Les côtés cachés du commerce extérieur

Ce n’est plus la relation entre les États qui prime, mais celle entre les entreprises qui font produire ou achètent dans un autre pays des pièces ou des composantes qui seront peut-être assemblées ailleurs.

Blogue EconomieOn écrit beaucoup sur la mondialisation, mais on se trompe souvent. C’est, du moins, ce que croit l’un de ses meilleurs experts, Richard Baldwin, qui est professeur d’économie internationale à l’Institut de hautes études internationales et du développement de Genève, et professeur invité à l’Université d’Oxford.

Richard Baldwin était l’invité conjoint, jeudi, du congrès de l’Association des économistes québécois (ASDEQ) et de la Société canadienne de sciences économiques. Le congrès de l’ASDEQ porte d’ailleurs sur le Québec et l’économie mondiale.

On pense intuitivement que le commerce international se réduit à une relation entre deux pays qui échangent des biens. La relation est simple et linéaire : nous vendons des autos aux Américains et ils nous achètent des meubles ou du pétrole.

Chaque pays a des avantages comparés dans un secteur ou dans un autre où il devient un champion. La différence entre les ventes et les achats, donc entre les exportations et les importations, détermine si nous avons un déficit commercial ou un solde positif.

Pour Richard Baldwin, c’est là le premier stade du commerce extérieur, mais la réalité est devenue plus complexe. Ce n’est plus la relation entre les États qui prime, mais celle entre les entreprises qui font produire ou qui achètent, dans un autre pays, des pièces ou des composantes qui seront peut-être assemblées ailleurs.

Il n’y a pas que les biens qui voyagent, mais les entreprises et les savoirs. Un gouvernement peut subventionner la recherche et développement (R et D) effectuée sur son territoire, mais l’entreprise peut utiliser le fruit de la R et D dans une installation qu’elle possède dans une autre juridiction.

Nous assistons à ce que le professeur Baldwin appelle la «dénationalisation» des avantages comparés. Pour lui, le véritable avantage comparé, c’est de faire partie d’une chaîne d’approvisionnement mondiale.

Ces chaînes d’approvisionnement sont plutôt localisées, soutient-il, contrairement à une autre perception populaire. Il fait remarquer que tous les producteurs de pièces d’automobiles en Amérique du Nord sont situés à moins d’une journée de route pour être en mesure de desservir rapidement leurs clients.

Richard Baldwin n’est, par ailleurs, pas très optimiste quant au potentiel de croissance du secteur manufacturier au Canada et aux États-Unis. Il faut offrir une technologie de pointe et des bas coûts de main-d’œuvre, dit-il. La technologie ne cause évidemment pas de problème, mais cela se gâte en ce qui a trait aux coûts.

«Les manufacturiers doivent concurrencer la Chine et les autres pays émergents à l’étranger, et les robots dans leur pays. Je vois difficilement comment on pourra créer des emplois dans ce secteur. Il faut arrêter cette fascination que l’on a envers le secteur manufacturier», dit-il.

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À propos de Pierre Duhamel

Journaliste depuis plus de 30 ans, Pierre Duhamel observe de près et commente l’actualité économique depuis 1986. Il a été rédacteur en chef et/ou éditeur de plusieurs publications, dont des magazines (Commerce, Affaires Plus, Montréal Centre-Ville) et des journaux spécialisés (Finance & Investissement, Investment Executive). Conférencier recherché, Pierre Duhamel a aussi commenté l’actualité économique sur les ondes du canal Argent, de LCN et de TVA. On peut le trouver sur Facebook et Twitter : @duhamelp.

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