Les employés de l’État sont-ils sous-payés ?

Depuis 2003, la rémunération globale a progressé plus rapidement dans le secteur public provincial que dans le reste de l’économie.

Photo : Clément Allard / PC

Au Québec, le secteur public provincial compte 550 000 salariés. Ils travaillent dans la fonction publique, l’enseignement, la santé et les services sociaux. Les conventions collectives liant leurs syndicats à l’État québécois sont renouvelées périodi­quement à la suite de négo­cia­tions souvent ardues. En décembre 2005, les derniers pourparlers ont abouti à une impasse, et l’Assemblée nationale a imposé de nouvelles conventions collectives jus­qu’en mars 2010 (loi 43). Une nouvelle série de négociations va donc commencer dans les mois qui viennent.

Les négociations du secteur public provincial ne sont pas un pur divertissement. Elles ont une portée économique et sociale considérable, parce qu’au Québec un travailleur sur six est un employé de l’État québécois. Des salaires publics qui augmentent rapidement ont un effet d’entraînement sur les salaires dans le reste de l’économie. Si la poussée est trop forte, le coût élevé de la main-d’œuvre décourage l’embauche et fait augmenter le chômage. On a connu ce phénomène pendant les années 1975 à 1982. À l’époque, l’explosion des salaires publics a eu exactement ce résultat. Le taux de chômage du Québec a grimpé à plus de quatre points au-dessus de celui de l’Ontario et les finances publiques ont dérapé. Le Qué­bec a ensuite mis 15 ans à s’en sortir. Par contre, des salaires publics qui ne suivent pas les salaires dans le reste de l’économie sont également à éviter, parce qu’ils engendrent l’injustice et la frustration.

Quelle allure prendront les négociations de 2010 ? Bien des employés du secteur public sont insatisfaits, principalement pour deux raisons. Pre­miè­re­ment, ils jugent insuffisantes les augmentations de salaire que la loi 43 leur a imposées. C’est surtout le cas pour les hommes, la plupart d’entre eux n’ayant pas eu droit aux rajustements au titre de l’équité salariale. Ceux dont les salaires étaient plafonnés parce qu’ils étaient au sommet de leur échelon sala­rial n’ont obtenu qu’une augmen­tation cumulative de 8 % pour les six années allant de 2004 à 2009, alors que l’inflation a été de 10 %. Deuxiè­me­ment, les com­paraisons entre secteurs effectuées par l’Institut de la sta­tistique du Québec (ISQ) pour l’année 2008 ajoutent à l’insatisfaction. Selon l’ISQ, la rémunération globale des employés du secteur public provincial (avantages sociaux inclus) serait en avance de 12 % par rapport à celle du secteur privé non syndiqué, mais en retard de 12 % ou plus par rapport à celle des employés du secteur privé syndiqué et de l’administration fédérale.

Il faut prendre acte de la frustration de ces employés, mais regarder aussi l’autre côté de la médaille. D’une part, les données officielles démontrent que, depuis 2003, la rémunération globale par employé a augmenté plus rapidement dans le secteur public provincial que dans le reste de l’économie du Québec. La hausse cumulative a été de 17 % en moyenne pour les employés de l’État québécois et de 12 % pour les autres salariés. Il est compréhensible que les employés masculins du secteur public provincial ne soient pas heureux d’avoir obtenu des hausses de rémunération inférieures à la moyenne. Mais il faut aussi comprendre que, cette fois-ci, c’était au tour des femmes.

D’autre part, les comparaisons salariales de l’ISQ sont critiquables. Ce n’est pas sa compétence scientifique qui est ici en doute. C’est plutôt que son enquête sur la rémunération globale n’est applicable qu’à 20 % des emplois du secteur public provincial. Elle ne couvre, par exemple, ni les enseignants ni les infirmières, qui forment les deux corps professionnels les plus importants du secteur public. De plus, le concept de rémunération globale utilisé par l’ISQ n’accorde aucune valeur à la sécurité d’emploi. À peine une minorité des salariés du secteur privé syndiqué en bénéficient, alors que la majorité des employés du secteur public provincial n’ont pas de souci de ce côté. La portée des comparaisons salariales de l’ISQ a des limites.

Il est impératif que les employés de l’État soient traités avec équité et respect. Mais il n’est pas du tout évident qu’un rattrapage salarial généralisé s’impose dans la nouvelle série de négociations qui doit bientôt commencer pour le secteur public provincial.

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Rémunération annuelle globale par employé au Québec en 2003 et en 2008

                                  2003               2008            Augmentation

Secteur public           41 864 $       49 007 $                17 %
provincial

Reste de                 40 549 $        45 491 $                 12 %
l’économie

(Sources : calculs basés sur les données de Statistique Canada et du Conseil du Trésor.)

 

 

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