un dollar à parité avec la devise américaine serait le signe d’une économie qui va bien.

Ils vous diront aussi que les industriels pourront s’équiper à bon prix, que les consommateurs pourront acheter des produits importés à prix raisonnable et que leurs vacances à l’étranger ne les ruineront pas. Bref, que du bon.

Ils vous diront enfin qu’un huard qui perd de l’altitude cache de sérieux problèmes. S’il le huard faiblit, c’est que notre déficit commercial accuse un déficit de 940 millions de dollars en novembre et que le solde commercial est déficitaire depuis 23 mois consécutifs.

Non seulement le Canada ne profite pas de la vigueur retrouvée de l’économie américaine, mais nous subissons de plein fouet les conséquences de notre faible productivité, qui croît deux fois moins que celle de notre puissant voisin.

Pire, cette perte de compétitivité se traduit par de faibles augmentations de salaire et l’érosion du secteur manufacturier.

Résumons : nous sommes moins productifs, ce qui rend nos produits moins compétitifs et plus difficiles à vendre sur les marchés étrangers. La glissade du huard traduit cet état préoccupant.

Pour d’autres économistes, cette baisse du huard est salutaire. Notre dollar était trop haut, ce qui engendrait des conséquences néfastes sur l’économie. Le glissement du huard permettra justement à nos exportateurs d’être plus compétitifs et de vendre plus facilement leurs produits.

Ces économistes prient pour que la Banque du Canada laisse aller les choses, car son intervention se traduirait par une hausse des taux d’intérêt, qui serait dommageable compte tenu du niveau d’endettement des ménages et de l’État.

Ces économistes, habituellement plus interventionnistes, souhaitent que les choses restent comme elles sont là et que le huard trouve son niveau «naturel» qui reflète la force réelle de notre économie.

Nos économistes plus libéraux, au sens économique du terme, se mettent, eux, à rêver à des taux d’intérêt plus élevés qui récompensent les épargnants et à un dollar fort qui rend indispensable une meilleure productivité.

Les deux démarches sont logiques, et vous trouverez des centaines d’études et des milliers d’équations qui défendent les deux positions.

Cela dit, une bonne année à tous. Santé, bonheur et prospérité !

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re-Bonne année M Duhamel!

Notre dollar est effectivement trop haut et une baisse est nécessaire et sera sans doute salutaire, mais ça va prendre des ajustement et du temps…

Pour ma part il y a longtemps que je considère la parité avec le USD comme une abérration (d’ailleurs j’en ai rudement profité pour investir dans des action US…), mais comme les marchés finissent toujours – même après de long détours – par retrouver la raison, la fin de cette ère semble maintenant imminente…

Ca fait longtemps aussi que je dis que la performance économique Canadienne est en partie de la pourdre au yeux, basée notamment sur un feu de paille de comsommation et d’immobilier alimenté par le crédit facile mis en place par le gouvenement fédéral. Non seulement cela cache nos problèmes grandissants de productivité mais en plus cela les exacerbent en détournant nos énergies et du capital qui devrait normallement alimenter des activité plus productive.

La faiblesse des exportations n’est donc pas une surprise, surtout à un moment où les commodités ont du plomb dans l’aile (très mauvais timing pour le Canada…). A mon avis le problèmes ne font que commencer, je ne sais pas si le $CAN descendra aussi bas que dans la année 90 mais je l’imagine facilement à 85 cennes!

La valeur des monnaies repose sur des données assez simples. Sur la loi de l’offre et de la demande. Sur le volume de devises disponibles en un temps donné. Relativement aux autres monnaies.

Si la demande sur une devise est forte, la valeur de la dite monnaie augmente, relativement la monnaie canadienne peut baisser. Pour compenser cette baisse, la Banque du Canada pourrait racheter une partie des liquidités mais cela aura un coût. Elle peut toutefois limiter la quantité de liquidités mises en circulation, mais il y a un risque, celui de réduire le volume des exportations canadiennes faute de devises disponibles, ce que personnes ne veut. De la même façon, on pourrait réduire nos importations ce qui limiterait nos achats de devises étrangères.

La valeur de la monnaie — à moins que ce taux ne soit fixe — ne peut toujours être que relative. Si le dollar américain s’apprécie (augmentation de la demande) et si le dollar canadien ne peut s’apprécier simultanément, il baisse.

Les transactions monétaires sont souvent spéculatives ; les cambistes devancent le mouvement. Ainsi, une augmentation des cours des commodités qui usuellement sont fixées en dollars US permettrait aux financiers qui on fait des provisions de dollars américains (entrainant la baisse relative du dollar canadien) de profiter d’un effet de levier pour se porter acquéreurs des contrats sur les dites commodités à meilleur prix, profitant à la fois de la hausse des produits et simultanément d’un pouvoir d’achat accru sur ces produits.

En d’autres termes, la baisse du huard devrait probablement se stabiliser d’ici peu, puis advenant une hausse de la demande sur les commodités, le dollar continuerait à nouveau de progresser de préférence lentement.

Un dollar canadien plus bas ne peut en rien nuire aux exportations canadiennes. Si dans un monde idéal, il conviendrait de veiller à faire des entreprises canadiennes des entités globalement plus productives et surtout offrant une gamme de produits et services répondant aux besoins réels et non spécifiquement aux tendances ; j’aimerais bien qu’on me dise combien de temps cela prendra dans notre meilleur plus grand pays au monde, pour parvenir à de tels prodiges. Dix ans, vingt ans ou 2500 ans ?

— Une devise plus faible dans ce cas donne des effets quasi-immédiats. Puis, pour revenir aux clichés médicaux. Si un petit cachet d’aspirine fait très bien l’affaire pourquoi s’en aller en chimiothérapie ? L’économie est-elle si malade que ça pour se la retrouver en 2014 aux soins intensifs ? Bin voyons don’….

Le pétrole sale de l’ouest a dopé le huard, causant la maladie hollandaise.
L’industrie manufacturière de l’Ontario et du Québec y ont gouté. On en a mangé une maudite.
Maintenant que la piasse redescend, les manufactures elles ne vont pas revenir.
Pétrole sale. Pétrole maudti

Ne vous leurrez pas, la baisse du $CAN n’est pas une panacée qui va remettre notre économie sur les rails.

C’est une soupape qui absorbera une partie de la déconfiture qui nous attend (long processus de désendettement des ménages…) et cela implique une baisse de notre niveau de vie.

Certes les compagnies exportatrices y trouveront leur compte mais beaucoup de fabricants qui vendent aussi localement devront payer plus cher pour leurs équipements, leur matières premières. J’ai déjà entendu parler de certains producteurs déjà « accotés » (ie: ne peuvent hausser leur prix sous peine de perdre leurs clients) qui devront absorber les hausses de prix des matières sous forme de pertes.

TOUS les canadiens devront payer plus cher leur essence et bien d’autres choses.

En attendant la baisse du $CAN est une indication claire que les investisseurs d’ici et d’ailleurs commencent à réaliser que le Canada représente plus de risques qu’ils ne le croyaient.

Merci pour votre article sur le huard. Cependant, les journalistes francophones n’osent pas aborder le lien entre la finance et la politique. C’est pourquoi, je prends le risque d’ajouter mon commentaire.
Mais dans l’analyse sur la valeur des devises, le premier facteur qui joue dans le marché libre des monnaies est la confiance des cambistes et des investisseurs. Depuis 2013, le climat politique du Québec et du Canada ne crée pas ce climat de confiance. Au Québec, les élus s’acharnent sur des débats délicats: la langue, l’écologie radicale et les valeurs religieuses en évitant d’arrêter les adultes corrompus et de régler les problèmes économiques. Au Fédéral, tous les médias diabolisent le premier ministre en soulevant le problème de quelques sénateurs malhonnêtes et des autochtones facilement manipulables au lieu de parler du libre-échange Canada-UE et des échanges avec l’Asie.
Les visionnaires de la finance commencent à perdre confiance au futur politique du Canada car ils prévoient le départ des Conservateurs et la remontée d’un parti nationaliste qui condamne le système fédéral. Par conséquent, ils vont choisir d’investir dans des pays plus prometteurs.

Si le dollar canadien se nommerait « nad » cet article n’aurait probablement pas écrit.

Toujours cette manie de comparer le $ canadien au $ US et oublier les autres monnaies.

Quand on parle d’achat d’équipement inutile de comparer le $ us. Aux expositions internationales de machineries, les États Unis y sont quasiment abscents. Alors il faut penser comparer les monnaies de Allemagne, l’Italie, Taïwan, le Japon et la Chine…