Les emplois payants qui ont de l’avenir !

Les mises à pied se multiplient au Québec, mais des milliers d’emplois lucratifs attendent toujours d’être pourvus. Lueur d’espoir en temps de crise.

Crédit : Polygone Studio

On n’aurait pas imaginé, il y a 10 ans à peine, que les mineurs se tailleraient une place dans le palmarès des 100 emplois d’avenir les mieux rémunérés. Ils y sont, pourtant. Et en très bonne position. Leur revenu annuel moyen — 72 000 dollars, et jusqu’à 90 000 avec les primes — les place devant les ingénieurs en aérospatiale, les architectes et les policiers ! Tout cela avec un diplôme d’études secondaires, plus huit mois de formation professionnelle.

Sur cette liste des emplois d’avenir les plus payants au Québec, les mineurs constituent, bien sûr, une exception. Les boulots qui exigent au minimum un diplôme d’études collégiales — occupés par les travailleurs qu’on dit « hautement qualifiés » — sont encore les mieux rétribués. « Depuis 40 ans, ces emplois occupent une part sans cesse croissante dans l’ensemble du marché du travail », dit Normand Roy, économiste au ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale du Québec.

Le moment de parler d’emplois payants peut sembler mal choisi. Après tout, pas une semaine ne passe sans qu’on annonce des mises à pied. Bombardier, CAE, QIT-Fer et Titane, Pratt & Whitney, autant de fleurons du Québec inc. qui suppriment des postes par centaines depuis janvier. Et les économistes n’annoncent rien qui puisse redonner espoir aux chômeurs : 75 000 mises à pied prévues au Québec en 2009. Jusqu’à 400 000 au Canada. Aux États-Unis, uniquement en mars, 663 000 travailleurs ont perdu leur gagne-pain.

Mais la reprise viendra. Et avec elle, la chasse aux travailleurs. D’ici 2012, au Québec, 700 000 postes devront être pourvus. Ou presque. Les économistes révisent ces chiffres présentement. La situation économique a beau avoir changé depuis l’an dernier, la démographie, elle, nous place devant la même évidence : les baby-boomers prendront un jour leur retraite. « Pour les jeunes, l’heure n’est pas au découragement, dit Normand Roy, d’Emploi-Québec. On a une ou deux années difficiles devant nous, mais le marché du travail est toujours de plus en plus accueillant. »

Médecine, prévention des incendies, gestion, génie, pilotage, plomberie, soudure… Les jeunes qui veulent faire de l’argent ont l’embarras du choix et les employeurs leur font les yeux doux. En extraction minière seulement, au moins 1 000 nouveaux travailleurs devront être recrutés d’ici cinq ans. « Devant la retraite des baby-boomers, toutes les professions sont en état d’alerte, dit Daniel McMahon, président de l’Ordre des comptables agréés du Québec. On se bat tous pour attirer les jeunes. »

L’Ordre des CA multiplie les campagnes publicitaires depuis cinq ans pour rendre la profession plus sexy. Elles ont porté leurs fruits. Le nombre de jeunes comptables qui se présentent à l’examen d’agrégation est passé de 394 en 2004 à environ 700 cette année. « Nous avons atteint un équilibre, se félicite Daniel McMahon. Mais dès que l’économie prendra du mieux, on retombera en manque de personnel. »

Depuis cinq ans, la pénurie de comptables agréés a entraîné les salaires vers des sommets. Ils gagnent désormais 130 000 dollars par année en moyenne, estime leur ordre professionnel. Une croissance de 20 % à 25 % depuis 2004.

Plusieurs facteurs font grimper les salaires, explique Florent Francœur, président-directeur général de l’Ordre des conseillers en ressources humaines agréés du Québec. La pénurie de travailleurs en est l’un des principaux. « En ce moment, les plombiers peuvent exiger à peu près ce qu’ils veulent », dit-il. À cela s’ajoutent le facteur conjoncturel (« le bogue de l’an 2000 a porté les salaires des informaticiens à la hausse »), les heures supplémentaires (« qui permettent aux policiers et aux pompiers de presque doubler leur revenu ») et la demande de certains types de travailleurs (« les géants de l’aéronautique s’arrachent les ingénieurs »).

Il reste qu’en général le salaire réel des Québécois — calculé en fonction du pouvoir d’achat qu’il procure — diminue depuis 30 ans. « Le libre-échange, la faiblesse de l’économie, la force du dollar américain ont fait que les hausses de salaires obtenues depuis les années 1970 correspondent à la hausse du coût de la vie », dit l’historien Jacques Rouillard, spécialiste de l’histoire du syndicalisme québécois.

Depuis le début des années 2000, ce sont les professions médicales qui ont pris la tête du classement des emplois d’avenir. « Une question de démographie, dit Normand Roy, d’Emploi-Québec. La population vieillissante demande de plus en plus de soins. »

Malgré un salaire de 140 000 dollars — soit 100 000 dollars de plus que ce que gagne en moyenne le travailleur québécois —, la profession d’omnipraticien attire peu. « Idéalement, il faudrait 800 nouveaux omnipraticiens juste pour combler les besoins actuels », dit Louis Godin, président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec.

L’automne dernier, la Fédération a mis sur pied un plan d’action pour convaincre les étudiants en médecine de s’orienter vers cette pratique. Entre autres mesures : augmenter les salaires, question de freiner l’exode des jeunes médecins vers les spécialités et vers les autres provinces canadiennes.

Cela dit, soigner des bobos ne branche pas tout le monde. Si vous tenez tout de même à ce que votre compte en banque soit bien garni, pensez génie, droit, finance, gestion de personnel, actuariat, mécanique ferroviaire. Revenus annuels : plus de 70 000 dollars. Vous n’êtes pas du genre à traîner sur les bancs d’école ? Devenez plombier, soudeur, facteur, croupier, militaire. Salaire moyen d’au moins 40 000 dollars garanti. Mais force est de constater qu’il s’agit d’emplois occupés en majorité par des hommes. Si elles veulent un salaire décent, les femmes doivent étudier plus longtemps. Ou opter pour un métier de gars !

Les anciens modèles d’emploi ont la vie dure, estime l’historien Jacques Rouillard. Certains domaines sont encore réservés aux femmes. Souvent, ce sont des emplois moins bien rémunérés. Coiffeuse, préposée aux bénéficiaires, aide familiale… « Mais les choses changent, dit ce professeur de l’Université de Montréal. On assiste à la mixité homme-femme dans de plus en plus d’emplois. »

Si les diplômes d’études professionnelles sont surtout l’affaire des hommes, les salles de cours des universités sont de plus en plus occupées par les femmes. Elles comptent pour les deux tiers des étudiants en médecine et en génie. « Il faudra un jour songer à une façon de ramener les hommes dans ces facultés », dit Florent Francœur, de l’Ordre des conseillers en ressources humaines agréés. Et côté salaire, les médecins sont gâtés.

Accorder trop d’importance au salaire est une erreur, prévient Isabelle Michaud, conseillère en orientation et psychothérapeute de Québec. « Il faut d’autres motivations que l’argent pour se lever chaque matin et aller travailler. »

Laurent Craste, 40 ans, peut en témoi gner. Après ses études en médecine vétérinaire à Paris — entreprises notamment en raison du salaire de plus de 100 000 euros que cela lui assurait —, il a tout laissé tomber pour devenir … céramiste. « Je ne pouvais pas m’imaginer vacciner des animaux toute ma vie, dit-il. Mon travail de création m’apporte une grande satisfaction intellectuelle. » Son salaire ? Vingt mille dollars. « Et pas le moindre regret ! »

La rémunération demeure tout de même un élément central du recrutement et de la fidélisation des employés, estime Florent Francœur. « En tant qu’employeur, si vous offrez un salaire en dessous de ceux qu’offrent vos concurrents, bonne chance pour recruter. »

Le salaire convaincra peut-être un employé d’aller travailler chez un concurrent. Il n’aurait cependant aucune influence sur les jeunes au moment de choisir leur carrière. « Je ne connais personne qui devient médecin parce qu’il veut gagner 300 000 dollars par année, conclut Florent Francœur. On choisit un métier d’abord parce qu’il nous passionne. »