Les gouvernements peuvent-ils créer des emplois?

Au rythme actuel, le gouvernement Couillard est très loin des 250 000 emplois promis lors de la dernière campagne électorale.

Photo: Jacques Boissinot/La Presse Canadienne
Photo: Jacques Boissinot/La Presse Canadienne

Les chiffres au Québec sont affligeants. À peine 300 emplois créés dans la dernière année, selon les données publiées vendredi par Statistique Canada.

Pas besoin de chercher très loin. Les effets des mesures d’austérité se sont fait sentir au cours de la dernière année, comme l’anticipait le collègue Pierre Fortin. Le retour à une croissance normale des dépenses devrait fournir une embellie dans les prochains mois.

Sur près de deux ans, le bilan est moins lourd avec 31 600 emplois créés. N’empêche, au rythme actuel, le gouvernement Couillard est très loin des 250 000 emplois promis sur cinq ans. Et les partis d’opposition ne se gênent pas pour le souligner à grands traits.

Création nette d’emplois depuis 1 an
Canada 129 600 emplois
Ontario 85 600 emplois
Québec 300 emplois

À Ottawa aussi, Justin Trudeau s’est fait élire sous la promesse de création d’emplois, en misant sur un programme d’infrastructures. Les conservateurs promettaient également de nouveaux emplois, mais créés plutôt par des baisses d’impôts ciblées et un allègement de la réglementation.

Or dans les faits, les gouvernements peuvent-ils créer des emplois?

Déjà, porte-paroles des gouvernements et économistes consultés tempèrent. Un gouvernement n’est pas là pour créer des emplois, mais pour «favoriser la création d’emplois». Fair enough.


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Mais la question demeure. Les gouvernements peuvent-ils opérer un changement majeur en ce qui a trait aux taux d’embauche ou à la compétitivité? Ou au contraire, sont-ils entièrement soumis à la proverbiale conjoncture mondiale, et n’ont-ils qu’un rôle marginal?

Certes, il ne suffit pas d’appuyer sur un bouton pour voir les emplois jaillir. L’apport de la croissance mondiale est indéniable. Mais la crise de 2008, avec ses multiples plans de relance, a montré que l’action gouvernementale est névralgique.

Pour relancer l’économie, le gouvernement du Canada a accru ses dépenses de façon notable, allant jusqu’à accumuler 162 milliards de dollars en déficit de 2009 à 2014.

De leur côté, les États-Unis auront ajouté 6 271 milliards de dollars de déficits pour la même période, soit 40 fois plus. Si on ajoute l’injection de capitaux de la Réserve fédérale américaine pour soutenir l’économie, ce sont près de 23 000 milliards qui auront été dépensés sur d’ici 2019.

Bien sûr, la crise n’a pas frappé les deux pays de la même façon. Toutes proportions gardées, l’intervention canadienne a néanmoins été prudente, en comparaison avec  l’administration américaine qui a ouvert les vannes.

Les résultats, aujourd’hui, sont également contrastés. Au Canada, la croissance a atteint à peine 1,2 % dans la dernière année, tandis que le taux de chômage stagne à 7,1 %.

De son côté, l’économie américaine a affiché une progression de 2,4 % en 2015, tandis que le taux de chômage officiel est passé sous les 5 %, au plus bas depuis la crise.

Des résultats, admettent les économistes, directement attribuables aux mesures de relance. Même le FMI et la Banque mondiale, autrefois abonnés aux privatisations et aux programmes d’ajustement structurel, reconnaissent l’apport des interventions de l’État dans l’économie.


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Dans les faits, la crise de 2008 a secoué les certitudes. Avec le recul, bon nombre d’économistes admettent aussi que le grand boum économique des années 1990 et 2000 n’était pas que le fait de la mondialisation et de la dérèglementation des marchés. Il était aussi lié aux investissements publics dans les industries en croissance.

Par exemple, on mesure aujourd’hui les effets des investissements dans l’économie numérique au Québec, dont la Cité du multimédia. Idem pour l’aéronautique, la pharmaceutique, l’énergie ou l’industrie automobile.

Au-delà de la conjoncture, les interventions des gouvernements ont bel et bien des effets sur l’emploi. Et le secteur privé a encore besoin de l’aide des gouvernements pour croître.

L’intervention de l’État ne deviendra que plus nécessaire avec le défi démographique. Le Québec est à l’aube d’un déclin de sa population active, où davantage de travailleurs partent pour la retraite que de nouveaux travailleurs y font leur entrée.

Il faudra compenser en formation et en immigration, sinon les revenus de l’État risquent d’en pâtir.

Les commentaires sont fermés.

Contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, il n’y a pas un lien de cause à effet direct entre la croissance mondiale et la création d’emploi. Le seul juge de paix et le seul moteur de la création d’emploi, ce sont les conditions de répartition de la richesse.

Toute création de monnaie est clairement indexée au total des richesses qui sont en présence sur le marché. Si les gens ne peuvent acquérir cette richesse, c’est soit qu’elle est entre un nombre réduit de personnes, soit que la valeur de ces richesses est artificiellement gonflée, ne permettant pas à tous d’y avoir accès.

Si la demande existe et que l’offre ne suit pas la demande. C’est dans ce cas la pénurie qui est recherchée pour maximiser la valeur des services offerts, pour ainsi préserver les marges.

Dans chacun de ces cas. Même avec la meilleure volonté du monde, il ne se créera pas d’emplois ou jamais assez. Dans un espace où le but recherché sera de générer toujours plus de profits avec moins de bras.

Aussi la question de la création d’emploi reste accessoire. Ce qui ne l’est pas, c’est la question du pouvoir d’achat. Ce qui veut dire : mettre assez d’argent dans les poches des gens, tous les gens ; pour leur permettre de faire bénéficier tout le monde des bienfaits de l’économie réelle.

Quand les gens ont assez d’argent dans leur poche. Les emplois se créent tout naturellement.

La question devient alors : comment mettre de l’argent dans la poche des gens ? La réponse est élémentaire : tout simplement en leur permettant d’exercer un emploi. C’est là que réside Le paradoxe puisqu’en principe le mot chômage ne devrait pas même exister quand seulement le défi devrait-être de pourvoir en temps et en heure à la demande constamment croissante d’ouvrage.

Pourquoi alors ça ne marche pas ? Eh bien c’est très simple. Parce que la concurrence — censément toujours au bénéfice des consommateurs -, ne sert qu’à réduire globalement la masse salariale. Comme la masse monétaire dévolue au travail se contracte, une part de la demande baisse encore ou est orientée vers d’autres services (théoriquement de substitution et moins coûteux). Puis les prix augmentent encore, les marges bénéficiaires augmentent en même temps, réduisant encore la demande, malgré tout les bénéfices croissent ou demeurent constants. Ils vont à ceux qui détiennent en bout de course les capitaux. Qui sont plus souvent qu’autrement les corporations ou encore des financières, des fiducies, des fondations ou des fonds d’investissements qui en toute fin récompensent largement ceux et celles qui les servent : leurs dirigeants.

Lorsqu’un dirigeant mange peut-être autres choses que des fèves et du riz. Il ne fera jamais mille repas par jour. Ainsi le capital stagne au lieu de retourner dans la génération et le renouvellement de biens communs et autres services de consommations. Ce que des économistes comme Joseph Stiglitz appellent le ruissellement de l’argent.

Les marges des gouvernements pour soutenir la création d’emploi sont faibles. Elles sont d’autant plus faibles qu’au Québec, on préfère soutenir un petit nombre de compagnies, soit par des commandes publiques ou encore par des subventions.

Ce qu’il faut soutenir ce sont les PME, voire les TPME, celles qui adoptent dans leurs chartes des principes vertueux au niveau du partage des bénéfices, celles qui offrent les meilleurs services aux meilleurs prix, en misant sur la satisfaction des clients et sur des structures souples et légères qui soient capables de suivre et de s’adapter à la demande des clients en un rien de temps.

Ces entreprises vertueuses ont la capacité de créer beaucoup d’emplois, dans de multiples secteurs d’activités, de créer au fil des ans un tissu économique plus sain qui favorisera une redistribution plus équilibrée de toutes la richesse dans toute la société. Un maillage bien fait de toutes ces ressources formera un tissu encore plus résistant et durable à long terme. Le gouvernement devrait donc concentrer son action sur le talent et l’épanouissement du talent quitte d’ailleurs à ouvrir sur le champ les portes de la fonction publique aux premiers de classe et chemin faisant aux meilleurs éléments.

Un commentaire vraiment pertinent que je partage à 100%
Je travaille pour une PME et constate au quotidien ce que vous affirmez

Sûr que nos gouvernements ont un certain impact sur l’économie.
Pas évident cependant de soutenir quelques-unes de vos conclusions à partir de quelques chiffres
Vous dites d’abord que les effets des mesures d’austérité au Québec se font sentir et plus loin, en parlant d’un certain redressement de l’économie américaine, vous dites: «Des résultats, admettent les économistes, directement attribuables aux mesures de relance. Même le FMI et la Banque mondiale, autrefois abonnés aux privatisations et aux programmes d’ajustement structurel, reconnaissent l’apport des interventions de l’État dans l’économie».
Cela me laisse l’impression que l’austérité présumée au Québec nuit à l’économie du Québec. Et même qu’on devrait relancer la spirale des déficits.
Pourtant, entre 2009-2010 et 2015-2016, les dépenses du Québec sont passées de 81,5 à 97,7 milliards$ (hausse de 20%), la dette de 163,3 à 207,7 milliards$ (hausse de 27%) et le taux de chômage de 8,6% à 7,6%.
Est-ce vraiment de l’austérité et est-ce que le gouvernement limite vraiment son interventionnisme?
L’État au Québec, c’est gros: les impôts et taxes élevées, la dette élevée et la marge de manœuvre à peu près inexistante.

Avec le recul, on constate que subventionner des emplois coûtent extrêmement chers avec des résultats mitigés. Je ne crois pas que les gouvernements peuvent créer des emplois, c’est une mauvaise perception. On ne peut constamment être suspendu aux mamelles de l’état, il y a un prix à payer. Nos institutions financières font-elles en sorte d’accompagner nos entreprises afin de favoriser la création d’emplois. Le mouvement syndical exerce une pression additionnelle sur celles-ci tout en croyant que le salaire minimum devrait être relevé et les taxes à la consommation diminué, l’effet réunissant les deux ferait en sorte d’accélérer le mouvement de croissance. Hier à RDI, un jeune entrepreneur de quelques employés a fait le choix de payer ses employés 15.00 /heure avec 5 semaines de vacances. Il a dit en entrevue qu’il refusait d’apprauvir ses employés juste pour payer moins. Je dis wow et ça se passe dans les Maritimes.

Les commentaires ci-après sont très justes mais il faut ajouter une autre dimension…
Ce n’est pas étonnant de la part du premier ministre Couillard. Depuis que Mme Kathleen Wynne lui a dit en août 2014 que le Québec ne faisait plus partie du Canada depuis 33 ans: « il est exclu depuis 1982 », Couillard prend tous les moyens pour amoindrir l’économie québécoise afin que le prochain référendum pour rentrer dans la nouvelle Constitution de Trudeau soit accepté par les Québécois. Il faut leur faire croire qu’ils sont pauvres et incapables de se gouverner sans Ottawa. Voilà pourquoi toutes ces coupures dans l’éducation, dans la santé, dans les associations caritatives. Et les partis prétendument séparatistes jouent son jeu, en bons fédéralistes qu’ils sont devenus depuis Lucien Bouchard, ce conservateur convaincu.

Encourager l’emploi passe par des politiques des efforts de longue haleine de la part des gouvernements. Le rapport Godbout sur la fiscalité proposait de hausser les taxes et d’abaisser les impôts, de manière à favoriser l’épargne et l’investissement (productivité, croissanceI) plutôt que la consommation (maisons démesurées, piscines chauffées, VUS pour ramener deux ou trois bebelles à la maison).
En remettant à plus tard cette réforme et en laissant toute l’initiative fiscale à un gouvernement fédéral interventionniste et dépensier, le gouvernement libéral du Québec a laissé passer une fenêtre d’opportunité et échoué lamentablement. Je le regrette.