Les exportations, un salut fragile

Avec la baisse des prix de l’énergie, le salut de notre économie devrait passer par nos exportations de marchandises, mais il se heurte à une tendance au protectionnisme.

(Photo: iStockPhoto)
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Vous connaissez la prémisse: un dollar canadien faible favorise nos exportations. L’économie américaine nous en achète le quart. Et elle est plus encline à choisir nos marchandises lorsqu’elles sont meilleur marché.

Va pour la théorie. Mais la pratique est moins simple.

Les exportations canadiennes de marchandises ont fléchi de 5,4 % en février, alors que le dollar canadien était à un plancher à environ 70 cents. Notre excédent commercial, soit les exportations moins les importations, s’est aussi rétréci.

Et voici un autre obstacle. La décision de la Réserve fédérale américaine, cette semaine, de maintenir son taux directeur dans une fourchette de 0,25 % à 0,50 % risque d’entamer un peu plus l’attrait de nos marchandises, car elle pourrait raffermir le dollar canadien. 

Quand la Fed a haussé son taux en décembre, après sept ans au niveau zéro, c’était dans l’optique de continuer à le faire en 2016. Mais ce n’est plus dans les plans: au dernier trimestre, l’économie américaine a été la plus faible en deux ans.

La Fed semble se diriger vers une autre longue période d’attente avant une nouvelle hausse. Or, plus cette hausse est repoussée, plus le dollar américain fléchit, ce qui accroît la valeur du nôtre. Vendredi matin, le huard flirtait avec les 80 cents.

Nos exportations risquent d’en pâtir encore, déjà qu’elles en profitent peu. Il est utile de rappeler que dans les statistiques publiées cette semaine par le département américain du Commerce, les importations américaines ont baissé de 4,3 % en mars. Les reculs des mois précédents sont comparables par rapport à la même période l’an dernier… où l’économie américaine allait encore plus mal!

Bien sûr, les effets d’un dollar faible ne sont pas automatiques. Mais ils tardent à se faire sentir. Avec la baisse des prix de l’énergie, le salut de notre économie devrait passer par nos exportations de marchandises, mais il se heurte à une tendance au protectionnisme, dénoncée par le gouverneur de la Banque du Canada, Stephen Poloz.

La bonne nouvelle, c’est que l’emploi se porte mieux au sud de la frontière, avec près de 460 000 emplois créés depuis deux mois et un chômage au plus bas en huit ans. Cette bonne tenue s’accompagne souvent d’une hausse de l’inflation. Et pour limiter l’inflation, la Fed a l’habitude de hausser les taux d’intérêt.

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Ici plusieurs questions sont posées :
1- Est-ce qu’une valeur plus faible du huard profite réellement à nos exportations ?
Réponse rapide : Oui pour les produits qui sont en demande et que nous offrons. Pas particulièrement pour les produits qui sont cotés en USD, comme la plupart des matières premières et autres commodités.

2- Est-ce que le taux directeur de la FED a un impact important sur la valeur du huard ?
Réponse rapide : Théoriquement, l’impact devrait être négligeable puisque ce qui imprime une hausse ou une baisse sur la valeur des monnaies, ce sont les flux monétaires. En revanche un taux significatif plus élevé sur les Obligations d’épargne du Canada aurait probablement un effet positif sur la valeur de notre monnaie. Les Bons du trésor américains restent une valeur refuge.

3- Est-ce que la réponse à nos exportations est soumise à la prolifération des traités de libre-échange.
Réponse très rapide : Pas nécessairement !

4- Est-ce que le protectionnisme est nuisible à notre économie ?
Réponse : Oui ! — Ce protectionnisme existe même à l’intérieur du pays. Tant au niveau des échanges interprovinciaux, la reconnaissance des diplômes ou de l’expérience de travail, tant pour l’accès au crédit et aux capitaux. Sans oublier toutes formes de discriminations qui constituent tout autant une forme de protectionnisme (voir les questions relatives aux autochtones et Premières nations notamment)….

5- Est-ce que c’est le prix de vente qui est le principal facteur d’accroissement des exportations ?
Réponse rapide : Oui et non ! Tout dépend finalement de ce que nous offrons.

6- Est-ce que la productivité devrait être plus prise en compte dans l’équation pour soutenir nos exportations ? — Est-ce que les entreprises qui investissent dans la production, le développement et récompensent par une rémunération attractive le travail quantitativement et qualitativement bien fait devraient être avantagées ?
Réponse : Ces choses-là, ne devrait pas causer de tort.

7- En vrac : Comment expliquer que le produit touristique canadien ne se vende pas plus dans le monde, lorsque c’est un des premiers pays d’immigration ? — Comment expliquer que les canadiens eux-mêmes préfèrent dépenser leur argent pour affaires ou en vacance à l’étranger au lieu de le dépenser ici ? — Comment expliquer que certaines industries soient obligées de concéder d’importants rabais malgré un dollar faible pour pouvoir conclure des ventes ? — Comment expliquer que le principal partenaire économique reste et demeure les États-Unis invariablement, malgré au fil des ans, la multiplication des accords commerciaux et des missions commerciales à l’étranger ? — Est-il possible que le Canada ne soit plus depuis belle lurette, perçu comme une puissance industrielle de premier plan, lorsque globalement (hormis quelques exceptions) la majorité des produits et services canadiens soit comparativement plus cher sur le marché, sans pour autant apporter beaucoup plus de valeur ajoutée que celle de nos concurrents qui à toutes fins pratiques devraient être d’abord des partenaires, donc des amis ? — Etcetera… Etcetera… Etcetera….

Je crois que vous confondez le taux de 5.4% de baisse pour les exportations internationales pour toutes destinations avec le pourcentage réel de baisse vers les USA. Les 5.4% sont dû au pétrole (de par son prix et métaux (minerais) de par leur tonnage dont les USA achètent peu provenant du Canada et n’ont certes pas l’intention d’en acheter compte tenu du rejet du projet Keystone. Mais cette réalité pourrait rapidement changer par la débâcle de leur production de Chiste.

De plus les exportations vers les USA sont de 54% et non du quart le plus bas taux depuis 50 ans, le tout étant essentiellement dû à la foresterie, causé par la diminution substantielle de la construction domiciliaire aux USA qui est à son plus bas depuis 50 ans, sauf pour les années 2007-8 et 9 mais aussi le pétrole, celui-ci causé par la production aux USA de gaz et pétrole de Chiste (par fracturation) qui doit-on le rappeler, 77% des puits ont fermé à cause du prix du pétrole (70% de ce 77% durant les deux dernières années seulement).

Les très grandes pétrolières qui fonctionnent par entreprises subsidiaires ont été les dernières à mettre fin à leurs exploitations car ils avaient beaucoup d’argent pour soutenir les forages, mais ont finalement compris, après s’être fait répéter par les pays membres de l’OPEP, que les prix ne remonteraient pas tant et aussi longtemps que la production par fracturation ne cesserait pas complètement.

Les “write off” notamment les coûts reliés à l’aliénation des équipements de ces grandes entreprises sont faramineux. Elles savent forts bien qu’elles ne pourront les utiliser ultérieurement, ce sont donc des équipements coûteux qui se vendent présentement pour le métal. Les rapports annuels pour 2015 ne sont pas tous disponibles dont celui de Halliburton, sous traitant majeur des pétrolières.

Je ne vois donc pas de corrélation (mur à mur) entre la faiblesse du dollar canadien comme étant la seule norme reliée à la faiblesse des exportations. Lorsque le prix de pétrole atteindra les sommets précédents ET si le dollar canadien demeure aussi bas, nous constaterons que les résultats en dollars constants et conséquemment en pourcentage n’étaient que passagers.