Programme pour les PME : les gazelles sont-elles faites pour le zoo ?

Quelque 300 PME à fort potentiel de croissance tenteront de devenir les futurs fleurons de l’économie du Québec par l’entremise d’un programme gouvernemental. Mais bien que cette stratégie parte d’intentions fort louables, Pierre Duhamel émet quelques réserves à son égard.

Le gouvernement aidera 300 PME prometteuses et à fort potentiel de croissance à devenir les futurs fleurons de l’économie du Québec.

Les entreprises ont jusqu’au 28 mars pour poser leur candidature et faire partie des 300 «gazelles» retenues.

Cette stratégie part de bien bonnes intentions. Le Québec n’a pas assez de moyennes et de grandes entreprises, et il paraît sensé d’identifier les entreprises qui pourraient le devenir et leur donner un coup de pouce.

J’applaudis notamment l’idée de donner accès à des formations de pointe aux entrepreneurs, dont certaines offertes par l’École d’entrepreneurship de Beauce.

J’ai quand même des réserves sur ce type de programme.

1. Ce programme part du principe qu’il faut l’accompagnement d’un fonctionnaire et l’aide de l’État pour grandir et se tailler une place dans la jungle des affaires.

Je n’aime pas ce message, et il ne correspond pas à la réalité de milliers d’entreprises québécoises.

Pour reprendre l’analogie avec la gazelle, les entrepreneurs aiment la liberté et ils chérissent leur autonomie. Je ne suis pas sûr qu’ils seront à l’aise dans un environnement plus encadré et plus «gouvernementalisé».

2. 75 % des entreprises qui seront retenues proviendront du secteur manufacturier, qui ne représente que 16 % de l’économie du Québec.

Le quart des entreprises sélectionnées proviendront de certains domaines très précis du secteur tertiaire. En clair, la grande majorité des entreprises québécoises ne sont pas accessibles.

J’ai essayé d’appliquer la grille de sélection du gouvernement aux 20 entreprises qui ont obtenu les plus fortes croissances de leurs revenus depuis cinq ans au Québec par l’entremise de notre programme Les Leaders de la croissance.

À vue de nez, au moins 70 % de ces entreprises ne se qualifieraient pas. C’est la réalité : notre croissance économique dépend beaucoup plus du secteur des services que de celui de l’industrie.

3. Pour que ce programme ait du succès, il faut que les bonnes entreprises posent leur candidature et que le comité de sélection choisissent les bonnes entreprises.

Le comité de sélection est composé de gens de grand talent, mais je ne reconnais pas beaucoup d’entrepreneurs et peu d’investisseurs. Ces personnes ont une énorme responsabilité.

4. Il faut au moins trois gazelles par région administrative.

Je comprends le souci du gouvernement, mais celui-ci pourrait signifier qu’un meilleur dossier en Montérégie ou à Laval soit rejeté par un moins bon candidat provenant d’une autre région.

5. Les entreprises ont un mois pour soumettre leur dossier et le comité de sélection n’aura que trois semaines pour faire leur choix.

Ce délai m’apparaît bien court. Veut-on avoir des gazelles électorales ?

 

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3 commentaires
Les commentaires sont fermés.

Ça me parait aussi électoraliste. Le délai pour la sélection est cruellement court !

Je ne suis pas persuadé de l’efficacité de cette mesure. J’ai peur que l’intervention du gouvernement ne mette certaine entreprise manufacturière sur le respirateur artificiel. Bon concept, mauvaise réalisation…

Encore un beau projet monté par des fonctionnaires qui n’ont pas la moindre idée de la réalité de l’entreprenariat d’ici. Le HIC c’est que ces gens qui pensent créer des programme révolutionnaires n’ont jamais vécu la dure épreuve de mettre au monde une entreprise, de ne pouvoir se payer parce qu’on a pas d’argent, de se faire fermer la porte par nos banques qui ne veulent pas prendre le moindre risque.. J’ai démarré mon entreprise en 2007 avec 25 000$ de bons de commande. 6 ans plus tard, mon entreprise emploie 6 personnes à temps plein et trois personnes temps partiel. Nous octroyons plus de 700 000$ de sous-traitance (fabrication manufacturière) et avons aujourd’hui un chiffre d’affaires avoisinant les 1 500 000$. 85% provient de l’exportation – le l’argent frais qui entre au Québec! N’est-ce pas là une belle réussite? Pas à leurs yeux. Le programme des gazelles ne visent aucunement ce genre d’entreprises malgré qu’elles se comptent par centaines au Québec (des miliers d’emplois en dépendent). C’est domage que ces beaux projets ne concordent pas avec la réalité québécoise! Encore une fois le PQ ne consulte pas les Groupements d’entrepreneurs pour savoir qu’est-ce qui répondrait aux besoins criants de nos entreprises d’ici… Une prochaine fois peut-être?