Élections : les enjeux réels et ceux qui le sont encore plus

Au-delà des enjeux et des thèmes dominants de toute campagne électorale, il y a un autre niveau de lecture qui, selon l’avis de Pierre Duhamel, est le plus important : celui où les partis jouent la carte de l’émotion.

PolitiqueSi on demande aux électeurs quels sont les principaux enjeux de la campagne électorale, ils mentionneront l’emploi, la saine gestion des dépenses publiques, la fiscalité, le développement régional, l’énergie, l’économie de façon générale, l’environnement, la santé, l’éducation, la justice sociale et toutes ces choses essentielles pour la vie en société. Voilà les priorités ou les «vraies affaires».

Au-delà des engagements spécifiques, il y a aussi les thèmes dominants de chaque campagne.

La CAQ se veut la championne des contribuables surtaxés et qui n’en n’auraient pas pour leur argent. Québec solidaire met plutôt le citoyen au premier rang et veut encore plus de services publics. Le PLQ parle surtout de développement économique pour relancer le Québec. La campagne du PQ touche plusieurs dimensions (trop ?), mais il me semble que le thème de l’intégrité s’impose depuis la remontée des libéraux.

Il y a enfin un troisième niveau de lecture, qui est à mon avis le plus important. Ici, les partis jouent la carte de l’émotion.

Au-delà des programmes et des engagements spécifiques, il y a un terrain propice pour la mobilisation et la conversion des électeurs. C’est là qu’on parle de souveraineté ou de la peur de la souveraineté, de référendum ou de l’absence de référendum, de la Charte ou des amendements qu’il faudrait y faire, de l’élargissement de la loi 101 ou du statu quo linguistique, du plus ou du moins d’État, de l’éthique ou de son absence.

Je ne ne crois pas qu’un propriétaire de PME va opter pour un parti politique ou pour un autre sur la seule base des différences de programmes sur l’entrepreneuriat.

On n’hésite pas entre la CAQ et le PLQ sur la base de leurs politiques maritimes respectives, et encore moins parce qu’un parti a imprimé son programme avant l’autre.

Les programmes des différents partis ne sont pas si différents en matière économique. Le PQ m’apparaît plus interventionniste, mais les libéraux l’ont été passablement, et François Legault utiliserait peut-être davantage les sociétés d’État que les ministères pour obtenir les mêmes résultats.

Au final, on va voter pour le Parti québécois parce qu’on aspire à un Québec souverain. Je ne crois pas à cette thèse voulant qu’un fédéraliste puisse voter pour le PQ parce qu’il gère mieux les hôpitaux.

La question référendaire et la fine et interminable mécanique qui sera nécessairement enclenchée si le PQ est reporté majoritairement au pouvoir sont des repoussoirs absolus pour un fédéraliste. D’où la nécessité de trouver un nouvel appât, la Charte, qui a le bonheur de faire résonner la corde identitaire sans faire sonner immédiatement l’orchestre référendaire.

De la même façon, le PLQ est le diable en personne pour un indépendantiste qui aspire à la naissance d’un nouveau pays. Il ne votera jamais pour son adversaire absolu même si ce dernier promettait 1 million de nouveaux emplois par année et était d’une probité exemplaire !

Cette bataille entre souverainistes et fédéralistes existe de façon exacerbée depuis 54 ans et de façon latente depuis 1763. Elle est incontournable, et on ne peut pas reprocher aux acteurs politiques de s’en servir pour rassembler leurs troupes.

Un pourcentage appréciable de personnes se mettent au-dessus de ce combat et votent en fonction de choix de société différents. Les militants de la CAQ, ceux du petit parti d’Adrien Pouliot, les militants de Québec solidaire et du Parti vert essaient de contourner cet éléphant de 30 tonnes qui meublent nos joutes électorales. Ils sont exemplaires, mais ce grand débat a le tour de polariser l’électorat.

* * *

À propos de Pierre Duhamel

Journaliste depuis plus de 30 ans, Pierre Duhamel observe de près et commente l’actualité économique depuis 1986. Il a été rédacteur en chef et/ou éditeur de plusieurs publications, dont des magazines (Commerce, Affaires Plus, Montréal Centre-Ville) et des journaux spécialisés (Finance & Investissement, Investment Executive). Conférencier recherché, Pierre Duhamel a aussi commenté l’actualité économique sur les ondes du canal Argent, de LCN et de TVA. On peut le trouver sur Facebook et Twitter : @duhamelp.

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Nous vivons cette polarisation depuis pratiquement août dernier quand les premières informations ont filtré sur la « Charte », la table avait été mise dès le mois de mai par Bernard Drainville lui-même et la conséquence de tout cela, c’est de nouveau la question référendaire.

Les affirmations de monsieur Péladeau sur ce vol de 1995 (voir le blogue d’Alec Castonguay sur ces sujets du vol) n’ont fait qu’exacerber cette polarisation et vous pouvez être sûr qu’advenant une victoire libérale, une partie des citoyens estimeront qu’il est plus que temps de passer aux « vraies affaires » justement, celles de se donner un pays à « nous ».

Pendant ce temps, le Québec vieillit, des usines ferment, d’autres ne peuvent tourner à pleine capacité, cette exacerbation du débat nuit à la mobilité de la main-d’œuvre, ce qui ne permet pas de combler tous les postes libres.

Mais à part ça tout va bien. On ira tous au Paradis, même moi ! Le Paradis est bleu fleurdelisé. Qui à cet instant pourrait vraiment en douter ?

Polarité… Surtout lorsque certains médias en font leurs choux gras…. et que certains journalistes qui ont leur préférence y voit un intérêt à y mettre leur poids….

Si la plupart des principaux partis ont des politiques assez semblables en terme économiques, est-il permis de croire, que les électeurs, voyant bien qu’il n’y a aucune chance qu’un référendum ne soit gagnant, d’ici belles lurettes, et que tous les sondages indiquent clairement que la très grande majorités des Québécois n’en veulent même pas ( et difficile de croire qu’il voterais oui !!!!) Alors, est-il permis de croire, qu’ils puissent vouloir donner le temps au PLQ de faire leurs ménages dans leur culture de corruption… et que la Commission Charbonneau finisse de faire son travail…

Moi, je crois que même un fédéraliste, s’il n’est pas fanatiser ou pire… complètement hypnotisé par le discours enfantin et mercantile de certains médias et radio-poubelles, je crois qu’il peut voter pour un parti qui a déjà fait ses preuves et surtout qui a une bien meilleur fiche en terme de transparence et d’honnêteté…. Oui ….François: le deal….Je sais, donc tout s’annule ???? Bien sûr, tu n’es pas le genre de fédéraliste ouvert d’esprit auquel je pensais…

M. Duhamel, vous me semblez légèrement à droite, ce qui n’est pas nécessairement une erreur. Alors, j’aimerais bien, qu’un jour que vous nous donniez votre opinion d’économiste sur le documentaire que je viens de visionner « The Corporation » et quel rôle un état peut jouer (quelle doit être sa force) pour contrebalancer certaines dérives éventuelles décrites dans le film. Je suis certain que ce genre d’information serait d’une très grande utilité pour TOUS les citoyens. MERCI

Dilemme en effect! Il se peut cependant qu’un fédéraliste vote pour le PQ pour la charte (laïcité de l’état)., l’augmentation des frais de garderie ( ce qui devrait être proportionn3l au revenu familiale) Concernant la gestion des hôpitaux, méme un fédéraliste ne peut pas oublier que les Libéraux ont permis la privatisations des soins ( en privant les hôpitaux et les cliniques publiques de leurs médecins), comment leurs faire confiance? Les heures d’attente…, l’obtention d’un rendez-vous ( même avec un médecin de famille ) il faut t compter des semaines ( souvent plus de 8 ). Enfin , il faut se souvenir du départ de M. Couillard …et maintenant il n’est plus le seul médecin! Il y a tant et tant de choses qui font 1u’un fédéraliste se pose des questions? La souveraineté…on aura bien le temps d’y penser et de voter selon nos convinctions!

PQ: Souveraineté. Charte québécoise. Référendum et sa question. Loi 101. Très clair.
PLQ: Fédéralisme. Économie. Très clair.
CAQ: Équilibre budgétaire. Citoyens moins taxés. Moyens peu accrocheurs d’y arriver. Très clair.
Les enjeux sont clairs mais ils ne sont pas tous les mêmes pour chacun.

Preuve, les journalistes qui laissent leur couleur au bas de leurs écrits…

Et si le Québec était bigarré! Moi je n’y verrait qu’un enrichissement. Et le fait de changer de gouvernement ne le prouve t-il pas! (On a toujours mis notre confiance dans le changement et ça marche). Moi je ne crois pas en un gouvernement trop fort qui ne penche que d’un côté. Il y a toujours dérive et abus de pouvoir. Ça, c’est une réalité maintes fois observée.

Désolé Si simple, parce ton raisonnement me semble simplet…. L e changement a été fait en 2012…. Mais Minoritaire=Blocage. Un gouvernement trop fort, comme tu dis , a quand même été retourné aux douches pour son incompétence face à la crise étudiante….

Bon, les Libéraux vont prendre le pouvoir que les Québécois vont lui accorder, n’en doutons pas un seul instant ! Le PQ sera réélu dans quatre ans, bien entendu. Les réminiscences de la souveraineté referont surface, comme toujours. Un peuple latin est un peuple placoteux. Ce qui compte, ce n’est pas de faire un pays, c’est d’en parler, car c’est moins engageant et moins dangereux. Parle, parle, jase, jase… Bien des mots pour constater l’omniprésence du statu quo.

Vous décrivez bien notre réalité monsieur Duhamel, le débat est polarisé, il va bien falloir qu’on en sorte un jour de notre question existentielle et qu’on la règle cette question nationale, mais comme ce n’est pas l’enjeu de la présente campagne concentrons nous donc sur les choix que nous avons à faire aujourd’hui (le 7 avril).

La réalité c’est que le PLQ qui sort tout juste du pouvoir (il y a 18 mois) a un bilan désastreux à plusieurs point de vue, qu’il se représente avec sensiblement les mêmes candidats clés (il ne s’est pas réellement renouvelé, il en a pas eu le temps) et ce qu’il propose comme programme est la continuité du gouvernement de J.Charest. Faire le tour de la province avec un écriteau : « 250,000 emplois » et avec un slogan « On va s’occuper des vraies affaires » et en répétant que le PLQ = Économie en nous ramenant le plan nord (qui a été redressé par le PQ pour supporter le développement du nord, y’a rien à ajouter là), piger dans les programmes de ses adversaires, jouer au bonhomme sept heure sur le thème de la souveraineté et du référendum; y’a vraiment rien là-dedans pour inspirer la confiance et parlant de confiance leur cote d’intégrité est nulle ou presque.

Devant cette réalité, et comme le dit Mme Desjardins un peu plus haut, même un fédéraliste peut reconnaître les tares énormes du PLQ et le risque qu’il représente s’il est reprend le volant du Québec, si on oublie les fédéralistes « captifs » du PLQ qui voteraient PLQ même si leur candidat était un singe, les autres et il doit bien y en avoir, devraient logiquement voter pour n’importe quel parti mais pas pour le PLQ !

Si on ne peut compter sur des fédéralistes raisonnables pour nous aider à bloquer le PLQ, il reste le vote stratégique des autres électeurs, il faudra que les partisans de QS, de la CAQ et de ON votent PQ dans un maximum de comtés. Je ne peux me résigner croire que nous allons laisser le Québec aller tout droit dans le mur avec le PLQ sans réagir !